Mois de l’histoire des Noirs : les Afro-Américains tenus en esclavage par une famille acadienne en Louisiane (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 25 février 2022)

Note : Cette série de deux chroniques a paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, éditions du 11 et 25 février 2022, sous la rubrique Au rythme de notre monde. Elles font état, pour un lectorat général, de l’avancement d’un projet de recherche de la CRÉAcT dont la première étape a fait l’objet d’un article publié en 2018 dans la revue Histoire engagée.

1ère PARTIE

Mo déjà roulé tout lakot,
Pencor war parèy bèl Layotte…

Ce sont là les paroles d’une chanson en langue créole qui, du temps de l’esclavage, aurait rythmé le travail des ouvriers captifs condamnés aux champs de canne à sucre du sud de la Louisiane. En lisant à haute voix, vous pourrez probablement, grâce à la proximité lexicale du français, saisir le sens de cet éloge d’une femme admirée, «la belle Layotte», auprès de qui l’on demande l’intervention d’un ami :

Jean Babèt, mô nami,
Si vou kouri par enho,
Vou mandé bèl Layotte,
Cado-la li té promi mwin.

Or, parmi les milliers de personnes tenues en esclavage qui auraient connu et chanté ces vers, toutes n’étaient pas nées en Louisiane et, pour un nombre considérable d’entre elles, le créole ou le français auraient été leur deuxième langue, apprise à la suite de leur arrivée d’un autre État, comme la Virginie ou la Caroline du Nord. À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, il s’agira dans cette série de deux chroniques de lever un coin de voile sur mes recherches en cours sur les victimes du commerce esclavagiste à l’intérieur des États-Unis, tout en rendant hommage à leur résilience et à leur courage.

Entre 1790, c’est-à-dire juste après l’adoption de la constitution américaine, et 1860, soit à la veille de la guerre de Sécession, près d’un million de femmes et d’hommes d’origine africaine furent transportés de force depuis le Haut Sud vers le Sud profond. Cette migration forcée a été stimulée par l’expansion des plantations de coton, à travers tout le Sud, et, en Louisiane, de l’industrie sucrière. D’ailleurs, l’interdiction de la traite esclavagiste transatlantique, à partir de 1808, eut pour conséquence d’encourager le trafic humain au sein du pays, faute de main-œuvre en provenance de l’Afrique.

À titre de comparaison, sur les 12 millions de femmes, hommes et enfants qui, entre le 16e et le 19e siècles, ont subi le «Passage du milieu»ou la pénible traversée de l’Afrique aux Amériques, un peu de moins de 400 000 d’entre elles et eux ont abouti en Amérique du Nord. Autrement dit, le marché intérieur aura bouleversé l’existence de plus de deux fois plus d’Afro-Américains que le commerce transatlantique, reconnu pourtant comme un crime contre l’humanité. Tant et si bien que les déplacements occasionnés par le marché national sont parfois qualifiés de «second Passage du milieu».

«Ce nouveau commerce interurbain était dominé par des entreprises permanentes bien organisées», explique l’historien Walter Johnson dans son ouvrage Soul by Soul: Life Inside the Antebellum Slave Market (1999).

Les esclaves étaient rassemblés à Baltimore, Washington, Richmond, Norfolk, Nashville et St-Louis, puis envoyés vers le Sud, soit par voie terrestre, attachés par des chaînes, soit par des voiliers longeant la côte ou bien par des bateaux à vapeur descendant le Mississippi. Ces esclaves étaient vendus sur les marchés urbains de Charleston, Savannah, Mobile, Natchez et surtout de La Nouvelle-Orléans. Contrairement à l’image populaire, la plupart de ces esclaves n’étaient pas vendus rapidement lors de grandes ventes aux enchères publiques, mais dans le cadre d’accords privés conclus dans les parcs à esclaves tenus par les marchands d’esclaves.

Ce commerce en est venu à constituer une pierre angulaire de l’économie du Sud et, par conséquent, du pays entier. Toutefois, l’aspect économique ne doit pas voiler la dimension humaine de ce drame effroyable.

Puisque La Nouvelle-Orléans servait de plaque tournante de ce réseau, un certain nombre de ces Afro-Américains étaient destinés à des plantations appartenant à des familles d’origine acadienne. Mon projet de recherche explore le cas de la plantation C. P. Melançon et Cie, située dans la paroisse St-Jacques, entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans. Cette habitation sucrière fut reçue en héritage par Constant Paul Melançon et ses frères et sœurs, tous enfants de Joseph Melançon fils (1788-1833), mort lors d’une épidémie de choléra, et Constance LeBlanc (1794-1856).

