Les tables françaises en Acadiane : un réseau de connexions diffuses (Rachel Doherty)

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.


Les loups rôdent en Acadie tropicale – ou, au moins, dans l’imaginaire d’un cercle de poètes louisianais de la génération du baby-boom. Moi, j’étais venue en Acadiane, cette région de 22 paroisses à dominante culturelle cadienne au sud de la Louisiane, pour étudier la culture franco-louisianaise. J’y ai découvert la légende du loup-garou. Passionnée de folklore, je me suis raccrochée à la poésie lycanthrope de Deborah Clifton, Kirby Jambon, David Cheramie et Jean Arceneaux. C’était parti.

À l’hiver 2017, je suis allée à la chasse aux légendes. J’espérais rencontrer un monde de conteurs, des personnes de la génération des Cadiens qui se souviendraient du bon vieux temps de la tradition orale. Mon professeur m’avait déjà conseillé de chercher des contes aux points de rendez-vous. Or, à Lafayette, soi-disant «moyeu» ou plaque tournante de l’Acadiane, lorsqu’on cherche le français en dehors de la salle de classe, on se met à fréquenter les tables françaises.
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Le crépuscule des idoles de bronze

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«Ainsi est-il doublement difficile d’écrire avec calme au sujet de cette époque, tant furent intenses les sentiments et puissantes les passions humaines qui agitèrent et aveuglèrent les hommes.»
– W. E. B. DuBois, The Souls of Black Folk (1905; ma traduction)

«Quand le bateau eut doublé la pointe de terre, au-delà de laquelle on perdait de vue la côte où s’élevait jadis la belle demeure des Saint-Ybars, Nogolka dit à son ami : “Nous voici séparés du passé; le passé est un mort : qu’il dorme en paix! Il a eu ses joies et ses peines. L’avenir nous appelle; il a pour nous d’autres joies et d’autres peines; allons à lui”.»
– Alfred Mercier, L’Habitation Saint-Ybars (1881)

Le passé est lourd à porter, dit-on. Ou encore, selon la célèbre formule de Marx : «La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants.»

La semaine dernière, deux symboles du passé sudiste – et d’un pan douloureux de l’histoire des États-Unis – ont traîné à travers le ciel bas de la Nouvelle-Orléans leurs poids respectifs, transportés par des grues, de 12 000 à 15 000 livres et de 6 000 à 7 000 livres. Deux statues de plusieurs tonnes de bronze qui étaient au centre d’une vive controverse et d’une campagne ayant pour but de débarrasser l’espace public du bagage commémoratif légué par la Cause perdue. La Cause perdue : c’est ainsi que se nomme la vision traditionaliste, édulcorée et favorable au Sud – donc très peu sensible aux injustices de l’esclavage – de la guerre de Sécession (1861-1865).

Mardi soir, l’imposante figure équestre de Pierre Gustave Toutant Beauregard, général confédéré issu d’une famille de planteurs créoles, quittait son socle rectangulaire à l’entrée du New Orleans Museum of Art. Vendredi, c’était au tour de l’effigie de Robert E. Lee, chef des armées de la rébellion pro-esclavagiste, d’être délogée du faîte de l’immense colonne où elle fut posée en 1884. Deux autres monuments venaient de connaître le même sort : l’ignoble obélisque en hommage à la Ligue blanche, milice raciste qui s’était soulevée contre le gouvernement en 1874, puis, la statue de Jefferson Davis, l’unique président des États confédérés d’Amérique.

Quatre coups portés en faveur d’une révolution iconoclaste. Pourquoi maintenant?

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Chercher la chasse-femme de Kirby Jambon : un monde nouveau qui s’ouvre (David Cheramie)

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Autour d’une bière – car les bonnes histoires commencent souvent autour d’une (ou plusieurs) bière partagée entre vieux amis – un autre bougre du bayou m’a rappelé que quand on était petit, il y avait un vieux monsieur qui naviguait son station wagon autour des voisinages pour vendre du pain de chez Dufrêne porte à porte. Si vous avez un certain âge et que vous avez grandi en bas du Bayou Lafourche (salut, cousins !), l’évocation de ce pain provoque plus de souvenirs que les madeleines de Proust. La boulangerie du Canal Yankee était une institution chez nous et je pouvais vous en parler pendant des heures, mais le détail des livraisons à domicile m’avait échappé, peut-être parce qu’on restait tout près et qu’on n’avait pas besoin de ce service. En tout cas, l’odeur incomparable de ce pain qui remplissait l’air du village aux heures de sa cuisson m’est tout de suite revenu.

Imaginez ma surprise le lendemain quand j’ai reçu une livraison à domicile qui allait avoir un effet sur moi plus fort et plus profond. Le troisième recueil de Kirby Jambon, Chercher la chasse-femme, avait paru quelques jours auparavant aux Éditions Tintamarre de Shreveport, en Louisiane. Le poète lui-même, de passage dans mon voisinage, est venu jusque chez moi pour m’acheminer sa marchandise.

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Art et résistance sur l’île bleue dans une mer rouge (Jane Tardo et Jonathan Mayers)

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Le samedi après T-Day, nous étions après manger dans un restaurant thaïlandais à Métairie, municipalité de l’agglomération métropolitaine de La Nouvelle-Orléans. À voix feutrées on était après discuter de l’horreur orange qui s’en venait pendant que le monde à la table d’en face pestait contre les «idiots» manifestant dans les rues. C’est à ce moment-là qu’on est passé à notre langue à nous, le français. Au cours de notre déjeuner, le couple devenait de plus en plus énervé et perturbé par notre emploi d’une langue « étrangère »… mais native. Alors que leurs commentaires à l’encontre des protestataires se faisaient toujours plus bruyants, ils jetaient des coups d’œil nerveux dans notre direction. « Tous ces manifestants devraient être rassemblés puis envoyés à Cuba s’ils n’aiment pas les États-Unis », dit la femme. Eux-autres ricanaient de plus belle en nous entendant continuer notre conversation en français.

