Trois questions pour Kirby Jambon, poète lauréat de la Louisiane française

Éducateur et énergique promoteur de la langue française en Louisiane, Kirby Jambon est l’auteur de trois recueils de poésies, tous parus aux Éditions Tintamarre : L’école gombo : poésies (2006), Petites communions : poèmes, chansons et jonglements (2013) et Chercher la chasse-femme : poésies (2016). En 2014, il a remporté le Prix Henri-de-Régnier de l’Académie française… un honneur dûment mérité mais totalement inattendu pour ce Cadien du bayou Lafourche ! À l’automne 2020, Jambon a été nommé au rôle de Poète lauréat de la Louisiane française, poste honorifique précedemment occupé par Zachary Richard et Barry Jean Ancelet (sous le pseudonyme Jean Arceneaux). Retardée en raison de la pandémie, son intronisation a eu lieu le dimanche 13 juin 2021, chez Beausoleil Books à Lafayette. Nous avons profité de l’occasion pour lui poser – par correspondance, bien sûr – quelques questions, y compris sur ses rapports avec l’Acadie de la Nouvelle-Écosse.

Pourquoi le poste de poète lauréat a-t-il une importance dans la Louisiane d’aujourd’hui ? En quoi est-ce que ce rôle permet de faire avancer la cause francophone ?

C’est une validation de deux réalités : que la Louisiane française existe et qu’on a notre propre literature. Le français en Louisiane n’est pas seulement une langue d’héritage. Le français est une langue du présent et de l’avenir en Louisiane. Notre littérature, notre poésie est une réflexion de cette réalité et aussi une inspiration pour les cadiens, les créoles et tous les franco-louisianais, jeunes et moins jeunes. Comme notre musique et notre cuisine, notre langue est une partie intégrante de notre culture. Le poète lauréat de la Louisiane française être un autre véhicule pour prendre le chemin et montrer que la langue française, soit orale ou écrite, tient une place très importante et bien méritée sur la carte de la vie quotidienne en Louisiane.

Kirby Jambon (gauche) en compagnie du musicien et poète Zachary Richard et de l’ethnologue et écrivain Barry Jean Ancelet, les deux premiers poètes lauréats de la Louisiane française, le dimanche 13 juin 2021. (Crédit photo : Tiffany Guillory Thomas)

Vous avez passé une année universitaire chez nous, à l’Université Sainte-Anne, il y a un certain temps. Qu’est-ce que cette expérience en Acadie vous a apporté ? Est-ce que vous avez fait d’autres séjours à l’étranger ?

En 1994-95, après ma neuvième année d’enseignement, j’ai décidé de quitter la Nouvelle-Orléans, où je vivais depuis huit ans, pour prendre un congé sabbatique à l’Université Sainte-Anne. Mon but : d’être certifié en français et puis de retourner en Louisiane et d’enseigner en immersion française à l’école Prairie à Lafayette. L’année que j’ai passée à l’Université Sainte-Anne a été une expérience que je vais jamais oublier. C’est pendant ce séjour que j’ai appris l’importance du fait français dans ma vie et aussi que j’ai fortifié les liens avec mon héritage acadien et avec les Acadiens et Acadiennes qui continuent à vivre en français et à promouvoir leur culture.

Comme Louisianais francophone, les contacts et les amitiés que j’ai développés avec la francophonie hors de la Louisiane sont simplement des sources de richesses. J’ai tellement aimé mes séjours en France et au Québec, mais les dizaines de fois que j’ai visité les Maritimes sont parmi mes plus beaux souvenirs.

Quels sont vos projets en cours et à venir, soit comme écrivain, soit comme éducateur et défenseur du français en Louisiane ?

C’est bien sûr de ne pas lâcher la patate. Je continue à enseigner des cours en immersion française aux jeunes et des cours de français louisianais aux adultes. Je publie des vidéos aussi pour aider mon enseignement. Je continue à travailler avec le théâtre en français avec les jeunes, un ouvrage qui me donne autant de joie. On peut entendre ma voix dans la série animée, Boudini et ses amis, par Télé-Louisiane. Je suis en train d’organiser une lecture de poésie par des jeunes francophones en Louisiane. Et sans doute, je ne lâche pas la plume. Un projet que, j’espère, va se réaliser, c’est un livre de poèmes illustré pour enfants. Ça fait, je suis poète et puis je trouve la poésie dans la vie et je la transcrit en mots. Je ne peux pas m’empêcher.