Ce qui a attiré mon attention sur cette famille et sur les gens esclavagisés sur leur plantation, c’est un fait divers sur lequel je suis tombé, par pur hasard, en feuilletant l’un des vieux journaux de la Louisiane francophone : en juillet 1858, Constant Melançon fut tué par Toussaint, l’un de ses esclaves qui avait grandi à ses côtés. Cet incident montre bien à quel point le système esclavagiste pouvait engendrer des formes de résistance, jusqu’au rejet violent de cette condition inacceptable.

À deux reprises, les Melançon avaient eu recours aux marchands d’esclaves de La Nouvelle-Orléans pour grossir les rangs de leurs ouvriers captifs, artisans et travailleurs agricoles. En janvier 1831, Joseph Melançon avait fait l’acquisition de huit jeunes hommes; bien plus tard, en 1853, quatre de ses fils allaient acheter huit autres hommes au moment de s’associer en tant que partenaires. En Louisiane francophone, ces Noirs provenant d’autres régions des États-Unis portaient la désignation «d’Américains», par opposition aux Créoles nés en Louisiane.

Un récent voyage de recherche aux États-Unis m’a donné l’occasion de me lancer sur les traces du premier groupe. Le contrat qui se trouve aux archives notariales de La Nouvelle-Orléans révèle que ces huit hommes et adolescents ont été vendus par un James Huie, résident du comté de Rowan en Caroline du Nord. Ils s’appelaient Abraham (19 ans), Allen (16 ans), Ben (14 ans), Booker (19 ans), Calton (19 ans), Ralph (16 ans) et Tom (18 ans). Leur expérience nous permettra de mieux comprendre l’interaction entre la diaspora acadienne en Louisiane, parmi laquelle l’esclavagisme s’était généralisé, et la diaspora africaine en Amérique du Nord.

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Tout le monde est invité ! 9 février 2022 : «Les Acadiennes louisianaises du Sacré-Cœur de Jésus, entre interculturalité et mobilité interrégionale», conférence de Clint Bruce

Tout le monde est invité à assister à une conférence publique du professeur Clint Bruce, le 9 février 2022 à 19h00 (Atlantique) : «Les Acadiennes louisianaises du Sacré-Cœur de Jésus, entre interculturalité et mobilité interrégionale». Cette activité est organisée par le Groupe de recherche sur les archives et les femmes en Acadie (GRAFA), en collaboration avec l’Observatoire Nord/Sud. Voici le lien Zoom pour accéder à la conférence : https://us02web.zoom.us/j/88042581625?pwd=emdoOUl0NFZBZS81L0Z4RC82TzQ2QT09 

Résumé : La perception de la société cadienne nous renvoie constamment à des stéréotypes : trappeurs évoluant dans un décor exotique, bons vivants ne faisant qu’attendre le Mardi gras et ainsi de suite. Cette conférence a pour but de révéler une autre facette de la diaspora acadienne en Louisiane, celle de l’expérience des femmes ayant choisi la vocation religieuse au 19e siècle. Au cœur de cette recherche se trouve l’autobiographie de Marie-Désirée Martin (1830-77), intitulée : Les Veillées d’une sœur, ou le destin d’un brin de mousse (1877). Arrière-petite-fille d’Acadiennes et d’Acadiens déportés, l’auteure se réfère à la mémoire de ses ancêtres – féminines, surtout – pour donner sens à son propre vécu, notamment à sa décision de quitter l’ordre religieux qu’elle avait rejoint à l’âge de 16 ans, la Société du Sacré-Cœur de Jésus, une congrégation française établie en Amérique dès 1818. Une autre dimension saisissante du récit de Martin concerne les personnes tenues en esclavage par sa famille, qu’elle évoque avec tendresse tout en déplorant les injustices que ces premières ont subies. À partir d’un examen des collections pertinentes du centre d’archives du Sacré-Cœur à Saint-Louis (Missouri), il s’agira de comparer la trajectoire de Martin à celles d’autres Acadiennes louisianaises au sein de la Société du Sacré-Cœur. Deux aspects seront abordés : les rapports interculturels, y compris les interactions entre les religieuses et les personnes tenues en esclavage par la congrégation, d’une part, et la mobilité continentale et transnationale des religieuses, d’autre part.

Cette recherche s’inscrit dans le cadre de l’initiative Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940.

Clint Bruce est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, où il enseigne au Département des sciences humaines. Il y est également directeur de l’Observatoire Nord/Sud, centre de recherche rattaché à la CRÉAcT, et codirecteur de la revue Port Acadie. Ses recherches portent sur la diaspora acadienne, sur la Louisiane francophone et sur le monde atlantique. Son livre Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition (The Historic New Orleans Collection, 2020) a remporté le prix Lois-Roth pour la traduction littéraire, décerné par la Modern Language Association. 

