VITE ! VITE ! ALLEZ LIRE… Paroles et regards de femmes en Acadie (2020)

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera chaque vendredi un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…Couverture 2

Pour débuter : un livre récent et important, Paroles et regards de femmes en Acadie, un ouvrage collectif dirigé par Jimmy Thibeault (titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et francophones, ou Créaf, ici à l’Université Sainte-Anne), Michael Poplyansky, Stéphanie St-Pierre et Chantal White, et paru cette année aux Presses de l’Université Laval. Réunissant douze études issues de plusieurs disciplines en sciences humaines, Paroles et regards de femmes en Acadie a l’ambition de « définir l’apport qu’ont eu, qu’ont et qu’auront les femmes à la construction d’une pensée sociale, politique et culturelle en Acadie » (p. 1) et ainsi à légitimer l’étude de cette problématique. Qu’il s’agisse de la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme à la femme des années 1960 ou de l’œuvre romanesque de France Daigle, des perspectives originales sont au rendez-vous.

Ces recherches de pointe loin de la vision simpliste de la seule figure d’Évangéline!

Paroles et regards de femmes en Acadie est disponible en version PDF ici. L’édition papier peut également être commandée (voir lien ci-dessous).

À noter que deux chapitres découlent des projets associés à la CRÉAcT:

  • Clint Bruce, «De l’acadianité en contexte louisianais : Les Veillées d’une sœur ou le destin d’un brin de mousse (1877), autobiographie de Désirée Martin»
  • Rachel Doherty, «Performances queer des légendes acadiennes chez Antonine Maillet et Régis Brun»

Bonne lecture et bonnes découvertes!

 

Port Acadie – Entretien avec Dean Louder (1943–2017) : regards sur le Projet Louisiane

Trois an après le décès inattendu du géographe Dean Louder, nous lui rendons hommage en rediffusant cet entretien recueilli par Clint Bruce et paru dans la revue Port Acadie, numéro 29.

Au mois de mai 2017 nous avons appris avec tristesse le décès du géographe Dean Louder[1]. Originaire de l’Utah aux États-Unis, ce Québécois d’adoption aura marqué de manière durable les études sur la francophonie nord-américaine, notamment à travers ses collaborations avec Eric Waddell, son collègue de l’Université Laval. Dans un texte d’hommage paru dans la revue Rabaska, Yves Frenette et André Fauchon retracent l’évolution de la vision généreuse du fait francophone qu’il aura développée à partir des années 1980 :

Ce n’était donc plus la langue qui cimentait l’Amérique française de Louder et Waddell, mais une façon d’être s’abreuvant à des réseaux flous et à une mémoire des origines. […] Toutefois, à force de pérégriner et sous l’influence de certains de leurs disciples, et aussi de leurs critiques, Louder et Waddell prirent conscience de la diversité franco-américaine, au sens large du terme, du poids culturel des Antilles dans la constitution de la francophonie nord-américaine et de l’existence de la créolité. C’est de cette manière que, au tournant du XXIe siècle, leur Amérique française devint une Franco-Amérique[2].

Ensemble, les deux géographes ont codirigé l’ouvrage collectif Du continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l’Amérique française (Québec, Presses de l’Université Laval, 1983, 292 p.); avec Éric Morisseau, Vision et visages de la Franco-Amérique (Sillery, Septentrion, 2001, 320 p.), où se mêlent témoignages et essais par des chercheurs; et Franco-Amérique (Sillery, Septentrion, 2008, 400 p.), réédité en 2016. Infatigable voyageur, Louder réunit des chroniques de ses carnets de route dans Voyages et rencontres en Franco-Amérique (Québec, Septentrion, coll. « Hamac-carnets », 2013, 265 p.).

L’entretien que nous présentons ici fait découvrir les premiers contacts du chercheur avec la francophonie des États-Unis, lors de sa participation au Projet Louisiane, initiative pluridisciplinaire menée par une équipe de chercheurs canadiens entre 1976 et 1979. Le grand objectif du Projet Louisiane consistait à explorer les dynamiques culturelles à l’œuvre autour du renouveau ethnique dans cet État du Sud américain à l’héritage francophone complexe. Plusieurs de leurs travaux remettent en question la survalorisation de l’élément acadien par l’élite culturelle[3]. Même si l’intérêt pour la Louisiane est attisé, dans un premier temps, par les actions du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), agence d’État créée en 1968, la portée du Projet Louisiane dépasse de loin ce mouvement « officiel ». Notre échange avec M. Louder, enregistré au téléphone en mai 2016, porte plus précisément sur les rapports entre les chercheurs canadiens et leurs interlocuteurs louisianais — rapports qui ne manquent pas de piquant.