Écoutez la lecture d’un poème de Kirby Jambon sur la chaîne YouTube de l’écrivain :

Pour l’amour de la francophonie : entretien avec Bailey Ross, assistant de recherche et récent diplômé de l’Université Sainte-Anne

Nous nous entretenons avec Bailey Ross, assistant de recherche qui vient de décrocher son diplôme de l’Université Sainte-Anne. C’est un passionné d’histoire à qui les cultures francophones tiennent à cœur...

Décrivez votre parcours à l’Université Sainte-Anne. Qu’est-ce que vous avez étudié et dans quel but ?

J’étais inscrit dans le programme de baccalauréat, majeure en français, mineure en histoire, afin de devenir enseignant de français langue seconde. Cette année, j’obtiens mon diplôme de l’Université Sainte-Anne et je commencerai mon baccalauréat en éducation à Acadia Université. Depuis ma première année, j’ai suivi plusieurs cours de littérature française, de linguistique et d’histoire, y compris d’histoire acadienne.

Quel a été votre cheminement jusqu’ici ? Aussi, vous êtes très impliqué dans des initiatives francophones, n’est-ce pas ?

Je suis originaire de Digby, ici en Nouvelle-Écosse. C’est une ville anglophone située au sud-ouest de la province. J’y suis demeuré jusqu’à mon déménagement à l’université. À l’école élémentaire et secondaire, j’étais inscris dans le programme d’immersion française. J’ai suivi la majorité de mes cours en français jusqu’à la fin de mes études. 

Quand je suis arrivé à Sainte-Anne, je me suis impliqué dans conseil exécutif de Canadian Parents for French – Nouvelle-Écosse. J’ai servi de représentant jeunesse et de secrétaire, et j’en suis actuellement le vice-président. En plus, j’ai participé au forum Officiellement 50 ! à Gatineau, au Québec, en 2019. J’étais invité par le commissaire des langues officielles pour faire des recommandations au sujet de la modernisation de la Loi sur les langues officielles du Canada.

Bailey Ross prend la parole lors d’une classe de maître de la CRÉAcT sur l’antibilinguisme au Canada, animée par Ricky G. Richard, le 18 mars 2019. (Crédit photo : Louise d’Alessio-Doucet)

Comment s’explique votre intérêt particulier pour les études acadiennes ?

Mon intérêt pour les études acadiennes date de mon séjour scolaire à Digby Regional High School. Plusieurs de mes enseignants avaient des origines acadiennes. Ainsi, ils nous ont appris plusieurs perspectives historiques sur la déportation. Lorsque je suis arrivé à Sainte-Anne, j’ai développé un amour encore plus profond pour le sujet. J’ai suivi des cours d’histoire traitant non seulement du Grand Dérangement, mais de tous les effets culturels qui ont résulté de l’intégration de la culture acadienne dans leurs nouvelles patries.

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Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie

Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie (nos 36-37)

Dans ce numéro thématique, l’intersection « femmes et archives » sera examinée en tant qu’objet transversal et transdisciplinaire en études acadiennes permettant de rassembler des perspectives variées et de croiser différents regards à partir de sources matérielles de femmes. L’objectif principal sera de mieux appréhender la place des récits individuels dans notre compréhension du monde social. Que ce soit des études consacrées à la presse féminine, aux journaux intimes de femmes, aux pratiques linguistiques de femmes, aux correspondances de celles-ci, aux objets et rites, aux mobilités sociohistoriques, aux différentes formes d’intimités, aux formes de création artistique et littéraire, le pluralisme des vécus permettra de nuancer et enrichir notre compréhension de ce que constituent les vies de femmes, y compris de femmes minorisées et/ou racisées. Les études permettant des comparaisons avec d’autres sociétés sont les bienvenues.