Carmen d’Entremont se penchera sur les migrations acadiennes dans le cadre de son stage postdoctoral

Pointe-de-l’Église (N.-É.), le 21 septembre 2021 – Ethnologue expérimentée dans le domaine des traditions orales des régions acadiennes, Carmen d’Entremont effectue présentement un stage postdoctoral qui vise à retracer les motifs et les impacts des migrations circulaires entre les régions de Par-en-Bas et la Nouvelle-Angleterre.

Chercheuse associée de l’Observatoire Nord/Sud et membre de l’équipe de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), son stage postdoctoral est financé par le projet Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) (TSMF). Ce dernier est sous la direction de l’historien Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones, située à l’Université de Saint-Boniface.

« Carmen d’Entremont n’est pas une étrangère au sein du projet Trois siècles de migrations francophones, puisqu’elle était impliquée au Centre acadien et à l’Observatoire Nord-Sud, deux institutions partenaires importantes. Dans son nouveau rôle de stagiaire postdoctorale, cette expérience lui sera profitable, mais surtout elle contribuera au chantier de recherche sur les relations entre l’Acadie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, particulièrement la région de Par-en-Bas, et la Nouvelle-Angleterre. En outre, elle apporte au projet une perspective ethnologique fort bienvenue. »

– Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones à l’Université de Saint-Boniface

Le projet de recherche Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) explore la genèse et l‘évolution des populations francophones sur le continent nord-américain et nourrit les réflexions sur les enjeux de l’immigration, de la diversité culturelle et du vivre-ensemble.

Carmen se penchera plus particulièrement sur des questions d’identité avec l’aide de récits et de témoignages recueillis, qu’elle utilisera pour reconstituer l’historique des expériences migratoires (l’histoire orale) et saisir les points de vue, traditions, sentiments et valeurs de la culture étudiée (les traditions orales). Elle travaillera de près avec le professeur Clint Bruce, titulaire de la CRÉAcT, ainsi qu’avec des associations locales comme la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie et le Musée des Acadiens des Pubnicos et Centre de recherche Père-Clarence-d’Entremont.

Collection de Carmen d’Entremont

À propos de l’Université Sainte-Anne

L’Université Sainte-Anne, la seule université francophone en Nouvelle-Écosse, offre des programmes d’études universitaires et collégiales ainsi que des programmes d’immersion et de formation sur mesure en français langue seconde. Reconnue pour l’excellence de ses programmes et son milieu de vie unique et exceptionnel, elle offre des occasions d’apprentissage expérientiel favorisant l’engagement et la réussite des étudiants et un contexte favorable à l’établissement d’une culture d’excellence en recherche et en développement. Résolument ancrée dans son milieu, elle est un partenaire de choix pour accroître la vitalité des régions entourant ses campus et de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse dans son ensemble.

Pour plus d’information      

Rachelle LeBlanc, Directrice des communications et du marketing
Université Sainte-Anne
Tél. : 902-769-2114, poste 7222
Courriel : rachelle.leblanc@usainteanne.ca

«Les vieilles barrières n’existent plus» : premier discours d’investiture d’Edwin W. Edwards (1927-2021), quatre fois gouverneur de la Louisiane

Symboliquement, le geste allait résonner haut et fort, bien plus loin que la foule immense rassemblée pour la cérémonie d’investiture qui se déroulait sur les marches du capitole de l’État de Louisiane, le 9 mars 1972, à Bâton-Rouge, lorsque le nouveau gouverneur, le brillant et charismatique Edwin W. Edwards, a prêté serment d’abord en français, ensuite en anglais, pour marquer son entrée en fonction. C’était une revanche de l’histoire longtemps attendue en Louisiane, où la langue française avait été bannie des écoles publiques et honnie pendant des générations, au point d’être menacée de disparition. Quatre ans plus tôt, la création du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) avait inauguré une nouvelle dynamique de promotion du fait français et d’échanges avec les pays francophones. Né en 1927 dans la paroisse des Avoyelles, le gouverneur Edwards, qui avait débuté sa carrière d’avocat en desservant une clientèle francophone dans sa ville d’adoption de Crowley (paroisse d’Acadie), semblait incarner le renouveau qui animait la Louisiane aux tournant des années 1970.

