Louisiane, 1858… un meurtre sur le Mississippi (Entrevue à l’émission L’Heure de pointe Acadie)

Au fil de l’histoire / CRÉAcT en action ! – À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs 2018, j’ai eu le plaisir de présenté une série de conférences sur un de mes projets de recherche, une enquête historique sur un incident tragique survenu en 1858 : l’assassinat d’un planteur louisianais d’origine acadienne, Constant Melançon, par un nommé Toussaint, qui était non seulement l’esclave de ce premier, mais aussi un ami d’enfance. Les circonstances entourant ce meurtre permettent de comprendre l’esclavagisme pratiqué par les Acadiens louisianais et la culture de résistance développée par les Noirs – Africains et des descendants d’Africains – qui en furent les victimes.

Ces conférences ont eu lieu à Sydney, le lundi 5 février; à Moncton, le mardi 6 février; et à la Pointe-de-l’Église, le jeudi 8 février. (Voir les détails dans ce communiqué de presse de l’Université Sainte-Anne). Lors de notre passage à Moncton, j’ai été invité à expliquer ce projet à l’émission L’Heure de pointe Acadie, animée par Martine Blanchard. L’entretien est disponible ici. 

Affiche Louisiane 1858

250 ans d’avenir : la communauté acadienne de Clare

Œil sur l’Acadie – Une communauté a beau être petite, son histoire peut être riche à l’infini. La nôtre, celle de la municipalité de Clare, à majorité francophone et acadienne (71% de francophones sur une population d’environ 8 000, selon le recensement de 2016), en est une illustration vibrante. Malgré des défis, ce coin du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, qu’on appelle aussi la région de la baie Sainte-Marie, connaît une vie culturelle et sociale animée, aspects importants de sa vitalité (disent les chercheurs), dont l’Université Sainte-Anne est l’un des foyers.

En 2018, nous célébrons 250 ans de présence acadienne ici en Clare. Cette présence permanente remonte aux années suivant la Déportation des Acadiens, qui a pris fin avec le traité de Paris en 1763. Pour marquer cette date d’une importance symbolique, des activités se dérouleront tout au long de l’année. La CRÉAcT y sera et, à l’occasion, y participera.

2018-01-18_Carte Clare Torbett
Détail d’une carte de 1819, MAP of the Province of NOVA SCOTIA Including CAPE BRETON, Prince Edwards Island AND PART OF New Brunswick, par Charles W. Torbett. Clare avait à cette époque le statut de township, ou canton, avant d’être incorporé en tant que municipalité en 1879. Le secteur de Grosses Coques correspond au cercle bleu. À remarquer: la note indiquant Settled by French Acadians. Source : NSCC W. K. Morrison Special Collection.

Hier soir le coup d’envoi a été donné. Lors d’une courte cérémonie aux bureaux de la municipalité de Clare, le préfet Ronnie LeBlanc a dévoilé un document d’une certaine importance historique : le serment d’allégeance à la couronne britannique signée par Antoine Solomon Maillet (1723- v. 1799). Originaire de Port-Royal, Maillet et sa femme Marguerite (Blanchard, v. 1735-1799) se sont installés ici au moment où plusieurs familles acadiennes venaient s’établir le long de la baie Sainte-Marie, au milieu des années 1760. Leur présence est officiellement reconnue en 1768. En 1775, lorsque Joseph Winniett esq. dresse une liste des Acadiens établis en Clare, on les retrouve à Grosses Coques – le lieu de résidence de ce chercheur – où ils recevront un octroi de 360 acres de terre. La leur est donc l’une des familles fondatrices de cette communauté.

Comment faire revivre l’histoire passionnante de ces gens qui ne cherchaient qu’à refaire leur vie après un déracinement brutal et des années d’errance? Ce défi a été confié à Anne LeBlanc, comédienne et dramaturge dont les pièces font d’habitude rire aux éclats. Hier soir, le ton était autre. Aux côtés de Patrick Duffy, qui incarnait Solomon, elle a joué le rôle de Marguerite, mère de famille confrontée à des incertitudes dans une Nouvelle-Écosse dominée par les Planters protestants. En prenant leur courage à deux mains, le couple se résout à accepter l’offre du gouvernement colonial, à la condition de prononcer le serment d’allégeance. Leur jeune fille Cécile a été incarnée par Maryse Wagner, peut-être une comédienne en herbe…

Bien au-delà de l’année 2018, ce précieux document signé par Antoine-Solomon Maillet au XVIIIe siècle, désormais affiché au siège de notre municipalité, nous rappellera qu’il y a toujours des lendemains qui se lèvent à l’horizon – mais que la volonté de résilience implique parfois des choix difficiles.