Les récits individuels de femmes sont, en quelque sorte, des portraits performatifs (dans le sens de « doing gender ») qui permettent de contrer les perceptions socio-dominantes qui essentialisent les femmes comme des figures interchangeables participant au même groupe homogène. L’hétérogénéité des vécus individuels permettra d’examiner différents exemples (qui ne se veulent ni exhaustifs ni généralisables) de ce que constitue des vies de femmes d’hier à aujourd’hui. Le rapport entre les individus et la société sera au cœur de ce numéro en faisant valoir la pertinence des recherches en archives pour multiplier les récits de femmes et ainsi contrer l’idée reçue selon laquelle l’histoire des femmes est singulière.

Les propositions (300 mots) doivent parvenir à isabelle.leblanc@umoncton.ca avant le 1er avril 2021. Les manuscrits (6 500 mots) doivent être soumis au plus tard le 1er septembre 2021.

Capsule vidéo – Une expérience de la diaspora acadienne : Yvette Comeau en Louisiane avec la CRÉAcT

Comment une Acadienne voit-elle la Louisiane ? En avril 2019, Yvette Comeau, originaire de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, faisait un voyage là-bas dans le cadre d’un stage auprès de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). C’était toute une découverte ! Dans cette capsule vidéo, elle fait part de ses souvenirs et de ses réflexions sur les affinités entre les communautés de la diaspora acadienne… de quoi nourrir son projet de maîtrise en Cultures et espaces francophones, ici à l’Université Sainte-Anne.

Inspiré par ce séjour, le mémoire d’Yvette s’intitule : «’C’est point nécessairement que je sons en frais de perdre. Je crois que les mots sont encore là.’ Le maintien du lexique traditionnel à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse et dans les paroisses Saint-Landry et Saint-Martin en Louisiane» (directrice : Chantal White, Département d’études françaises). Elle a récemment obtenu une bourse de rédaction offerte par l’ICAF et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse. Nous sommes fiers d’Yvette et de tout-e-s les stagiaires de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne !

Pour en savoir davantage sur la maîtrise en Cultures et espaces francophones, visiter la page web du programme.

Just Published: A Special Dossier on Francophone Louisiana in the Journal Québec Studies

[TEXTE FRANÇAIS DISPONIBLE ICI.] Church Point (NS), 11 January 2021 – The most recent issue of the scholarly journal Québec Studies features a thematic dossier on the Francophonie in Louisiana, coordinated by Dr. Clint Bruce, Canada Research Chair in Acadian and Transnational Studies (CRÉAcT), and two of his colleagues, Dr. Nathan Rabalais, from the University of Louisiana at Lafayette, and Dr. Robin Anita White, from Nicholls State University in Thibodaux, Louisiana. The dossier brings together five groundbreaking studies under the indicative title, “Francophone Louisiana’s Cultural Flows” (issue 70, fall/winter 2020).

This publication project stems from a symposium organized by the three professors in November 2018, in New Orleans, as part of the biennial conference of the American Council for Québec Studies (ACQS). The mission of this association encompasses, in fact, research on the entire North American francophone community. Multidisciplinary and bilingual, the journal Québec Studies is directed by Dr. Amy R. Ransom (Central Michigan University) and published under the auspices of the ACQS in partnership with Liverpool University Press in the United Kingdom.

As with the 2018 conference, the articles in this issue explore different and lesser-known aspects of Franco-Louisiana culture as shaped by interactions with other areas of the French-speaking world. Having been admitted to the United States in 1812, Louisiana has always been characterized by its ethnoracial diversity and by intercultural encounters. Though the future of the French language may seem uncertain, Francophone life continues to be nourished by a variety of influences.

“The notion of ‘cultural flows,’ which was conceptualized by the Indian anthropologist Arjun Appadurai, refers to processes resulting from globalization and from which no society is insulated – including Louisiana in its French-speaking dimension,” says Professor Bruce. “In order to envision forms of cooperation with the francophone world, it is essential to understand these sociocultural dynamics, throughout history and at present.”

Such issues lie at the heart of the CRÉAcT’s research program, which focuses on the Acadian diaspora, and inform initiatives by the Observatoire Nord/Sud (North/South Observatory), the center associated with the Chair, located at Université Sainte-Anne’s Church Point campus. Both Dr. Rabalais and Dr. White are affiliated with the CRÉAcT.