Il s’agit ici d’une transcription abrégée et adaptée d’une conversation qui a duré environ une heure[4].

CB : Merci, Dean, de m’avoir accordé quelques minutes pour parler de tes expériences au sein de l’équipe du Projet Louisiane. Peut-être pouvons-nous aborder en premier tes rapports avec le fondateur du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), feu James Domengeaux. J’ai eu vent d’un incident où il t’aurait traité de « son of a bitch ». Que s’est-il passé?

DL : On avait déjà commencé le Projet Louisiane. Gerald Gold, qui en était vraiment le père[5], s’était fait un devoir d’aller voir Domengeaux, pour dire : « Nous sommes ici et on va faire des recherches. Voici ce que nous pourrons faire. » Au tout début j’avais l’impression que Domengeaux était très content, et même flatté. Il avait fondé CODOFIL et voilà que quelques années plus tard, il y a eu quand même une certaine reconnaissance internationale dans la communauté des savants, des chercheurs — des Canadiens, même. Donc, c’était très flatteur pour lui. Mais Jimmy [James Domengeaux] avait, un peu partout, des gens qui surveillaient pour lui. Il avait même un clipping service, c’est-à-dire que chaque fois qu’il y avait quelque chose dans les journaux, il y avait quelqu’un qui en faisait une coupure pour lui. Or, cette année-là, j’habitais à Gretna, moi et ma famille. Je faisais mes emplettes chez Nicholson et Loup, qui avaient deux magasins, l’un près de chez nous et l’autre à Westwego, sur le Westbank Express[6]. Nicholson, lui, était sénateur à l’assemblée législative louisianaise[7]. Alors, Domengeaux connaissait tout ce monde-là. Puisque ce Elwyn Nicholson était un Cadien, je suis allé le voir dans son magasin, dans son bureau. Il m’a dit qu’il venait des Avoyelles et qu’il parlait français, mais il ne voulait pas parler en français avec moi. Il ne m’a jamais parlé en français, même s’il pouvait probablement le faire. Mais c’était un peu la gêne, tu sais. Je l’ai rencontré une autre fois à son épicerie sur l’Expressway. Westwego est une communauté cadienne, tu sais.

Lire la suite sur Érudit…

1. À noter que le présent numéro de Port Acadie, daté printemps 2016, a été préparé au cours de l’année 2017.
2. Yves Frenette et André Fauchon, « Dean Louder : 1943-2017 », dans Rabaska : Revue d’ethnologie de l’Amérique française, vol. 15, 2017, p. 207–209.
3. Voir notamment Eric Waddell, « La Louisiane française : une poste outre-frontière de l’Amérique française ou un autre pays et une autre culture? », dans Cahiers de géographie du Québec, vol. 23, no 59, p. 199–215.
4. La transcription de cet entretien a été effectuée par Réanne Cooper, assistante de recherche de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT).
5. Spécialiste de l’ethnicité et de l’anthropologie économique, Gerald Gold fut dès 1975 l’instigateur du Projet Louisiane auquel Louder se joignit par la suite. Parmi ses travaux issus de cette initiative, on consultera avec profit Gerald L. Gold, Cousin and the Gros Chiens : The Limits of Cajun Political Rhetoric (Projet Louisiane, Document de travail no 1), York (Ontario), Dept. of Anthropology, York University, 1978, 35 p., ainsi que Gerald L. Gold, « The Cajun French Debate in Louisiana », dans Beverly Hartford, Albert Valdman et Charles Foster (dir.), Issues in International Bilingual Education. The Role of the Vernacular, New York, Plenum, 1982, p. 221–240. Monsieur Gold est décédé en mars 2016, quelques semaines avant cet entretien. Voir l’annonce de son institution ici.
6. Ces localités, qui se trouvent en banlieue de la Nouvelle-Orléans, représentaient l’une des trois zones urbaines étudiées par le Projet Louisiane, avec Lafayette et Port Neches (Texas).
7. Originaire de Westwego, Elwyn John Nicholson (1923–2014) est élu au Sénat louisianais en 1972, où il occupe un siège pendant 16 ans.