Edwin W. Edwards en 1986, pendant son troisième mandat. (Source : 1986 Northwestern State University Potpourri Yearbook)

Décédé le 12 juillet 2021 à l’âge de 93 ans, Edwards a eu quatre mandats comme gouverneur d’un État dont il semblait réunir, en sa seule personne, l’esprit latin, la personnalité haute en couleur et les contradictions trop souvent tragiques. Tout en menant une importante réforme constitutionnelle pendant son premier mandat, il s’adonnait à un train de vie aux excès notoires et contribuait aux pratiques de trafic d’influence. Alors qu’il aurait pu devenir président, il allait être condamné pour taxage en 2001 avant de purger une peine de huit ans en prison fédérale. Du début à la fin, il était fier d’être francophone et fier de l’héritage francophone de la Louisiane.

Très tôt, le gouverneur Edwards s’est également engagé contre le racisme et pour la justice raciale. Fortement apprécié de la population afro-américaine, il voyait une convergence entre l’expérience historique des Cadiens – groupe qui comprenait, pour lui, les Créoles blancs des milieux ruraux – et celle des Noirs, anglophones comme francophones et créolophones. Afin de souligner cet aspect de sa contribution à la modernisation de la Louisiane, nous reproduisons ci-dessous des extraits en traduction française de son discours d’investiture de 1972, dont la version intégrale, en anglais et en français, se trouve ici :

Les aspirations véhiculées dans cette allocution sont exprimées dans cette phrase pleine d’espoir : «Les vieilles barrières imaginaires n’existent plus. Mon élection a détruit les vieux mythes, et un esprit nouveau est avec nous.»

Au revoir, Monsieur le Gouverneur…

Extraits de la traduction française du premier discours d’investiture du gouverneur Edwin W. Edwards, Bâton-Rouge, 9 mai 1972 (à partir du texte anglais publié dans le Daily Advertiser de Lafayette)

Révérends membres du clergé, Gouverneur et Mme McKeithen, distingués membres du Congrès, Mesdames et Messieurs de l’assemblée législative, citoyens de la Louisiane :

S’il y a une leçon que nous devrions avoir apprise au cours des vingt dernières années, c’est que les gouvernements des États vont soit assumer leurs responsabilités, soit être balayés par le courant de l’histoire, ne laissant que leur poussière pour s’accumuler sur leurs propres ruines.

Faire avancer la Louisiane

De nombreux États, comme le nôtre, sont empêtrés dans des systèmes tellement archaïques qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se montrer à la hauteur de ces responsabilités. De plus en plus d’États réalisent que si leurs gouvernements doivent être efficaces, ils ne doivent pas être enchaînés par les idées du dix-neuvième siècle. […]

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Workshop with author David Vermette (May 21, 2021): Family Stories and Documentary Research

Community members are invited to participate in a series of workshops to explore the use of archival collections in the preparation of books of various genres, on various topics. This initiative is a project of Université Sainte-Anne’s Observatoire Nord/Sud and the Société acadienne de Clare, with the support of the Nova Scotia Health Authority.

Annapolis Alumnus Makes Publishing Debut | St. John's College

The first discussion and workshop will be held on Friday, May 21, at 1:30 p.m. AST (12:30 EST/11:30 CST) and will feature David Vermette, author of A Distinct Alien Race: The Untold Story of Franco-Americans – Industrialization, Immigration, Religious Strife (Baraka Books, 2018). The activity will follow the following format: open discussion with Mr. Vermette about his research followed by a workshop on « Family Stories and Documentary Research. »

The public may access the meeting on Zoom through this link: https://us02web.zoom.us/j/88048258080?pwd=U2dGN29CMjBSVkFtc1k5dlk2ME5OZz09

Lauded by readers and critics, Mr. Vermette’s book recounts the saga of the million French-Canadians who immigrated to the northeastern United States in the late nineteenth and early twentieth centuries. Historian Patrick Lacroix offers these comments in a review published in the prestigious Revue d’histoire de l’Amérique française:

« Vermette also offers a convincing nuance to some works that make religious and linguistic survival the fundamental fact of the Franco-American saga. While acknowledging the sincere desire of expatriates to live their traditional culture on American soil, the author turns away from a slim elite of priests and newspaper editors whose power has perhaps been overestimated. He seeks to capture the painful daily life of a people transplanted to foreign soil – soil that may have seemed foreign even to native-born Franco-Americans. If there is one subject that connects the four themes of the work, it is the challenge faced by several generations of Francos to navigate economic structures and civic institutions in their subaltern position. »

The topic of the workshop will be a great interest to community-based researchers who wish to learn more about resources for local and family history in a transnational perspective. Please join us!

This activity will also contribute to our research on Acadian migrations to the United States through the project Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940.