The contributions represent various disciplines and span several eras, from the colonial period to the present day. The article by Dr. Angel Adams Parham, sociologist at Loyola University New Orleans, traces Creole community memory through the material legacy of masonry in New Orleans. Dr. Robin White highlights the symbolic significance of yellow fever epidemics as depicted in three nineteenth-century Franco-Louisianan novels. Considering the same period, Dr. Guillaume Pinson (Université Laval) analyzes the continental and transatlantic networks of the French-language press in Louisiana, which remained active until the early 1900s.

The Acadian diaspora is featured in the respective texts by Rachel Doherty (UL-Lafayette) and Dr. Clint Bruce. A doctoral student at Lafayette and former CRÉAcT intern (2017-18), Doherty questions the treatment—or rather the erasure—of racism in the poem Amédé by the renowned Nova Scotian writer Georgette LeBlanc, a work that reimagines the murder of a black musician during the Great Depression. From a different angle, Bruce’s study examines the twinning of towns in Louisiana with Francophone municipalities in Atlantic Canada, a phenomenon that dates back to the early 1970s and which can serve to strengthen Acadian identity. His article shares the initial results of a project undertaken by the Observatoire Nord/Sud, “Cities Have a Family: A Survey of Municipal Twinnings in the Maritime Provinces.”

The publication of this dossier in Québec Studies illustrates the CRÉAcT’s dynamism within Francophone studies as well as the growing role of Université Sainte-Anne as a center of excellence in research.

To learn more about the dossier “Francophone Louisiana’s Cultural Flows,” please visit the website of the journal Québec Studies.

About Université Sainte-Anne

Université Sainte-Anne, the only French language post-secondary institution in Nova Scotia, offers university and college-level courses as well as a French immersion program and customized training in French as a second language. Recognized for its excellent programs as well as its unique and exceptional living environment, Sainte-Anne offers experiential learning opportunities that promote student engagement and success, and an atmosphere which encourages a culture of excellence in research and development. Solidly established in its community, Université Sainte-Anne is a partner of choice for all those who wish to strengthen the vitality of the regions surrounding its 5 campuses as well as all of Acadie throughout Nova Scotia.

For more information

Rachelle LeBlanc, Director of Communications and Marketing
Université Sainte-Anne
Tel.: 902-769-2114 Extension 7222
rachelle.leblanc@usainteanne.ca

Le 13 décembre, Jour du souvenir acadien : un peu de contexte / December 13, Acadian Remembrance Day: Some Essential Background

Peeking bravely over the Gulf of Maine, Cape Saint Mary (Nova Scotia) offers one of Clare’s most majestic views, appreciated by locals and visitors alike. In the summer of 2018, the Cape Saint Mary Lighthouse Park became an important commemorative site upon the inauguration of a poignant, commanding monument in honor of fishermen and all residents from our community who have lost their lives at sea. (Click here to learn more about this project and the sculpture by artist Mark Graff, « Coming Home. ») A decision was made to underscore the link between these tragic deaths and the victims of shipwrecks during the years of the Acadian Deportation, or Grand Dérangement. This human catastrophe, both a crime and a sacrifice, is recalled each December 13th, known as the Acadian Remembrance Day. It was an honor for me to work with Édouard LeBlanc in composing the text for a panel designed by Denise Saulnier for the Municipality of Clare and the Société acadienne de Clare. Though succinct, our explanations draw from original accounts, published research, and consultation with Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) who kindly shared his latest findings and estimations. On this Acadian Remembrance Day 2020, it seems appropriate to make this content available to any and all, near and far. Please note that the English versions follow the French.

Surplombant avec intrépidité le golfe du Maine, le cap Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) offre l’une des vues panoramiques les plus majestueuses de la région de Clare. Or, en été 2018, le Parc du phare au cap Sainte-Marie est devenu un important site commémoratif suite à l’inauguration d’un touchant et imposant monument en l’honneur des pêcheurs et de tous les résidents de notre communauté ayant perdu la vie en mer. (Cliquez ici pour en savoir davantage sur ce projet et sur la sculpture de l’artiste Mark Graff, «Coming Home».) La décision avait été prise de souligner le lien entre ces morts tragiques, d’une part, et le souvenir des victimes des naufrages pendant la Déportation des Acadiens ou le Grand Dérangement, d’autre part. Ce désastre humain, à la fois crime et sacrifice, est rappelé chaque 13 décembre à l’occasion du Jour du souvenir acadien. C’était un honneur pour moi de collaborer avec monsieur Édouard LeBlanc à la préparation d’un texte destiné au panneau conçu par Denise Saulnier pour le compte de la Municipalité de Clare et de la Société acadienne de Clare. Quoique succinctes, nos explications s’appuient sur des documents historiques, des travaux publiés et une consultation avec Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) qui a eu la bonté de me faire part de ses plus récentes recherches. En ce Jour du souvenir acadien 2020, il m’a semblé juste et digne de mettre ce contenu à la disposition de tout le monde, partout au monde.

