La dernière génération est parée : réflexions sur «Finger Guns» de Sweet Crude (Maggie Perkins)

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Hommage à la musique acadienne à Lafayette, 1975. Pour la première fois, Zachary Richard chante «Réveille!» devant un public louisianais… et selon M. Richard : «Personne n’a rien compris.» Lorsqu’il fait part de cette expérience à Barry Jean Ancelet dans le documentaire Contre vents, contre marées (2002, Amérimage-Spectra), ce dernier fait remarquer que la réception de la chanson a évolué au fil des années. Vingt ans après sa première tentative dans le cadre du même festival (renommé Festivals Acadiens), la foule qui n’avait pas compris «pourquoi il était tellement énervé» sera transformée en public participant qui chantera avec l’auteur-compositeur-interprète.  Pendant ces décennies, des militants ont travaillé avec passion pour remettre le français sur pied en Louisiane, et s’il y avait un hymne, un chant de travail pour accompagner cette grande tâche, c’était «Réveille».

Quarante ans après la première prestation de M. Richard et vingt ans après la seconde, le groupe Sweet Crude entonnait «Finger Guns», au même festival qui porte aujourd’hui le nom Festivals Acadiens et Créoles. En octobre 2015, dans l’ambiance frénétique de la tente «Salle de Danse» au Parc Girard, certaines paroles m’ont échappées, mais celles que j’ai entendues avaient de quoi laisser bouche bée.

La première génération, ça restait dans les arbres
Avec des bêtes dans leurs barbes
Et d’la viande entre leurs dents…

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La Louisiane à l’OIF ? Trois points à considérer

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Qu’ont en commun la Corée du Sud, l’Estonie, la Thaïlande et le Mexique? Si vous avez répondu : «des mets épicés», détrompez-vous : la soupe à la choucroute estonienne, infailliblement accompagnée d’un morceau robuste de pain de seigle, n’a que peu à voir avec un bibimbap savamment pimenté, un steak thaï au poivre ou un mole poblano dûment relevé. Si vous vous êtes dit : «Tiens, ces pays-là sont tous des membres observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie», c’est en plein dans le mille.

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Scott Tilton et Peggy Feehan sur le plateau de TV5 Monde

C’est à ce statut qu’aspire désormais la Louisiane, cet État américain dont la gastronomie, connue pour ses plats piquants et appréciée dans le monde entier, reflète un héritage francophone aux ingrédients les plus divers. En dépit d’une présence régulière aux Sommets de la Francophonie, elle ne fait pas partie de l’organisme international fédérant les pays et gouvernements ayant le français en partage.

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Patrimoine culinaire et mémoire culturelle : regarder en ligne la Classe de maître animée par Thomas Cauvin

CRÉAct en action ! – Animée par Thomas Cauvin, historien de Colorado State University, la quatrième Classe de maître de la Chaire s’est déroulée le jeudi 8 mars 2018. Le thème de l’activité n’a pas manqué d’attirer un public enthousiaste : Qu’est-ce qu’on mange ? Patrimoine culinaire et mémoire culturelle. Grâce à l’appui du Bureau des communications de l’Université Sainte-Anne, il est possible de visionner en ligne cet atelier passionnant auquel ont pris part sept participants inscrits. Pour de plus amples renseignements sur la soirée, voir le communiqué de presse.

 

 

Plus tôt dans la journée, le groupe s’est retrouvé chez le professeur Clint Bruce pour une séance de cuisine. Au menu : un ndolé, plat camerounais préparé par Marie-Virginie Nyela, et des Chinese noodles, recette familiale de Natalie Robichaud. Voici quelques photos :

(1) Natalie Robichaud montre son cahier de recettes familiales à Thomas Cauvin et à Rachel Doherty, stagiaire doctorale auprès de la CRÉAcT.
(2) Monsieur Édouard LeBlanc explique à notre invité ses recherches en vue d’un manuscrit de livre sur l’histoire de son village natal de Saulnierville.
(3) Diffusion en direct d’une présentation par Marie-Virginie Nyela.
(4) Les principaux ingrédients ayant servi à préparer le ndolé, bien apprécié de tout le monde.
(5) Le produit final : les Chinese noodles, met qui incorpore des nouilles, des légumes et du porc.

 

 

Quand la gang arrive : 5 à 7 de la Société acadienne de Clare

Le printemps qui arrive dégage un parfum de Francophonie. Afin de marquer la Journée internationale de la Francophonie (20 mars), la Société acadienne de Clare organisait mercredi dernier, 21 mars 2018, son 5 à 7 annuel. Plus d’une soixantaine de personnes se sont présentées au Club de golf à Saulnierville pour se retrouver autour d’une copieuse collation et célébrer les réalisations de notre communauté acadienne. Ce qui n’est pas rien : en 2018 cette collectivité marque 250 ans de présence permanente dans la région de la baie Sainte-Marie.