Les premiers voyages du père Maurice LeBlanc en Louisiane (Au rythme de notre monde, dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 12 et 26 mars 2021)

Les deux parties de cette chronique ont paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans son édition du 12 mars 2021 et celle du 26 mars 2021, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Première partie (chronique du 12 mars 2021)

En 1955, le bicentenaire de la Déportation a été commémoré non seulement dans les communautés acadiennes des provinces Maritimes, mais également en Louisiane. Dès le mois de janvier, des cérémonies et activités à caractère patrimonial ont été organisées à Lafayette, au cœur du pays cadien et créole. Le coup d’envoi de ces manifestations a attiré plusieurs délégations venues de l’étranger, y compris du Canada, bien sûr. Parmi leur nombre se trouvait le regretté père Maurice LeBlanc (1924-2021), dont le récent décès à l’âge vénérable de 96 ans vient d’endeuiller l’Acadie entière.

Même si je n’ai pas connu le père Maurice pendant des décennies comme beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteur du Courrier, son départ n’a pas manqué de m’affliger. Dès mon arrivée à l’Université Sainte-Anne à l’été 2015, j’ai eu plusieurs occasions de fréquenter cet Acadien et homme d’église au cœur généreux et aux talents multiples qui, en prenant connaissance de mes recherches sur la diaspora acadienne, s’est empressé de me dire qu’il avait visité la Louisiane, mon État natal, par quatre fois. 

Son premier voyage remontait aux fêtes du bicentenaire de la Déportation en 1955 alors qu’il était professeur d’histoire de l’art au Collège du Sacré-Cœur à Bathurst (Nouveau-Brunswick). Les autres déplacements se sont effectués en 1964, en compagnie de sa mère et de l’une de ses sœurs; en 1987, pendant qu’il était président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse; et une dernière fois à l’occasion du Congrès mondial acadien—Louisiane 1999. Autant d’occasions d’apprécier et de mieux approfondir le lien acadien.

La participation du père Maurice aux commémorations de 1955 n’a rien de surprenant. Son père, le docteur Joseph-Émile LeBlanc (1890-1957), fervent défenseur du fait francophone, avait prononcé un discours de bienvenue au Collège Sainte-Anne lorsqu’une délégation louisianaise, composée surtout de jeunes « Évangélines » recrutées par le truculent sénateur Dudley J. LeBlanc, avait visité la Nouvelle-Écosse en 1930. Le père Maurice se rappelait lui-même la seconde visite des Évangélines du sénateur LeBlanc, en 1936, quand il n’avait que 11 ans.

C’est 80 ans plus tard, en août 2016, que j’ai pris rendez-vous avec le père Maurice pour qu’il me raconte quelques-uns de ses souvenirs. Le soleil souriait sur la péninsule de Pubnico quand je suis arrivé chez lui, à quelques pas du Musée des Acadiens des Pubnicos. Tout sourire lui-même, il m’a accueilli dans la maison où son père avait exercé sa pratique et où sa mère, Jeannette d’Entremont, enseignante, avait élevé leurs cinq enfants. Après quelques minutes de conversation, nous nous sommes installés dans son salon, pièce qui servait aussi d’atelier de peinture. C’était le tout premier entretien d’un important projet de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), La diaspora acadienne au fil de nos histoires.

Celles et ceux qui ont connu le père Maurice savent qu’il aimait voyager. La semaine avant notre entretien, il revenait de Philadelphie où il avait rendu visite à sa sœur cadette, Simone. Plus jeune, en tant que membre de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, il avait vécu deux ans en Europe, de 1956 à 1958. Sa passion des arts et de la culture l’a amené à découvrir les musées et salles de concert de plusieurs grandes villes, de part et d’autre de l’Atlantique. Or, notre conversation allait m’apprendre un détail digne de mention sur le bicentenaire de 1955 : « C’était vraiment un premier voyage lointain que je faisais dans ma vie », a-t-il expliqué.

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Le 13 décembre, Jour du souvenir acadien : un peu de contexte / December 13, Acadian Remembrance Day: Some Essential Background

Peeking bravely over the Gulf of Maine, Cape Saint Mary (Nova Scotia) offers one of Clare’s most majestic views, appreciated by locals and visitors alike. In the summer of 2018, the Cape Saint Mary Lighthouse Park became an important commemorative site upon the inauguration of a poignant, commanding monument in honor of fishermen and all residents from our community who have lost their lives at sea. (Click here to learn more about this project and the sculpture by artist Mark Graff, « Coming Home. ») A decision was made to underscore the link between these tragic deaths and the victims of shipwrecks during the years of the Acadian Deportation, or Grand Dérangement. This human catastrophe, both a crime and a sacrifice, is recalled each December 13th, known as the Acadian Remembrance Day. It was an honor for me to work with Édouard LeBlanc in composing the text for a panel designed by Denise Saulnier for the Municipality of Clare and the Société acadienne de Clare. Though succinct, our explanations draw from original accounts, published research, and consultation with Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) who kindly shared his latest findings and estimations. On this Acadian Remembrance Day 2020, it seems appropriate to make this content available to any and all, near and far. Please note that the English versions follow the French.