Victimes des naufrages pendant le Grand Dérangement (The English version follows below.)

Le monument aux personnes noyées de Clare incite à nous rappeler que de nombreux Acadiens et Acadiennes perdirent la vie à l’époque des Déportations par les autorités britanniques, entre 1755 et 1763. Sur une population totale de plus de 14 000, on estime environ 3 000 décès, dont un grand nombre pendant les voyages en mer.

En 1758, près de 800 déportés moururent lors de la perte de trois navires de la marine anglaise : le Violet, le Duke William et le Ruby. Ces bâtiments faisaient partie de convois chargés d’évacuer de force la population acadienne de l’Île Saint- Jean (l’Île-du-Prince-Édouard) après la chute de Louisbourg, forteresse française de l’Île Royale (le Cap-Breton), à l’été 1758. Ayant pris le large le 25 novembre, le Violet et le Duke William transportaient 583 prisonniers. À l’approche des côtes d’Angleterre, des fuites se déclarèrent dans les deux vaisseaux. Le Violet sombra le 12 décembre, à quelques encâblures du Duke William dont l’équipage et les passagers acadiens déployaient des efforts désespérés. Le lendemain, le bateau fut abandonné par ses marins, accompagnés du curé de l’île Saint-Jean, Jacques Girard. Il coula peu après; seulement quatre Acadiens purent gagner le littoral.

Ce désastre figure parmi les accidents les plus meurtriers de l’histoire de la Royal Navy. Dans une lettre écrite à Penzance (Cornouailles), le capitaine William Nichols prétendait que ses captifs s’étaient résignés à leur sort : « Ils se sont comportés avec la plus grande intrépidité et, jusqu’à leurs derniers instants, ils ont agi avec une grande force d’âme. »

Quant au Ruby, qui se dirigeait vers St-Malo (France) avec 310 Acadiennes et Acadiens à bord, celui-ci s’échoua dans les Açores le 16 décembre 1758. Un rapport signala la disparition tragique de 190 passagers.

Victims of shipwrecks during the Grand Dérangement

The Lost to the Sea monument for the Municipality of Clare invites us to remember that numerous Acadian men and women lost their lives at the time of the Deportations by British authorities, between 1755 and 1763. Out of a total population of more than 14,000, we estimate approximately 3,000 deaths, of which a great number occurred at sea.

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Un an après… le colloque sur les médias francophones

L’automne dernier, l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, en collaboration avec La Société acadienne de Clare, accueillait le colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne, Les médias francophones sous toutes leurs coutures : rôles, défis, occasions dans un environnements en changement. Un cahier rétrospectif a été préparé pour marquer l’anniversaire de cette importante manifestation scientifique et intersectorielle, susceptible d’interpeller toute personne intéressée par la situation des médias à l’heure actuelle.

La version électronique est disponible ici.

La conception et la mise en pages ont été confiées à Alexandre Pirottin, en concertation avec Stephanie LeBlanc du Courrier de la Nouvelle-Écosse. Ce projet de publication a bénéficié du soutien direct du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, du Patrimoine canadien et des Affaires acadiennes et Francophonie de la Nouvelle-Écosse.

Pour ce qui est de la diffusion des travaux scientifiques, un numéro thématique de Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes est en cours de préparation.