«Les médias haïtiens dans la crise du coronavirus ou l’épreuve du trilemme de Münchhausen (2ème partie)» – Luné Roc Pierre Louis

Chronique invitée – Luné Roc Pierre LouisLuné Roc  Pierre Louis est professeur à l’Université d’État d’Haïti et l’auteur de plusieurs ouvrages sur les médias et la question de la démocratie en Haïti. Docteur en information et communication de l’Université Catholique de Louvain, il s’est associé à la CRÉAcT à titre d’invité d’honneur dans le cadre du colloque Les médias francophones sous toutes leurs coutures.

Suite de la première partie

Il convient de parler de trilemme pour cerner l’imbroglio dans lequel se trouvent les médias haïtiens à un moment où ils pourraient tout simplement exercer leur mission de manière la plus classique possible. En effet, il appert bien d’en distinguer trois écueils où les médias haïtiens, hors des thèmes classiques du trilemme de Münchhausen, tentent à la fois de s’imposer ex cathedra comme s’il s’agissait d’une rupture transcendante (i), de continuer le jeu tout par et pour la politique à la manière habituelle faisant penser à une regressio ad politicum (ii) et de faire au moins le minimum pour garder la ligne de la solidarité nationale prônée par le Président de la République (iii).

  • Écueil numéro 1 : l’essentialisation dramatisante comme rupture transcendante

Si dans le langage courant, le mot «crise» suscite la panique, tel n’est pas le cas d’un point de vue philologique. En grec classique, κρίσις (krisis), n’est pas synonyme de πανικός (panikos), autrement dit la crise n’est pas synonyme d’effroi ou de terreur. En revanche, le substantif κρίσις (krisis), ainsi que le verbe κρίνω (krinô) qui en dérive, en disent long. Cela pourra faire l’objet d’un long article, mais la présente réflexion se limite à reprendre pour la traduction de κρίσις (krisis), jugement et discernement et symétriquement pour le verbe κρίνω (krinô), juger et discerner.

Cela dit, tout acteur et plus particulièrement les médias qui préoccupent le présent billet, n’ont d’autre lot que le pari du discernement. En d’autres termes, si tant est qu’il leur soit loisible de jugement de ce qui se passe dans la réalité sociale, il leur incombe de faire preuve de discernement, au lieu d’imposer ce qu’ils construisent de l’espace public, tantôt ex cathedra, tantôt ex nihilo, tantôt dans un effet-marmelade amalgamant les deux. Bref, en temps de crise, il revient aux médias de ne pas s’imposer à la fois comme hiérophante et comme démiurge.

«Depuis la disposition officielle de l’état d’urgence sanitaire le 19 mars écoulé, les médias haïtiens n’ont guère changé leur fusil d’épaule. Ils procèdent de leur méthode habituelle consistant à poser des conclusions hâtives et sommaires amalgamant par le fait même l’effet-marmelade évoqué.»

Pour ce qui concerne les médias haïtiens depuis la disposition officielle de l’état d’urgence sanitaire le 19 mars écoulé, ils n’ont guère changé leur fusil d’épaule. Ils procèdent de leur méthode habituelle consistant à poser des conclusions hâtives et sommaires amalgamant par le fait même l’effet-marmelade évoqué. De manière symptomatique, la plupart de journalistes prétendent faire passer leurs déclarations pour des analyses scientifiques et que celles-ci donnent lieu à leur tour à des conclusions qui, in fine, s’accusent être des pétitions de principe (petitio principii). Ce faisant, les médias haïtiens n’ont rien changé en termes de modi faciendi, de mode de faire et de traditions de travail. Dit autrement, les médias suivent tout linéairement la voie habituelle de l’essentialisation, synonyme d’une rupture transcendante dramatisante.

  • Écueil numéro 2 : la préséance aux acteurs politiques ou regressio ad politicum

Du moment où la pandémie commençait à se faire sentir un peu partout dans le monde, les médias haïtiens ne prenaient pas la tangente. Ils faisaient appel à des acteurs du champ médical, s’agit-il des médecins en général et des épidémiologistes, des infectiologues et des pneumologues dans une certaine mesure pour exposer ce qu’il fallait saisir de la virulence des virus de type Sars-CoV en général et du Sars-CoV-2 ou COVID-19 en particulier.Lire la suite »

«Les médias haïtiens dans la crise du coronavirus ou l’épreuve du trilemme de Münchhausen (1ère partie)» – Luné Roc Pierre Louis

Chronique invitée – Luné Roc Pierre LouisLuné Roc  Pierre Louis est professeur à l’Université d’État d’Haïti et l’auteur de plusieurs ouvrages sur les médias et la question de la démocratie en Haïti. Docteur en information et communication de l’Université Catholique de Louvain, il s’est associé à la CRÉAcT à titre d’invité d’honneur dans le cadre du colloque Les médias francophones sous toutes leurs coutures.