Surplombant avec intrépidité le golfe du Maine, le cap Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) offre l’une des vues panoramiques les plus majestueuses de la région de Clare. Or, en été 2018, le Parc du phare au cap Sainte-Marie est devenu un important site commémoratif suite à l’inauguration d’un touchant et imposant monument en l’honneur des pêcheurs et de tous les résidents de notre communauté ayant perdu la vie en mer. (Cliquez ici pour en savoir davantage sur ce projet et sur la sculpture de l’artiste Mark Graff, «Coming Home».) La décision avait été prise de souligner le lien entre ces morts tragiques, d’une part, et le souvenir des victimes des naufrages pendant la Déportation des Acadiens ou le Grand Dérangement, d’autre part. Ce désastre humain, à la fois crime et sacrifice, est rappelé chaque 13 décembre à l’occasion du Jour du souvenir acadien. C’était un honneur pour moi de collaborer avec monsieur Édouard LeBlanc à la préparation d’un texte destiné au panneau conçu par Denise Saulnier pour le compte de la Municipalité de Clare et de la Société acadienne de Clare. Quoique succinctes, nos explications s’appuient sur des documents historiques, des travaux publiés et une consultation avec Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) qui a eu la bonté de me faire part de ses plus récentes recherches. En ce Jour du souvenir acadien 2020, il m’a semblé juste et digne de mettre ce contenu à la disposition de tout le monde, partout au monde.

Victimes des naufrages pendant le Grand Dérangement (The English version follows below.)

Le monument aux personnes noyées de Clare incite à nous rappeler que de nombreux Acadiens et Acadiennes perdirent la vie à l’époque des Déportations par les autorités britanniques, entre 1755 et 1763. Sur une population totale de plus de 14 000, on estime environ 3 000 décès, dont un grand nombre pendant les voyages en mer.

En 1758, près de 800 déportés moururent lors de la perte de trois navires de la marine anglaise : le Violet, le Duke William et le Ruby. Ces bâtiments faisaient partie de convois chargés d’évacuer de force la population acadienne de l’Île Saint- Jean (l’Île-du-Prince-Édouard) après la chute de Louisbourg, forteresse française de l’Île Royale (le Cap-Breton), à l’été 1758. Ayant pris le large le 25 novembre, le Violet et le Duke William transportaient 583 prisonniers. À l’approche des côtes d’Angleterre, des fuites se déclarèrent dans les deux vaisseaux. Le Violet sombra le 12 décembre, à quelques encâblures du Duke William dont l’équipage et les passagers acadiens déployaient des efforts désespérés. Le lendemain, le bateau fut abandonné par ses marins, accompagnés du curé de l’île Saint-Jean, Jacques Girard. Il coula peu après; seulement quatre Acadiens purent gagner le littoral.

Ce désastre figure parmi les accidents les plus meurtriers de l’histoire de la Royal Navy. Dans une lettre écrite à Penzance (Cornouailles), le capitaine William Nichols prétendait que ses captifs s’étaient résignés à leur sort : « Ils se sont comportés avec la plus grande intrépidité et, jusqu’à leurs derniers instants, ils ont agi avec une grande force d’âme. »

Quant au Ruby, qui se dirigeait vers St-Malo (France) avec 310 Acadiennes et Acadiens à bord, celui-ci s’échoua dans les Açores le 16 décembre 1758. Un rapport signala la disparition tragique de 190 passagers.

Victims of shipwrecks during the Grand Dérangement

The Lost to the Sea monument for the Municipality of Clare invites us to remember that numerous Acadian men and women lost their lives at the time of the Deportations by British authorities, between 1755 and 1763. Out of a total population of more than 14,000, we estimate approximately 3,000 deaths, of which a great number occurred at sea.

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Photoblogue : la CRÉAcT visite l’île Georges à Halifax

Dans le havre nommé Kjipuktuk par les Mi’kmaq, à quelques jets de pierre des quais de la ville d’Halifax, se dressent les formes drumlinoïdes – c’est-à-dire, formées de collines douces – de l’île Georges. Normalement fermé au public, ce site est devenu accessible pendant plusieurs fins de semaine de l’été 2020. L’équipe de la CRÉAcT s’y est rendue.