Qui plus est, les enregistrements de plusieurs conférences plénières et tables rondes peuvent être visionnés à travers la chaîne TV Sainte-Anne…

Ouverture officielle du colloque (RRF 2019)
Conférence d’honneur du professeur Sylvain Lafrance, « Nouveaux enjeux du monde médiatique au Canada français : pistes de solution»
Conférence d’honneur du professeur Luné Roc Pierre-Louis, «Les métamorphoses du folklorisme médiatique dans les arcanes du populisme : une herméneutique de la production médiatique haïtienne contemporaine»
Table ronde : Le pouvoir des médias dans la francophonie canadienne (RRF 2019)

– Marie Hélène Eddie, U. d’Ottawa et webzine Astheure.com
– Omayra Issa, Radio-Canada Saskatchewan
– Linda Lauzon, Association de la presse francophone
– Jason Ouellette, Radios communautaires CJPN, CKMA, CHQC
– Cyrille Simard, Ville d’Edmundston
– Présidente : Michelle Landry, U. de Moncton
Table ronde : Communications et relations publiques en milieu minoritaire francophone (RRF 2019)

– Rachelle LeBlanc, U. Sainte-Anne
– Amy Paradis, Municipalité de Clare
– Serge Quinty, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
– Présidente : Natalie Robichaud, Société acadienne de Clare

Bonnes découvertes n’oubliez pas d’appuyer vos médias communautaires francophones !

La statue d’Alfred Mouton à Lafayette : le contexte d’une controverse («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 26 juin 2020)

Note : cette chronique a été publiée le 26 juin 2020 dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse.

L’orage d’une controverse gronde à Lafayette, en Louisiane. Certains croient entendre l’heureux présage d’une pluie qui lavera les péchés collectifs du passé, tandis que d’autres craignent la fureur d’un ouragan susceptible de tout emporter sur son passage, le bon avec le mauvais. L’œil de la tempête, c’est une statue au centre-ville, un monument en souvenir du général Jean-Jacques Alfred Alexandre Mouton (1829-64), mort pour la cause de l’esclavage pendant la guerre de Sécession (1861-65).

Comme il a été souligné dans la dernière chronique, le mouvement antiraciste Black Lives Matter est en train de prendre une ampleur internationale. Dans chaque pays et dans chaque région, les revendications rejoignent des spécificités locales. À Lafayette, fier foyer de la culture cadienne et créole, ville située au cœur de la zone dite « Acadiana » et réputée pour ses festivals, sa gastronomie louisianaise et l’accueil chaleureux qu’y reçoivent les visiteurs, c’est une facette de l’héritage acadien qui est en cause.

Depuis le retour en force du mouvement contre le racisme et la brutalité policière, les manifestations à Lafayette se focalisent sur la statue d’Alfred Mouton plantée devant l’ancien hôtel de ville. Celle-ci est dénoncée comme un symbole raciste, expression d’une pernicieuse nostalgie de la période esclavagiste. Depuis plusieurs années, l’association Move The Mindset réclame sa relocalisation tout en menant une campagne de sensibilisation aux injustices, historiques et actuelles, liées au racisme. Les récentes manifestations s’inscrivent dans cette campagne dont l’issue demeure incertaine.

Qui était Alfred Mouton? Pourquoi existe-t-il un monument en son honneur? En abordant ces questions, le défi consiste à contextualiser, sans diaboliser mais en toute lucidité. Il y a va, parmi d’autres facteurs, d’un respect élémentaire pour la communauté noire – d’héritage francophone elle aussi, soit dit en passant – qui compte pour près de 30 % de la population de Lafayette.

Né en 1829, Alfred Mouton est issu d’une famille louisianaise d’origine acadienne et française. Son père, Alexandre Mouton (1804-85) a marqué la vie politique en tant que sénateur à Washington (1837-42), gouverneur de l’État (1843-46) et, plus tard, président de la convention qui allait décider de la sécession d’avec les États-Unis en faveur de la Confédération pro-esclavagiste. Son grand-père paternel était Jean Mouton (v. 1754-1834), né en Acadie à la veille de la Déportation et arrivé en Louisiane en 1765, en compagnie de sa famille. Marié avec Marie-Marthe Borda, il devient planteur sucrier et donc propriétaire esclavagiste. C’est grâce à un don de terres de sa part que fut établie Vermillonville, la future Lafayette. Jean Mouton en est ainsi considéré comme le fondateur.