La pandémie due au coronavirus ou à la COVID-19 provoque une crise sans précédent dans l’histoire contemporaine, en Haïti comme partout. Aussi convoque-t-elle d’une part les États, qu’ils soient du Nord, du Centre ou du Sud et d’autre part, les acteurs de quelque échelon qu’ils soient, des centres des pouvoirs de l’État jusqu’au citoyen lambda, en passant par les institutions de médiation, le monde des affaires, la société civile, les médias, les organismes supranationaux, les organisations internationales et les organisations non-gouvernementales pour les mettre face à la nudité de leurs responsabilités.

D’emblée, il n’est pas incongru de souligner que la crise de la pandémie du coronavirus entraîne à son tour, comme corollaire la crise du mythe du complot (dit arbitrairement théorie du complot), sans pourtant sous-estimer la crise des fake news qui cherche à s’imposer comme étant un corollaire supplémentaire. Le présent billet se concentrera sur celle du coronavirus sous les auspices des médias et exclusivement les médias haïtiens. Dès lors, l’on pourrait à juste titre parler de diégèse orale par opposition tant à la mimesis qu’à la diégèse tout court pour aborder le récit médiatique que se forgent les médias haïtiens, attendu que la question de média en Haïti se limite surtout à la radiodiffusion. Ni la presse écrite, ni la télévision n’ont d’emprise en Haïti. La télévision peine encore à s’intégrer dans la formation sociale haïtienne, tandis que le feu de la presse écrite s’éteignit depuis 1957, c’est-à-dire au début du régime des Duvalier, à l’époque où Haïti comptait quelque sept quotidiens et 54 périodiques pour se ramener de nos jours à un seul journal à proprement parler.

«Versée dans l’amateurisme, la télévision demeure rachitique et anémiée en Haïti. La radio y règne et le pays compte quelque 533 stations de radio dont 398 officiellement reconnues par le Conseil national de télécommunications.»

Un mot vaudrait encore mille images en Haïti, pour autant que le pays compte quelque 167 chaînes de télévision dont 111 officiellement reconnues (septembre 2019) par l’institution d’État chargée de réguler le secteur médiatique (téléphonie comprise), en l’occurrence le Conseil national de télécommunications. Versée dans l’amateurisme, la télévision y demeure rachitique et anémiée. La radio y règne et le pays compte quelque 533 stations de radio dont 398 officiellement reconnues par ledit Conseil (septembre 2019).

Pour le compte de ce billet, l’usage du concept de média se fait de manière générique, car le substrat d’analyse table sur le récit que se forgent les radios haïtiennes. Par ailleurs, il convient d’évoquer sous un tout autre jour le trilemme de Münchhausen pour essayer de comprendre les substrats résultant de l’appréhension que se font les médias haïtiens en abordant la crise que provoque la pandémie du coronavirus. Avant d’y arriver, il importe de jeter, grosso modo, un coup d’œil sur la production de la machine médiatique haïtienne d’ante COVID-19.Lire la suite »

L’ordre mondial face à la pandémie (Au rythme de notre monde dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse)

Note : cette chronique a été publiée simultanément sur le site du Courrier de la Nouvelle-Écosse.

Le dimanche 22 mars dernier, neuf avions Iliouchine des Forces aérospatiales russes ont atterri à l’aéroport militaire de Pratica di Mare, en Italie. En plus d’une équipe de médecins et de virologues, leur cargaison se composait de 600 ventilateurs et d’une grande quantité de masques de protection respiratoire. Les caisses de transport étaient ornées d’un message de solidarité : « De Russie, avec amour ».

L’aide offerte pour aider à endiguer la progression du SRAS-CoV-2, ou du nouveau coronavirus 2019, dans l’un des pays les plus touchés par la pandémie, n’a pas manqué de provoquer quelques froncements de sourcils. Pour plusieurs, l’intervention humanitaire de Moscou passait plutôt pour une opération de propagande, survenue d’ailleurs peu de temps après une mission chinoise.

