Au fil de l’histoire – Hier soir, ayant terminé une journée de recherche aux archives de la bibliothèque municipale de la Nouvelle-Orléans, j’ai demandé à mon chauffeur d’Uber de me déposer au 3223, rue Upperline, dans le quartier de Broadmoor. C’était un coup de tête, car ce n’est pas là où se trouve l’appart loué pendant mon bref séjour ici. C’est à cette adresse, que je venais de confirmer dans le City Directory de 1964, qu’a résidé pendant de nombreuses années le capitaine William Augustin d’Entremont, né en 1901 à Pubnico-Ouest, en Nouvelle-Écosse.
Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.
J’entendais sans cesse les mêmes refrains :
– Mais comment veux-tu qu’il apprenne l’anglais si tu lui parles en français tout le temps?
– Tu vas retarder son développement.
– On n’est pas Français, on est Américains.
Mon fils devait avoir 7 ou 8 ans quand il m’a déclaré :
– Je suis Américain. Je. Parle. Anglais.
Je n’avais plus l’énergie d’insister. Avec lui, j’étais père très jeune et je pensais que je pouvais lui parler en français de manière passive, de temps en temps, afin de ne pas trop « exclure » sa mère et mes beaux-parents chez qui nous vivions. Il était plus aisé de parler anglais. Une histoire assez courante.
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Qui de nous n’a pas vu, dans les derniers mois, au moins une des trop nombreuses vidéos montrant l’une des trop nombreuses morts d’un Noir américain aux mains de la police ? Grâce à la téléphonie mobile et aux plateformes de partage, nous sommes devenus, toutes et tous, des témoins.
Des témoins très imparfaits, certes, dans la mesure où ces extraits filmés ne disent pas tout ; toujours est-il que nos petites caméras servent désormais de précieux instruments de responsabilisation des actions et comportements des autorités chargées de « protéger et servir » l’ensemble des citoyens. C’est presque à se demander comment cela se faisait avant l’ère d’Internet… ou du film ou de la vidéo, de l’enregistrement audio et de la radio, ou encore, en remontant plus loin, de la reproduction photographique à grande échelle.
Cela se faisait, pourtant.
Je viens de signer une chronique dans Le Devoir à l’occasion du 150e anniversaire d’un incident tragique, révoltant même, de l’histoire de la Louisiane : le massacre du Mechanics’ Institute, alors siège du gouvernement de l’État, à la Nouvelle-Orléans, le 30 juillet 1866.
Image : Gravures du magazine Harper’s Weekly, 25 août 1866. Gracieuseté de The Historic New Orleans Collection, numéro d’accession 1974.25.9.309 i-iv.
Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.
Notes de lecture – Pourquoi y a-t-il si peu d’ouvrages consacrés à la musique acadienne contemporaine ? Certes, les anthologies à l’usage des musiciens ne font guère défaut depuis les recueils des Chants d’Acadie, à partir des années 1940; plus récemment, quelques livres ont traité de formations musicales particulières, à l’instar de L’épopée 1755 (2002) de Robert Duguay. Il n’existe pas, en revanche, de survol ou de présentation de synthèse de ce qui peut s’appeler « la musique acadienne ». C’est cette lacune que vient combler Acadian Driftwood: The Roots of Acadian and Cajun Music, paru en 2014 (en anglais), de Paul-Émile Comeau.
CRÉAcT en action – Il m’arrive parfois d’affirmer que, s’il y a un endroit au monde que j’aime encore plus que l’Acadie, c’est bel et bien la Louisiane, surtout les régions traditionnellement francophones. C’est beaucoup dire! Depuis le 21 mai dernier, j’effectue un séjour de quelques semaines dans mon État natal, plus précisémement à la Nouvelle-Orléans, ponctué de quelques courtes excursions à l’extérieur de cette ville que les francophones louisianais appellent « la Ville », tout court. (Les autres villes, même grandes, s’en trouvent qualifiées de « villages ».)
S’agit-il seulement de baigner dans ces airs de jazz qui, si souvent, m’appellent de loin, ou de déguster quelques plats favoris ? Il y a de cela, j’avoue – mais il y a plus, bien entendu, car il s’agit d’un séjour de recherche. Le but principal de ce voyage est de faire avancer un projet de livre, à paraître aux presses de The Historic New Orleans Collection. Parmi mes objectifs secondaires, c’est également une occasion de renforcer les contacts avec des partenaires et des interlocuteurs louisianais.
Le manuscrit que je prépare actuellement est un projet qui me tient à cœur. Énormément même.
Pour ce premier article de La Filière Louisiane, Clint Bruce s’est entretenu avec deux archéologues de l’Université de Louisiane à Lafayette au sujet de leurs efforts infatigables pour découvrir les vestiges de quelques-uns des tout premiers établissements acadiens en Louisiane. Le professeur Mark Rees et Amy Broussard, étudiante au doctorat, nous parlent du Projet Nouvelle-Acadie/New Acadia Project.