Alfred Mouton a donc grandi dans un milieu profondément esclavagiste, ce qui était le cas de la plupart des familles acadiennes, même celles qui ne faisait pas partie de l’élite. Après des études à la célèbre Académie militaire de West Point, où il apprend l’anglais, il rentre chez lui pour travailler comme ingénieur civil et pour gérer une plantation familiale. Brigadier-général de la milice d’État, il prend en 1859 la tête d’un mouvement paramilitaire, les comités de vigilance, dont les actions incitent des centaines de familles noires à émigrer au Mexique et en Haïti. Quand la guerre éclate en 1861, il rejoint l’armée du Sud et c’est sur le champ de bataille qu’il trouve la mort le 8 avril 1864.2020-06-26_La statue d'Alfred Mouton 2

La statue a été érigée au début des années 1920, à l’initiative d’une section locale des United Daughters of the Confederacy. Ce regroupement féminin était l’un des principaux promoteurs du mythe de « la cause perdue », une interprétation édulcorée et nostalgique de la guerre civile qui a longtemps fait école aux États-Unis. Tout en minimisant les torts de l’esclavage, l’apologie du Sud allait de pair avec l’oppression raciale sous le régime de la ségrégation.Lire la suite »

Vers un mouvement planétaire contre le racisme? («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 12 juin 2020)

Note : cette chronique a été publiée le 12 juin 2020 dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse.

Le président vient de publier une déclaration remarquable sur Twitter. Non, je ne parle pas d’une énième énormité de la part de Donald Trump. Il s’agit plutôt d’un message de Nana Akufo-Addo, président du Ghana, en Afrique de l’ouest, suite à un incident récemment survenu aux États-Unis, incident qui est en train de provoquer une réaction mondiale.

« Les Noirs, à travers le monde, sont choqués et bouleversés par l’assassinat d’un homme noir non armé, George Floyd, par un policier blanc aux États-Unis d’Amérique. […] Il ne peut être acceptable qu’au 21e siècle les États-Unis, ce grand bastion de la démocratie, continuent d’être aux prises avec le racisme systémique. »

ARNM_2020-06-12_Tweet Nana Akufo-Addo

En effet, c’est choquant et bouleversant. La vidéo de la mort de George Floyd, interpellé près d’un dépanneur d’où il venait de sortir et asphyxié malgré ses cris à l’aide sous le genou du gendarme Derek Chauvin, devant les collègues de ce dernier, a fait le tour de la planète. Cet acte barbare suivait de près le meurtre présumé d’Ahmaud Arbery, en Géorgie, par deux hommes blancs alors qu’il faisait du jogging et de Breona Taylor, technicienne médicale tuée par balles par des agents de police de Louisville, au Kentucky, qui ont fait irruption chez elle dans la nuit du 13 mars dernier.Lire la suite »

Galerie de photos : signature d’une entente en vue du Congrès mondial acadien 2024

C’est officiel : une entente vient d’être signée entre la Société nationale de l’Acadie (SNA) et le Comité organisateur du Congrès mondial acadien (COCMA) 2024 engageant ce dernier à mener à bien la tenue du prochain grand rassemblement du peuple acadien. Celui-ci aura lieu en août 2024, dans les municipalités de Clare et d’Argyle – ou #Clargyle – dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Une deuxième entente portait spécifiquement sur les États généraux de l’Acadie, qui «rejoindront le grand public tout en proposant des réflexions de haut calibre et tournées vers l’avenir en matière de projet collectif acadien», selon le communiqué de la SNA.

Le mardi 10 mars 2020, Louise Imbeault, présidente de la SNA (et chancelière de l’Université de Moncton), était de passage dans la région de la Baie Sainte-Marie pour rencontrer à cet effet Allister Surette, président du CMA 2024 (et recteur de l’Université Sainte-Anne). La cérémonie a eu lieu dans la Galerie Trécarré, au Rendez-vous de la Baie. Étaient également présent-e-s les vice-président-e-s du CMA 2024, Natalie Robichaud et Chris Frotten, ainsi que plusieurs représentant-e-s d’autres organismes.

NOTA BENE : Les photos présentées ici peuvent être utilisées librement, à condition d’inclure l’attribution suivante – Crédit photo : Clint Bruce/CRÉAcT.

M. Clint Bruce