« Nous devons être conscients qu’il existe une composante géopolitique, y compris une lutte pour l’influence et la politique de générosité », affirmait le vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell, également haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (cité dans Le Monde, 25 mars 2020). Selon cette interprétation, l’action de la Russie aurait pour finalité de jeter le discrédit sur l’Union européenne, taxée d’impuissance à répondre aux besoins de ses pays membres, et du coup de rehausser le prestige du Kremlin. 

En effet, un article paru sur le site italien de l’agence de presse Sputnik, affiliée au gouvernement russe, ne s’embarrassait pas de subtilité : « La Russie est là. Et l’Union européenne? »

Que révèle cet épisode? Depuis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié de pandémie la situation de la COVID-19, l’actualité évolue à un rythme ahurissant. Toutefois, des questions de fond se dessinent. La crise que nous traversons risque-t-elle de susciter des transformations majeures dans l’état du monde? Ne fait-elle qu’accélérer des tendances déjà à l’œuvre? Ou bien la vie reviendra-t-elle « pareille comme avant » une fois la pandémie vaincue?Lire la suite »

Rejoindre Sainte-Anne et y trouver sa place : entretien avec Zoe Geddes, assistante de recherche de la CRÉAcT

Étudiante de deuxième année à l’Université Sainte-Anne, Zoe Geddes est assistante de recherche auprès de la CRÉAcT depuis 2019. Elle explique ici son intérêt pour la culture acadienne et donne un coup d’œil sur l’expérience d’être assistante de recherche.

D’où êtes-vous originaire et quel a été votre cheminement jusqu’ici ?
ZG : Je viens de la vallée d’Annapolis, de Kingston spécifiquement. Ce n’est pas très loin de notre université. J’avais voulu étudier soit à McGill, soit à Concordia, à Montréal, et j’avais été acceptée à Concordia, avec des bourses. Or, quand je suis venue visiter Sainte-Anne pour voir le campus, pendant ma douzième année, j’ai eu le sentiment que ce petit campus était déjà mon université.Lire la suite »

Galerie de photos : signature d’une entente en vue du Congrès mondial acadien 2024

C’est officiel : une entente vient d’être signée entre la Société nationale de l’Acadie (SNA) et le Comité organisateur du Congrès mondial acadien (COCMA) 2024 engageant ce dernier à mener à bien la tenue du prochain grand rassemblement du peuple acadien. Celui-ci aura lieu en août 2024, dans les municipalités de Clare et d’Argyle – ou #Clargyle – dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Une deuxième entente portait spécifiquement sur les États généraux de l’Acadie, qui «rejoindront le grand public tout en proposant des réflexions de haut calibre et tournées vers l’avenir en matière de projet collectif acadien», selon le communiqué de la SNA.

Le mardi 10 mars 2020, Louise Imbeault, présidente de la SNA (et chancelière de l’Université de Moncton), était de passage dans la région de la Baie Sainte-Marie pour rencontrer à cet effet Allister Surette, président du CMA 2024 (et recteur de l’Université Sainte-Anne). La cérémonie a eu lieu dans la Galerie Trécarré, au Rendez-vous de la Baie. Étaient également présent-e-s les vice-président-e-s du CMA 2024, Natalie Robichaud et Chris Frotten, ainsi que plusieurs représentant-e-s d’autres organismes.

NOTA BENE : Les photos présentées ici peuvent être utilisées librement, à condition d’inclure l’attribution suivante – Crédit photo : Clint Bruce/CRÉAcT.

M. Clint Bruce

Journée internationale des droits des femmes : pleins feux sur Mhairi Black, Parti national écossais (SNP)

Élue au Parlement britannique en 2015, à l’âge de 20 ans, Mhairi Black est l’une des plus jeunes députées dans l’histoire de la vénérable enceinte de Westminster. Nationaliste écossaise, socialiste qui se porte défenseure des intérêts des démunis, des marginalisés et des gens ordinaires, féministe et militante des droits LGBTQ+, elle n’a pas sa langue dans sa poche. À l’ère où le populisme de droite déferle sur la planète, c’est une éloquente anti-Trump ou, pour mieux dire, une anti-Boris Johnson, ce premier ministre dont l’appui au Brexit heurte les positions du Scottish National Party.

À titre de rappel : cette formation indépendantiste est majoritaire au Parlement écossais, créé à la fin des années 1990. Le SNP et le gouvernement d’Écosse sont dirigés par Nicola Sturgeon. Le référendum sur l’indépendence de l’Écosse qui s’est tenu en octobre 2012 s’est soldé par une victoire du «non» (55,3 % contre 44,7 % pour le «oui»). La sortie fracassante du Royaume-Uni de l’Union européenne laisse croire aux indépendantistes que la prochaine campagne pourrait donner le résultat escompté.