Au milieu du 18e siècle, ce lieu a servi de prison pour détenir de nombreux Acadiennes et Acadiens pendant la Déportation, comme cela est expliqué dans la dernière chronique parue dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse : «L’île Georges, au cœur de la mémoire acadienne» (18 septembre 2020). Pour une compréhension approfondie du sujet, il est possible de lire l’étude de l’historien Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764».

Nous étions quatre à entreprendre cette excursion, moi-même en compagnie de trois étudiant-e-s de l’Université Sainte-Anne. L’un de nos constats, c’est que même s’il y a des efforts pour valoriser l’expérience acadienne, celle-ci n’a pas été suffisamment expliquée par les guides. Nous avons donc choisi de présenter et de commenter des photos que nous avons prises sur place, afin de permettre aux gens de mieux imaginer cet épisode tragique. Pour agrandir une photo, il suffit de cliquer sur l’image.

Sélection d’Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud

(1) Photo de Bailey Ross – Le moment où fut prise cette photo n’aurait pas pu être plus fortuite. La capture est suffisamment proche pour voir les bâtiments de l’Île Georges, tout en démontrant la hauteur de celle-ci – ses courbes, etc. J’adore qu’on puisse voir les gens la visiter au loin, car cela démontre l’intérêt pour l’histoire et le désir d’en savoir plus.

(2) Photo d’Audrey Paquette-Verdon – Cette photo nous permet de se sentir comme «dans le temps». On dirait que nous faisons partie du décor. La focalisation permet également de se sentir d’autant plus ancrée dans l’Île. On ne dirait pas, si l’image était en noir et blanc, qu’elle venait de notre époque. Tout se passe comme si celle ou celui qui regarde la photo était omniprésent.

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VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Image de la couverture : Georges Island viewed from Halifax, with McNabs Island in the background. Crédit photo : Andrew Crawford, 2010; source : WikiCommons, sous la licence CC BY-SA 3.0.

Parcs Canada vient de faire une annonce qui suscite l’enthousiasme des passionnés d’histoire acadienne. Du 8 août a 6 septembre 2020, des visites seront permises au Lieu historique national de l’Île-Georges. En temps normal, ce site est fermé au public. Située dans le havre d’Halifax, où on la voit aisément depuis le marché des fermiers du bord de mer, cette petite île renferme un passé funeste en ce qui concerne le sort des victimes du Grand Dérangement au milieu du 18e siècle. Voici l’explication qui est donnée dans le résumé de l’article que nous mettons en vedette cette semaine : «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764» par Ronnie-Gilles LeBlanc, paru en 2012 dans Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes [1] :

L’île Georges, sise dans le havre d’Halifax, a servi de lieu de détention pour des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens durant l’époque de la Déportation, de 1755 à 1762. Parmi les premiers prisonniers détenus dans l’île figurent les députés acadiens qui ont refusé de prêter un serment inconditionnel devant le conseil du gouverneur, en juillet 1755. Peu après leur départ, une cinquantaine de personnes de Mirligouèche ou Lunenburg sont déportées en Caroline du Nord à partir de l’île, en novembre 1755. Ce sera la première de deux déportations en provenance de l’île, car des familles de la région de Cap-Sable et de la rivière Saint-Jean y seront gardées prisonnières en attendant leur déplacement forcé en novembre 1759. Une autre déportation, celle de 1762, se fera à partir de la ville d’Halifax même et elle comprendra plus de 900 personnes, pour la plupart des familles qui ont échappé à la déportation et qui ont offert une farouche résistance aux troupes britanniques entre 1755 et 1760. Enfin, à compter de novembre 1764, des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens quitteront Halifax pour une vie meilleure en Louisiane, alors que d’autres y demeureront encore quelque temps avant de s’établir un peu partout dans la région atlantique.

En plus d’un examen de l’évolution du site et des conditions de vie des familles acadiennes y ayant été emprisonnées, l’article de LeBlanc comporte également un recensement de ces dernières (p. 73-76), une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à des trajectoires individuelles. Je pense, par exemple, aux ancêtres de Désirée Martin (1830-1877), Louisianaise à qui j’ai consacré une étude dans l’ouvrage Paroles et regards de femmes en Acadie [2]. Alors que son autobiographique évoque une aïeule déportée en Virginie (en réalité, au Maryland), deux autres arrière-grands-parents sont passés par le centre de détention de l’île Georges. Il s’agit de Joseph Martin (1738-v. 1785), originaire de Beaubassin, et Marguerite Pitre (1740-v. 1807). Réfugiés en Acadie française où ils se sont mariés en 1760, ils ont été capturés et emmenés à Halifax, jusqu’à leur départ pour la Louisiane via Saint-Domingue.