CRÉAcT en action – Un événement d’une indéniable importance vient de se dérouler sur le campus de la Pointe-de-l’Église de l’Université Sainte-Anne. Du vendredi 29 avril au dimanche 1er mai, plus d’une centaine d’élèves des écoles secondaires du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) se sont réunis pour vivre ensemble une fin de semaine d’activités dans un but de construction identitaire et de développement communautaire. Cela s’est fait sur le thème : Autour du FEU – Grou rassemblement jeunesse N-É, dont les détails sont présentés dans ce communiqué de presse. Avec plusieurs autres acteurs de la communauté, j’ai eu l’honneur de prendre part au spectacle d’ouverture organisé par le groupe Cy, vendredi soir à la Salle Marc-Lescarbot.
Pour moi, la chance d’adresser la parole à un groupe de jeunes inspirés et inspirants représentait une occasion plus précieuse qu’une dizaine de colloques scientifiques… mais ne le dites pas aux Chaires de recherche du Canada ! (C’est une blague…) Puisque le thème de ma courte allocution a été repris pour une activité de réflexion dimanche matin, j’ai décidé de publier ce texte ici.
Le défi qui m’a été lancé par Éric [Dow] était de vous présenter ma conception personnelle de l’Acadie du XXIe siècle. Ce que j’ai à vous dire s’intitule : « Pour une Acadie courageuse », et je vais vous parler de choses sérieuses.Lire la suite »
Notes de lecture – L’un des grands plaisirs de la recherche consiste à découvrir et à lire les travaux des autres. Il s’agit non seulement de rester au courant de ce qui est en train de se faire, des contributions récentes à la compréhension d’une situation, d’un contexte ou d’une problématique, mais aussi de se laisser inspirer et interroger, intérieurement, sur ses propres réflexions. C’est notre nourriture intellectuelle.
En ce moment je suis en train de lire deux livres qui parlent des musiques de la Louisiane : Acadian Driftwood : The Roots of Acadian and Cajun Music (Fox Music Books, 2014), de Paul-Émile Comeau, journaliste et imbattable mélomane, actuellement en lice pour le prix de Personnalité médiatique de l’année aux East Coast Music Awards, et Negotiating Difference in French Louisiana Music : Categories, Stereotypes, and Identifications (UP of Mississippi, 2015) de l’anthropologue française Sara Le Menestrel. Malgré leur thématique en commun, ces ouvrages sont très différents. Acadian Driftwood, qui se destine surtout aux amateurs de culture acadienne et de musique populaire, se présente comme une petite encyclopédie, avec bien plus de relief et de « personnalité » qu’un ouvrage de référence. J’y consacrerai bientôt un compte-rendu sur ce site. En revanche, le livre de Le Menestrel est une étude scientifique, ancrée dans des méthodes ethnographiques ; en explorant l’évolution des catégories des musiques franco-louisianaises, Negotiating Difference se doit de contribuer à l’avancement des connaissances sur les phénomènes culturels – sans que cette orientation savante nuise au plaisir que procure la lecture. J’ai également l’intention d’écrire un compte-rendu sur ce livre, à paraître dans une revue scientifique. Dans ce texte-là, je ne mentionnerai probablement pas un passage qui m’a sauté aux yeux, mais qui me semble digne d’attention.
Votre curiosité est piquée à vif, n’est-ce pas?Lire la suite »
Au fil de l’histoire – Un trait culturel qui distingue les Acadiens des Cadiens, c’est la cuisine. Et, d’après mon expérience, les Acadiens apprécient énormément la gastronomie louisianaise. Cela se comprend : elle est exquise. Parmi la ribambelle de mets savoureux que mon État natal offre au monde, le gombo trône en roi. Ce potage au goût fumé est régulièrement servi lors de festivités soulignant les liens entre l’Acadie et la Louisiane. Par exemple, un étudiant de l’Université Sainte-Anne m’a raconté tout récemment que, dans le cadre du Congrès mondial acadien 2004, tenu en Nouvelle-Écosse, sa famille avait pris part à une activité où des gens d’ici ont préparé des plats traditionnels, y compris du gombo en suivant des recettes envoyées par des gens de la Louisiane. Belle initiative!
Des gombos cuits par Ann Cockrell, Pamela Deshotels et Blake Smith qui ont eu la gentillesse de partager ces photos.
Mais s’agit-il d’un plat acadien louisianais, à proprement parler ? Remontons dans le temps pour examiner les premières mentions attestées de ce délice.Lire la suite »
États de la recherche – Un blogue, pour une Chaire de recherche, peut servir de tribune pour communiquer des idées, des trouvailles et l’état des projets à l’extérieur de l’espace plus ou moins hermétique des colloques et des publications scientifiques. Un blogue, ça peut permettre de s’adresser à tout le monde. C’est le but premier de celui-ci, Les Carnets Nord/Sud.
D’entrée de jeu, pourtant, un obstacle surgit : le lexique. Qu’on le veuille ou non, en voulant décrire des phénomènes sociaux, politiques, économiques, etc., les chercheurs emploient souvent des termes méconnus du grand public, au sens opaque à première vue. C’est malheureux car, dans la très grande majorité des cas, les concepts auxquels renvoient ces mots sont bel et bien à la portée de tout le monde. Il suffirait d’un petit effort pour les expliquer. C’est le cas d’un terme qui reviendra souvent sous ma plume et qui figure dans le titre même de cette nouvelle chaire de recherche à l’Université Sainte-Anne : transnational (et « transnationalisme »).Lire la suite »