Clint Bruce

2018-01-17_Serment d'allégeance
18 janvier 2018 : le serment d’allégeance signé par Antoine-Solomon Maillet a été dévoilé par Ronnie LeBlanc, préfet de Clare, aux côtés de Stéphane Cyr, directeur général de la municipalité. Crédit photo : Clint Bruce

La diaspora acadienne au fil de nos histoires : Mylène Comeau en Louisiane et le CMA 2019

Il y a quelques jours nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Mylène Comeau, agente de projets du Congrès mondial acadien 2019. Originaire de la baie Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) et ancienne de l’Université Sainte-Anne, elle revenait depuis peu d’une mission du Congrès en Louisiane, au mois d’octobre. Bien qu’elle ait déjà visité plusieurs autres pays, c’était son premier voyage là-bas ; nous avons donc voulu capter quelques-unes de ses impressions.

Dans ce court témoignage vidéo, Mylène fait remarquer les ressemblances physiques entre Acadiens et Louisianais, ainsi que l’enthousiasme que suscite le CMA.

L’entretien a été réalisé dans le cadre d’un projet d’histoire orale de la CRÉAcT, La diaspora acadienne au fil de nos histoires. Jusqu’à date, une vingtaine de témoignages ont été enregistrés, sur un total de 40 à 50 entretiens d’ici 2019.

 

 

Longfellow… encore lui ! Traduction originale de « The Slave Singing at Midnight » (1842)

L’imagination littéraire du poète américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882) aura marqué de manière irrévocable la destinée de l’Acadie. Qu’on veuille d’elle ou non, la figure d’Évangéline, rêveuse et mélancolique, persiste : Céleste Godin n’aurait pas eu besoin de lancer son puissant Fuck you Évangéline si ce n’était pas le cas. 

Mais arrive-t-il qu’on lise en Acadie d’autres œuvres de lui ? Comme Longfellow n’est plus à la mode depuis longtemps, j’en doute fortement. (Petit aveu d’un pur hasard : quand j’étais adolescent, Longfellow était mon écrivain préféré, à côté de quelques autres romantiques de langue anglaise.)

Récemment, dans le cadre de mes recherches sur l’esclavage au XIXe siècle, il m’a été donné de redécouverir le recueil Poems on Slavery, que Longfellow composa en 1842 – cinq ans avant la parution d’Évangéline – au retour d’un séjour en Allemagne. Lié d’amitiés avec plusieurs militants abolitionnistes de la Nouvelle-Angleterre et d’Europe, mais ne s’étant jamais prononcé sur ce sujet, il souhaitait « faire quelque chose, aussi modeste que ce soit, pour la grande cause de l’émancipation des nègres ». Il en résulta cette mince plaquette de sept poèmes publiée à Boston. Le cinquième d’entre eux, « The Slave Singing at Midnight », m’a particulièrement touché.

En entendant un chant religieux percer la nuit, le poète admire chez l’esclave noir la même force d’esprit, face à l’injustice de sa condition, que le Nouveau Testament décrit chez Paul et Silas, chrétiens du Ier siècle emprisonnés par les autorités romaines. Il m’a paru juste de rendre hommage aux convictions égalitaires de Longfellow par une traduction en français. La voici, sous forme d’image. Les deux textes, accompagnés d’une brève explication de quelques choix de ma part, suivent.
2017-08-29_Slave Singing 1

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La CRÉAcT en Louisiane : que trouve-t-on dans le magazine Acadiana Profile ?

CRÉAcT en action ! / Au fil de l’histoire – Du 30 juin 2017 au 10 juillet 2017, l’équipe de la CRÉAcT effectue un séjour de recherche en Louisiane. L’objectif : recueillir des documents et des témoignages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution de la diaspora acadienne. L’étape la plus importante de notre excursion s’est déroulée à Lafayette, où les assistants de la Chaire ont examiné des documents et fonds d’archives à l’Université de Louisiane à Lafayette. Parmi d’autres projets, Réanne Cooper et Lorianne Cooper ont dépouillé le magazine Acadiana Profile, lancé en 1969.