Cette année, l’heure était aux honneurs : Shawna Comeau a été reconnue comme bénévole de l’année; Elaine Thimot, ancienne directrice de la Société, a reçu vibrant hommage pour ses années de dévouement à la cause acadienne; et l’écrivaine Georgette LeBlanc, dont la réputation n’est plus à faire, a été signalée pour sa nomination récente comme poète officielle du Parlement canadien. Il y a là un fait significatif en ce qui concerne la diaspora acadienne car l’écrivaine est titulaire d’un doctorat en études francophones (2007) de l’Université de Louisiane à Lafayette, où elle a résidé dans les années 2000. Autant sa poétique respire l’air de la baie Saint-Marie, autant son parcours et son imaginaire ont été marqués par la Louisiane.  

C’était également l’occasion pour Natalie Robichaud, notre nouvelle directrice de la Société acadienne de Clare, de faire briller cet organisme chargé de représenter les intérêts de la communauté francophone et de promouvoir son épanouissement.

Voici quelques images que nous avons prises pour le compte de la Société acadienne, avec légendes ci-après :

 

(1) Les conversations commencent pendant que les invités arrivent.
(2) Il y a foule !
(3) Lester Doucet est parmi les premiers à se présenter.
(4) Éric Dow, chanteur du groupe Cy, présente Elaine Thimot, ancienne directrice de la Société acadienne de Clare et mentor de nombreux jeunes de la relève culturelle.
(5) Elaine Thimot devant un important document historique, l’attestation du serment d’allégeance de Solomon Maillet dont la municipalité de Clare a récemment fait l’acquisition.
(6) Un certificat d’appréciation et un bouquet de fleurs ont été remis à Elaine Thimot.
(7) Toujours d’une parole ensorceleuse, Georgette LeBlanc s’adresse au public.
(8) Hommage rendu à Georgette LeBlanc, poète officielle du Parlement canadien.
(9) Mary Ann Gauvin, présidente de la Société acadienne de Clare.
(10) Le conteur de la soirée, Désiré Nyela, professeur au Département d’études françaises de l’Université Sainte-Anne.
(11) Shawna Comeau est reconnue comme bénévole de l’année.
(12) Natalie Robichaud, directrice générale de la Société acadienne de Clare, évoque la programmation du Festival de Clare-té, qui se déroulera du 3 au 8 avril 2018.    

Crédit photo : Clint Bruce. Gracieuseté de la Société acadienne de Clare.

8 mars 2018 – Qu’est-ce qu’on mange? Patrimoine culinaire et mémoire culturelle (documents)

CRÉAcT en action ! – La quatrième Classe de maître de la CRÉAcT sera animée par Thomas Cauvin de Colorado State University. Ses recherches portent sur les représentations et les interprétations du passé chez des communautés diverses. Cet atelier, intitulé Qu’est-ce qu’on mange ? Patrimoine culinaire et mémoire culturelle, est présenté dans le cadre de la Semaine de la recherche et aura lieu au campus de Pointe-de-l’Église le jeudi 8 mars 2018 à 19h00 au Castelet. Pour les intéressés qui ne peuvent pas y assister en personne, l’atelier sera disponible en webdiffusion sur TV Sainte-Anne.

Les membres du public sont encouragés à apporter un exemple de leur propre héritage culinaire. Cela peut être une photo, une recette, un instrument de cuisine ou un autre objet, voire un souvenir à raconter. Des plats préparés seront appréciés aussi.

Toute personne désireuse de se renseigner davantage sur la thématique de l’atelier peut lire les textes suivants :

Ces textes serviront à explorer deux points de réflexion : 

  1. En quoi vos experiences peuvent-elles etre liées à ces lectures? 
  2. Comment la nourriture – sous toutes ces formes – peut-elle contribuer à notre comprehension du passé?

Bonne lecture et au plaisir de vous voir au Castelet !

Entretien : Peggy Somers Feehan, cette Acadienne de Kedgwick qui milite pour le français en Louisiane

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Fondé en 1968, le Conseil pour le développement du français en Louisiane, ou CODOFIL, est une agence d’État chargée de veiller à la promotion du fait francophone à travers toute la Louisiane. Pour la première fois dans l’histoire de l’organisme, une Canadienne en a la direction : Peggy Somers Feehan, originaire de Kedgwick et Louisianaise d’adoption. Entrée en fonction au début de l’année, elle a eu la gentillesse de répondre à quelques questions.

Clint Bruce : Félicitations pour ce nouveau poste comme directrice du CODOFIL. Pouvez-vous décrire la mission de l’organisme et les responsabilités que vous allez assumer?