Dépouillé de tout folklore ethnicisant, le nationalisme écossais de Mhairi Black, qui représente la circonscription de Paisley and Renfrewshire South, au sud-ouest de Glasgow, s’appuie sur une forte conscience de classe. Conscience qui est liée à son tour à la conviction que les partis dominants au Royaume-Uni sont devenus des forces d’oppression en faveur des élites – une oppression à laquelle l’Écosse ne pourra se soustraire dans le système actuel, du fait de son faible poids au sein de l’union. (Pour une analyse de l’évolution récente de ce discours, voir l’étude d’Ewan Gibbs, «Who’s ‘Normal’? Class, Culture and Labour Politics in a Fragmented Britain», dans Renewal: A Journal of Labour Politics, 2017, vol. 25, no 1, p. 86-91).

Ayant fait preuve et d’audace et de compétence, Mhairi Black vient d’assumer la fonction de contre-secrétaire d’État pour l’Écosse au nom du SNP. Pour souligner cette Journée internationale des droits des femmes, voici trois vidéos permettant de mieux connaître cette figure marquante de la scène politique…Lire la suite »

Un Africain au siège de Louisbourg : le témoignage d’Olaudah Equiano (1745-1797) – Mois de l’histoire des Noirs

NOTE : Une version abrégée de cette chronique a paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, édition du 21 février 2020.

Tournant décisif de la guerre de Sept Ans (1756-63), la chute de la forteresse française de Louisbourg, du 8 juin au 27 juillet 1758, marquait le début de la fin de l’Amérique française. La victoire des forces britanniques à l’île Royale (Cap-Breton) allait ouvrir la voie au siège de Québec, où se jouerait l’an suivant le sort de la Nouvelle-France sur les plaines d’Abraham, et à la capitulation de Montréal en septembre 1760, sans oublier la bataille de la Ristigouche (juillet 1760) à laquelle participeraient des Acadiens réfugiés dans la région des Chaleurs depuis les déportations entreprises à partir de 1755.

Quiconque visite de nos jours le Lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg ne saurait manquer de se laisser impressionner. Fondée au lendemain du traité d’Utrecht (1713), par lequel la France perdait l’Acadie de la Nouvelle-Écosse, cette imposante base militaire suscitait la crainte et la convoitise des autorités coloniales de la Nouvelle-Angleterre. Louisbourg avait déjà été envahi en 1745, pendant la guerre de Succession d’Autriche, avant d’être restitué à la France en 1748.

Louisbourg National Historic Site
Vue générale du Lieu historique national du Canada de la Forteresse-de-Louisbourg. Tous droits réservés à Parcs Canada (source de l’image ici).

L’existence de la forteresse donnera naissance à une ville d’environ 10 000 âmes à la fin des années 1750, soldats et civils confondus. Parmi ses résidents se comptaient près de 250 personnes d’origine africaine tenues en esclavage entre 1713 et 1760. L’historien Kenneth Donovan a consacré plusieurs travaux à ce sujet [1]. Leur présence sert à rappeler que l’histoire des Maritimes participait pleinement de l’évolution du vaste monde atlantique.   

À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, cette chronique mettra en vedette la perspective d’un jeune Africain qui se trouvait, lui, du côté anglais lors des événements de l’été 1758. Ce témoin oculaire du siège de Louisbourg s’appelait Olaudah Equiano (c. 1745-1797). C’est l’auteur de l’une des plus célèbres autobiographies parmi celles signées par des victimes du système esclavagiste aux 18e-19e siècles : The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, Or Gustavus Vassa, The African (Londres, 1789).Lire la suite »

Mois de l’histoire des Noirs : Quand l’activisme passe par la poésie (reportage de «Michel le samedi», Radio-Canada Acadie, 8 février 2020)

États de la recherche / Au fil de l’histoire – Le 8 février dernier, l’émission Michel le samedi, animée par Michel Doucet, a diffusé un reportage d’Isabelle Robichaud au sujet de mon livre à paraître chez The Historic New Orleans Collection / University of Virginia Press, Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers : A Bilingual Edition. Découvrez ici le reportage d’Isabelle Robichaud : «Quand l’activisme passe par la poésie». 

L’ouvrage sera disponible à partir du 13 mai prochain.

Crédit photo : Radio-Canada / Isabelle Robichaud