The Town and Harbour of Halifax as it appears from George’s Island, 1759, by James Mason after Richard Short & Dominic Serres. Engraving based upon sketches by Richard Short from which Dominic Serres’ The Elder’ painted an original oil painting, which in turn was engraved by James Mason, in 1760. (Image dans le domaine public; source : commons.wikimedia.org)

Grâce au travail minutieux de Ronnie-Gilles LeBlanc, nous pouvons mieux saisir ces aspects troublants de la formation de la diaspora acadienne – et mieux écouter les échos du passé en mettant les pieds sur l’île Georges… pendant qu’il est encore temps.

RÉFÉRENCES

[1] LeBlanc, Ronnie-Gilles. « Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755–1764. » Port Acadie, numéro 22-23, automne 2012, printemps 2013, p. 43–76. https://doi.org/10.7202/1014976ar

[2] Bruce, Clint (2020b), « De l’acadianité en contexte louisianais : Les Veillées d’une soeur, ou le destin d’un brin de mousse (1877), autobiographie de Désirée Martin », dans Jimmy Thibeault, Michael Poplyansky, Stéphanie St-Pierre et Chantal White (dirs), Paroles et regards de femmes en Acadie, CEFAN/Presses de l’Université Laval (collection : «Culture française d’Amérique»), p. 131-160.

«La salle tendue de noir…» : la première commémoration du massacre de La Nouvelle-Orléans du 30 juillet 1866

«Nul doute que l’impression que cette cérémonie nous a laissée ne sortira jamais de notre mémoire et que nous en raconterons l’effet à nos petits enfants, afin qu’ils apprennent à bénir la mémoire de ceux qui moururent martyrs pour une cause juste et sainte.»

La Tribune de la Nouvelle-Orléans, 30 juillet 1867
Livre disponible ici.

Même si la guerre de Sécession (1861-1865) a mis fin à l’esclavage, le combat pour l’égalité raciale était loin d’être accompli. C’est encore le cas aujourd’hui, d’ailleurs. En Louisiane, où des francophones de couleur furent à l’avant-garde du mouvement radical pendant la Reconstruction du Sud (1863-1877), l’un des incidents les plus meurtriers de cette période s’est produit le 30 juillet 1866 : lors d’une convention ayant pour objectif d’amender la constitution de l’État pour accorder le droit de vote aux Noirs, des éléments réactionnaires, dont des membres de la police, ont assassiné plus d’une quarantaine de personnes, surtout noires mais blanches aussi, des délégués ainsi que de simple citoyens. C’était une tentative, criminelle et concertée, de tuer dans l’œuf la transformation sociale qui s’imposait. J’ai souligné ailleurs le rôle du journal La Tribune de la Nouvelle-Orléans lors de ces événements («De 1866 à nos jours: les racines francophones de Black Lives Matter», Le Devoir, 20 juillet 2016). Le contexte est présenté davantage dans mon livre Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition (The Historic New Orleans Collection, 2020)

Image tirée de The Riot in New Orleans, by Theodore R. Davis: « Murdering Negroes in the Rear of Mechanics’ Institute »; Harper’s Weekly, 25 août 1866. The Historic New Orleans Collection, 1974.25.9.308 i–iv.

Le massacre de 1866 a beau accélérer la cause des droits civiques, grâce à la forte réaction qu’elle suscite, la communauté n’en est pas moins meurtrie, bouleversée. L’été suivant, une commémoration aura lieu sur les lieux mêmes du désastre, à savoir le Mechanics’ Institute, là où se dresse de nos jours le Roosevelet Hotel de La Nouvelle-Orléans. La Tribune en publiera un compte rendu. Nous reproduisons ci-dessous ce texte au complet. Un autre article des Carnets Nord/Sud présente le poème composé pour l’occasion et lu devant le public par Cora L. V. Daniels (Scott; 1840-1923).

La cérémonie au Mechanics’ Institute

La salle tendue de noir offrait un coup d’œil magnifique. À l’intérieur était un autel richement orné derrière lequel étaient figurées des larmes. On y lisait, en lettres argentées : ‘In Memory of the Victims of the 30th of July.’ Au centre de la salle était un catafalque portant la même inscription. À gauche se trouvait le drapeau de la nation, drapé de noir. Des colonnes en nombre de trente, placées entre les ouvertures s’élevaient jusqu’à l’arasement. À l’entrée flottait à la brise le drapeau, encore rouge de sang, qui avait été déployé le 30 juillet 1866.

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