Peggy Somers Feehan : Le CODOFIL a six grands mandats. Trois d’eux sont en éducation, car on fait le recrutement des profs de français pour les écoles publiques élémentaires de la Louisiane. Nous recrutons en France surtout, mais aussi en Belgique et un peu au Canada. On aimerait recruter plus au Canada, mais c’est un peu compliqué : comme le territoire est si grand, on ne peut pas aller partout pour faire des entrevues. Alors, on reçoit les CV par courriel.

Les autres mandats du CODOFIL sont au niveau de l’économie et du tourisme. On travaille donc à inventorier les business qui sont francophones et/ou francophiles. On a aussi des accords avec plusieurs paliers de gouvernements ici et à l’étranger (Québec, France, Martinique, universités, etc.).

Clint Bruce : Qui compose l’équipe du Conseil?

2018-02_Crédit Matt Mick

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Louisiane, 1858… un meurtre sur le Mississippi (Entrevue à l’émission L’Heure de pointe Acadie)

Au fil de l’histoire / CRÉAcT en action ! – À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs 2018, j’ai eu le plaisir de présenté une série de conférences sur un de mes projets de recherche, une enquête historique sur un incident tragique survenu en 1858 : l’assassinat d’un planteur louisianais d’origine acadienne, Constant Melançon, par un nommé Toussaint, qui était non seulement l’esclave de ce premier, mais aussi un ami d’enfance. Les circonstances entourant ce meurtre permettent de comprendre l’esclavagisme pratiqué par les Acadiens louisianais et la culture de résistance développée par les Noirs – Africains et des descendants d’Africains – qui en furent les victimes.

Ces conférences ont eu lieu à Sydney, le lundi 5 février; à Moncton, le mardi 6 février; et à la Pointe-de-l’Église, le jeudi 8 février. (Voir les détails dans ce communiqué de presse de l’Université Sainte-Anne). Lors de notre passage à Moncton, j’ai été invité à expliquer ce projet à l’émission L’Heure de pointe Acadie, animée par Martine Blanchard. L’entretien est disponible ici. 

Affiche Louisiane 1858

250 ans d’avenir : la communauté acadienne de Clare

Œil sur l’Acadie – Une communauté a beau être petite, son histoire peut être riche à l’infini. La nôtre, celle de la municipalité de Clare, à majorité francophone et acadienne (71% de francophones sur une population d’environ 8 000, selon le recensement de 2016), en est une illustration vibrante. Malgré des défis, ce coin du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, qu’on appelle aussi la région de la baie Sainte-Marie, connaît une vie culturelle et sociale animée, aspects importants de sa vitalité (disent les chercheurs), dont l’Université Sainte-Anne est l’un des foyers.

En 2018, nous célébrons 250 ans de présence acadienne ici en Clare. Cette présence permanente remonte aux années suivant la Déportation des Acadiens, qui a pris fin avec le traité de Paris en 1763. Pour marquer cette date d’une importance symbolique, des activités se dérouleront tout au long de l’année. La CRÉAcT y sera et, à l’occasion, y participera.

2018-01-18_Carte Clare Torbett
Détail d’une carte de 1819, MAP of the Province of NOVA SCOTIA Including CAPE BRETON, Prince Edwards Island AND PART OF New Brunswick, par Charles W. Torbett. Clare avait à cette époque le statut de township, ou canton, avant d’être incorporé en tant que municipalité en 1879. Le secteur de Grosses Coques correspond au cercle bleu. À remarquer: la note indiquant Settled by French Acadians. Source : NSCC W. K. Morrison Special Collection.

Hier soir le coup d’envoi a été donné. Lors d’une courte cérémonie aux bureaux de la municipalité de Clare, le préfet Ronnie LeBlanc a dévoilé un document d’une certaine importance historique : le serment d’allégeance à la couronne britannique signée par Antoine Solomon Maillet (1723- v. 1799). Originaire de Port-Royal, Maillet et sa femme Marguerite (Blanchard, v. 1735-1799) se sont installés ici au moment où plusieurs familles acadiennes venaient s’établir le long de la baie Sainte-Marie, au milieu des années 1760. Leur présence est officiellement reconnue en 1768. En 1775, lorsque Joseph Winniett esq. dresse une liste des Acadiens établis en Clare, on les retrouve à Grosses Coques – le lieu de résidence de ce chercheur – où ils recevront un octroi de 360 acres de terre. La leur est donc l’une des familles fondatrices de cette communauté.