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Crédit photo : Jane Tardo et Jonathan Mayers.

Pourquoi Trump ? Une perspective louisianaise (Brian Gabriel Comeaux)

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Je suis arrivé de bonne heure le matin du mardi 8 novembre pour constater que la queue serpentait déjà hors de la cantine de l’école primaire qui nous sert de lieu de scrutin dans le petit village de Duson sur la prairie cadienne, à huit kilomètres à peine de Lafayette. La file était composée majoritairement, mais pas totalement, de citoyens blancs de la classe ouvrière – des « habitants » comme on les appelle en Louisiane : des récolteurs de riz et d’écrevisses, de fèves de soja et de canne à sucre. On y trouvait aussi des caissières de dépanneurs et de supermarchés, des serveuses de petits restaurants, et aussi des soudeurs, des foreurs, des « roughnecks » et des machinistes qui forment la base de l’industrie pétrolière en Louisiane.

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Résultats du scrutin présidentiel du 8 novembre 2016 dans chaque paroisse (comté) de la Louisiane. Rouge – Trump ; bleu – Clinton. Source : http://www.politico.com/2016-election/results/map/president/louisiana/

Cette boîte, le numéro 28 dans la paroisse de Lafayette, a donné 84% de ses votes à Donald Trump contre 13% pour Hillary Clinton. Gary Johnson, le candidat des libertariens et Jill Stein du Parti vert se sont partagé 3% des voix. En 1992, les résultats du 28e arrondissement étaient nettement différents. Bill Clinton avait pris 44% contre 38% pour George Bush, père, et 18% pour le candidat indépendant, Ross Perot. Ça fait tout un écart entre Clinton-époux et Clinton-épouse !

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La déclaration d’indépendance linguistique (Joseph Dunn)

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J’entendais sans cesse les mêmes refrains :

– Mais comment veux-tu qu’il apprenne l’anglais si tu lui parles en français tout le temps?
– Tu vas retarder son développement.
– On n’est pas Français, on est Américains.

Mon fils devait avoir 7 ou 8 ans quand il m’a déclaré :

– Je suis Américain. Je. Parle. Anglais.

Je n’avais plus l’énergie d’insister. Avec lui, j’étais père très jeune et je pensais que je pouvais lui parler en français de manière passive, de temps en temps, afin de ne pas trop « exclure » sa mère et mes beaux-parents chez qui nous vivions. Il était plus aisé de parler anglais. Une histoire assez courante.

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Témoignage d’un massacre annoncé : il y a 150 ans à la Nouvelle-Orléans…

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Qui de nous n’a pas vu, dans les derniers mois, au moins une des trop nombreuses vidéos montrant l’une des trop nombreuses morts d’un Noir américain aux mains de la police ? Grâce à la téléphonie mobile et aux plateformes de partage, nous sommes devenus, toutes et tous, des témoins.

Des témoins très imparfaits, certes, dans la mesure où ces extraits filmés ne disent pas tout ; toujours est-il que nos petites caméras servent désormais de précieux instruments de responsabilisation des actions et comportements des autorités chargées de « protéger et servir » l’ensemble des citoyens. C’est presque à se demander comment cela se faisait avant l’ère d’Internet… ou du film ou de la vidéo, de l’enregistrement audio et de la radio, ou encore, en remontant plus loin, de la reproduction photographique à grande échelle.

Cela se faisait, pourtant.

Je viens de signer une chronique dans Le Devoir à l’occasion du 150e anniversaire d’un incident tragique, révoltant même, de l’histoire de la Louisiane : le massacre du Mechanics’ Institute, alors siège du gouvernement de l’État, à la Nouvelle-Orléans, le 30 juillet 1866.

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Image : Gravures du magazine Harper’s Weekly, 25 août 1866. Gracieuseté de The Historic New Orleans Collection, numéro d’accession 1974.25.9.309 i-iv.

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Le conte de deux musiques… et plus encore

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Notes de lecture – Pourquoi y a-t-il si peu d’ouvrages consacrés à la musique acadienne contemporaine ? Certes, les anthologies à l’usage des musiciens ne font guère défaut depuis les recueils des Chants d’Acadie, à partir des années 1940; plus récemment, quelques livres ont traité de formations musicales particulières, à l’instar de L’épopée 1755 (2002) de Robert Duguay. Il n’existe pas, en revanche, de survol ou de présentation de synthèse de ce qui peut s’appeler « la musique acadienne ». C’est cette lacune que vient combler Acadian Driftwood: The Roots of Acadian and Cajun Music, paru en 2014 (en anglais), de Paul-Émile Comeau.

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Sur les traces de Beausoleil en Louisiane : Entrevue avec les archéologues du Projet Nouvelle-Acadie

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Pour ce premier article de La Filière Louisiane, Clint Bruce s’est entretenu avec deux archéologues de l’Université de Louisiane à Lafayette au sujet de leurs efforts infatigables pour découvrir les vestiges de quelques-uns des tout premiers établissements acadiens en Louisiane. Le professeur Mark Rees et Amy Broussard, étudiante au doctorat, nous parlent du Projet Nouvelle-Acadie/New Acadia Project.

Cet échange a été traduit de l’anglais.

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