La CRÉAcT en Louisiane : aux archives de LSU à Bâton-Rouge

La CRÉAcT en action / Au fil de l’histoireDu 30 juin 2017 au 10 juillet 2017, l’équipe de la CRÉAcT effectue un séjour de recherche en Louisiane. L’objectif : recueillir des documents et des témoignages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution de la diaspora acadienne. Le lundi 3 juillet, l’équipe de la Chaire était de passage à Bâton-Rouge. Pourquoi ? C’est simple : les collections spéciales de la bibliothèque Hill Memorial de l’Université d’État de Louisiane regorgent de trésors documentaires de l’époque coloniale et du XIXe siècle. Plus particulièrement, nous nous sommes intéressés à l’intégration des premières générations d’Acadiens à la société esclavagiste des régions où dominait la cultivation de la canne à sucre, le long du fleuve Mississippi. Voici quelques réflexions de fin de journée.

Qui apporte vos cadeaux de Noël ? La Christine en Louisiane…

Au fil de l’histoire – Qui vient livrer les cadeaux de Noël chez vous ? Dans beaucoup de pays de tradition chrétienne, c’est le Père Noël ou l’un de ses avatars (Santa Claus, etc.) – mais pas partout : l’identité et les procédés de ce bienfaiteur folklorique peuvent varier considérablement d’une région à l’autre.

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Hier matin, lors d’une courte entrevue à l’émission Format libre d’ICI Radio-Canada Acadie, animée par Michel Doucet, j’ai présenté la figure traditionnelle de La Christine, connue dans certaines parties de la Louisiane francophone. (Voici le lien pour écouter l’édition du 23 décembre, à laquelle plusieurs autres personnes ont également participé.)

D’où vient la Christine ?

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Témoignage d’un massacre annoncé : il y a 150 ans à la Nouvelle-Orléans…

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.


Qui de nous n’a pas vu, dans les derniers mois, au moins une des trop nombreuses vidéos montrant l’une des trop nombreuses morts d’un Noir américain aux mains de la police ? Grâce à la téléphonie mobile et aux plateformes de partage, nous sommes devenus, toutes et tous, des témoins.

Des témoins très imparfaits, certes, dans la mesure où ces extraits filmés ne disent pas tout ; toujours est-il que nos petites caméras servent désormais de précieux instruments de responsabilisation des actions et comportements des autorités chargées de « protéger et servir » l’ensemble des citoyens. C’est presque à se demander comment cela se faisait avant l’ère d’Internet… ou du film ou de la vidéo, de l’enregistrement audio et de la radio, ou encore, en remontant plus loin, de la reproduction photographique à grande échelle.

Cela se faisait, pourtant.

Je viens de signer une chronique dans Le Devoir à l’occasion du 150e anniversaire d’un incident tragique, révoltant même, de l’histoire de la Louisiane : le massacre du Mechanics’ Institute, alors siège du gouvernement de l’État, à la Nouvelle-Orléans, le 30 juillet 1866.

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Image : Gravures du magazine Harper’s Weekly, 25 août 1866. Gracieuseté de The Historic New Orleans Collection, numéro d’accession 1974.25.9.309 i-iv.

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Voyons plus clair au fond de ce gombo…

Au fil de l’histoire – Un trait culturel qui distingue les Acadiens des Cadiens, c’est la cuisine. Et, d’après mon expérience, les Acadiens apprécient énormément la gastronomie louisianaise. Cela se comprend : elle est exquise. Parmi la ribambelle de mets savoureux que mon État natal offre au monde, le gombo trône en roi. Ce potage au goût fumé est régulièrement servi lors de festivités soulignant les liens entre l’Acadie et la Louisiane. Par exemple, un étudiant de l’Université Sainte-Anne m’a raconté tout récemment que, dans le cadre du Congrès mondial acadien 2004, tenu en Nouvelle-Écosse, sa famille avait pris part à une activité où des gens d’ici ont préparé des plats traditionnels, y compris du gombo en suivant des recettes envoyées par des gens de la Louisiane. Belle initiative!

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Des gombos cuits par Ann Cockrell, Pamela Deshotels et Blake Smith qui ont eu la gentillesse de partager ces photos.

Mais s’agit-il d’un plat acadien louisianais, à proprement parler ? Remontons dans le temps pour examiner les premières mentions attestées de ce délice.Lire la suite »