Comment faire revivre l’histoire passionnante de ces gens qui ne cherchaient qu’à refaire leur vie après un déracinement brutal et des années d’errance? Ce défi a été confié à Anne LeBlanc, comédienne et dramaturge dont les pièces font d’habitude rire aux éclats. Hier soir, le ton était autre. Aux côtés de Patrick Duffy, qui incarnait Solomon, elle a joué le rôle de Marguerite, mère de famille confrontée à des incertitudes dans une Nouvelle-Écosse dominée par les Planters protestants. En prenant leur courage à deux mains, le couple se résout à accepter l’offre du gouvernement colonial, à la condition de prononcer le serment d’allégeance. Leur jeune fille Cécile a été incarnée par Maryse Wagner, peut-être une comédienne en herbe…

Bien au-delà de l’année 2018, ce précieux document signé par Antoine-Solomon Maillet au XVIIIe siècle, désormais affiché au siège de notre municipalité, nous rappellera qu’il y a toujours des lendemains qui se lèvent à l’horizon – mais que la volonté de résilience implique parfois des choix difficiles.

Clint Bruce

2018-01-17_Serment d'allégeance
18 janvier 2018 : le serment d’allégeance signé par Antoine-Solomon Maillet a été dévoilé par Ronnie LeBlanc, préfet de Clare, aux côtés de Stéphane Cyr, directeur général de la municipalité. Crédit photo : Clint Bruce

Joseph Dunn : Les drôleries de la traduction-interprétation en mission officielle

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

Préface : L’année 2018, ce ne sera pas n’importe quelle année à La Nouvelle-Orléans. C’est le Tricentenaire de la fondation de la ville sur le Mississippi par Pierre Le Moyne, Sieur de Bienville. Et il y a de quoi célébrer, y compris l’importance de la langue française chez les traducteurs-interprètes…

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Moi à table (à gauche) avec la page de gribouillis. Crédit photo : Laurent Doisneau.

En toute réalité, je n’étais pas prédestiné à ce genre de travail, le français ayant été perdu dans ma famille trois ou quatre générations avant mon arrivée en ce monde. Fils de soudeur et de secrétaire d’école, petit-fils et arrière-petit-fils d’agriculteurs de la Louisiane anglophone des Paroisses floridiennes au nord du lac Pontchartrain, j’étais plutôt en route vers une vie semblable dans mon petit village. Or, piqué très jeune par le goût de la langue de mes ancêtres maternels, je me suis juré de tout faire pour faire ma vie avec. Et voilà qu’en plus de mon activité principale dans le secteur touristique, il m’arrive parfois d’être appelé à servir de traducteur-interprète.

Le plus souvent, c’est dans le cadre de la visite d’un dignitaire quelconque à La Nouvelle-Orléans. Je fais l’intermédiaire, passant de l’anglais au français, du français à l’anglais, demandant ci et là une petite précision, dans ce match de tennis de compréhension linguistique. Dans mon expérience, les francophones ont beaucoup plus l’habitude d’être traduits que les anglophones, qui ont tendance à oublier qu’il y a quelqu’un juste à côté (MOI en l’occurrence) qui doit tout reprendre et traduire, tout en essayant de contextualiser.

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Poème : Ce pays que nous ne savons pas quitter

Ce pays que nous ne savons pas quitter

Fleur de lys à peine cicatrisée sur l’épaule de Justine, « négresse de nation ibo âgée de 23 ans », pour avoir voulu rejoindre dans les marais le père de son enfant, et qui lui rappellera qu’en cas de récidive le Code noir prescrit le jarret coupé et une fleur de lys marquée sur l’autre épaule

Fleur de lys tatouée en bleu sur le poignet d’une amie afin de proclamer la fébrilité qui l’anime tous les ans à l’approche des fêtes du Mardi gras

Fleur de lys qui orne le casque de football que le petit Djamal rêve de porter quand il sera grand et pourquoi pas car après tout il court plus vite que tous les autres de sa classe

Fleur de lys imprimée sur ces tasses en plastique qui prolifèrent d’année en année dans l’armoire de la cuisine

Fleur de lys prêtant sa forme aux porte-clés à une piastre cinquante sur le comptoir d’Acadia Truck Plaza à un jet de pierre du bayou Lafourche

Fleur de lys blanche sur les poubelles de la Ville

Fleur de lys gravée à même l’enseigne du dentiste et une autre sur celle du cabinet d’avocats juste à côté

Fleur de lys défraîchie sur le t-shirt qu’on oublie de donner à l’Armée du salut

Fleur de lys sur la trousse d’accueil donnée à Caitlyn Fontenot qui a étudié le français jusqu’à la dixième année mais qui, pour sa première année d’université, va choisir l’espagnol parce que c’est plus pratique, dit sa mère

Fleur de lys peinte sur le camion de transport de Coca-Cola qui jour après jour sillonne les petits parcs industriels, l’infini des champs de canne et les marais asphyxiés de ce pays que nous ne savons pas quitter.

French Settlement, 20 décembre 2017