L’Acadie au rendez-vous du Sommet de la Francophonie («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 16 décembre 2022)

Note : Cette chronique a été publiée simultanément dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, édition du 16 décembre 2022, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Tout le monde le sait, tout le monde le répète : l’Acadie n’existe pas sur les cartes géopolitiques. Le peuple acadien est une petite nation sans État, en situation de diaspora, par-dessus le marché. Toujours est-il que, malgré ces conditions, l’Acadie n’est guère en reste auprès des institutions de la Francophonie internationale. Voilà un fait étonnant qui s’est manifesté pleinement lors du récent Sommet de la Francophonie à Djerba, en Tunisie.

Les Sommets de la Francophonie ont normalement lieu tous les deux ans depuis sa première inauguration en 1986, à Paris. Ils rassemblent les chefs d’État et de gouvernement des pays membres afin de « définir les orientations de la Francophonie […] de manière à assurer son rayonnement dans le monde. » 

Il s’agit de l’instance suprême de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). En raison de la pandémie, sa précédente et 17e édition remontait à 2018, en Arménie, où l’adhésion de quatre nouveaux membres a porté à 88 le nombre de gouvernements dans le giron de la Francophonie institutionnelle.

La Louisiane en faisait partie, en tant que membre observateur. Au Sommet de Djerba, mon État natal était notamment représenté par le Conseil du développement du français en Louisiane (CODOFIL), agence d’affaires francophones et interlocuteur privilégié dans la sphère internationale.

Le 18e Sommet de la Francophonie s’est donc déroulé les 19 et 20 novembre dernier, dans la terre d’origine de l’un des quatre fondateurs de la Francophonie internationale, à savoir Habib Bourguiba (1903-2000), premier chef d’État de la Tunisie postcoloniale. L’événement avait pour thème : « Connectivité dans la diversité : le numérique, vecteur de développement et de solidarité dans l’espace francophone ». 

En dépit des tensions liées aux problèmes politiques en Tunisie et dans plusieurs autres pays d’Afrique, il s’agissait d’un tournant pour la Francophonie institutionnelle, appelée à se recentrer sur sa mission fondamentale. 

Soulignons au passage que le Canada totalise quatre gouvernements membres de l’OIF, partant quatre délégations au Sommet : le Canada lui-même, le Québec, le Nouveau-Brunswick, qui y siège depuis 1977, et, depuis 2016, l’Ontario à titre d’observateur. On peut donc relever que l’Acadie jouit d’une représentation grâce à l’adhésion de notre province voisine.

On se rappellera d’ailleurs que la région de Moncton avait accueilli le Sommet de 1999, un jalon marquant et majeur de l’Acadie contemporaine, et aussi, sous un jour moins glorieux, que le gouvernement de Blaine Higgs avait annulé la tenue des Jeux de la Francophonie dès son arrivée au pouvoir, fin 2018.

Mais notre voix auprès de l’OIF se limite-t-elle au truchement néo-brunswickois ? Pas vraiment, même si le Nouveau-Brunswick joue un rôle indispensable. 

Cette situation a été étudiée par Christophe Traisnel, Éric Mathieu Doucet et André Magord, dans un article paru en 2020 dans la revue Francophonies d’Amérique. Ces trois chercheurs font état d’une dynamique tout à fait particulière :

« D’une certaine manière, la présence acadienne au Nouveau-Brunswick a permis de justifier, par un concours de volontés politiques singulier, la construction d’une forme de représentation déléguée de l’Acadie sur la scène internationale qui constitue en somme la raison principale d’une reconnaissance politique atypique dont jouit, sur la scène internationale francophone, le Nouveau-Brunswick. » 

Autrement dit, l’intérêt pour l’Acadie ouvre au Nouveau-Brunswick les portes de la reconnaissance internationale, tandis que, à tour de rôle, les structures étatiques de la province encadrent la présence acadienne et francophone.

Pour mieux cerner cette réalité, j’ai pris rendez-vous avec Véronique Mallet, directrice générale de la Société nationale de l’Acadie. Organisme porte-parole du peuple acadien, la SNA jouit du statut consultatif auprès de l’OIF. Lors de notre conversation, Mme Mallet rentrait tout juste de Tunisie, où trois membres de la SNA avaient participé au Sommet, c’est-à-dire, en plus d’elle-même, le président de l’organisme, Martin Théberge, ainsi que Yannick Mainville, responsable de la Société de promotion des artistes acadiens sur la scène internationale (SPAASI).

Lire la suite »

Au carrefour des Acadies d’ici et d’ailleurs : parution de deux études sur le Congrès mondial acadien

L’équipe de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne est très fière d’avoir collaboré à deux publications récentes sur le Congrès mondial acadien de 2019. Il s’agit des fruits d’une enquête menée sous l’égide de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, situé à l’Université de Moncton, et sous la direction du sociologue Éric Forgues. Notre projet s’intitulait : Évènements culturels et construction identitaire en contexte minoritaire, le cas du Congrès mondial acadien. Financée par une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines, cette initiative a mobilisé une équipe pluridisciplinaire tout en bénéficiant d’un partenariat avec la Société nationale de l’Acadie.

À titre de rappel, le Congrès mondial acadien 2019 s’est déroulé du 10 au 24 août 2019 à l’Île-du-Prince-Édouard et au sud-est du Nouveau-Brunswick. C’était la sixième édition de ce grand rendez-vous quinquennal de l’Acadie et de sa diaspora.

Au mois de septembre, nous avons dévoilé notre rapport public, Au carrefour d’une Acadie d’ici et d’ailleurs, mémorielle et actuelle Le Congrès mondial acadien de 2019 (disponible sur le site de l’ICRML), préparé par Éric Forgues, Laurence Arrighi, Tommy Berger, moi-même Clint Bruce, Christine C. Paulin, Christophe Traisnel, Émilie Urbain et Audrey Paquette-Verdon, avec la collaboration de Jennifer Démosthène et Bailey Ross de l’Observatoire Nord/Sud, ainsi que d’Anthony Doiron et Daniel Thériault de la Société Nationale de l’Acadie.

Par l’analyse des perspectives de plusieurs participant-e-s aux activités du CMA, d’un côté, et des membres de l’organisation, de l’autre côté, ce rapport jette un éclairage nuancé sur « l’impact d’un tel évènement sur l’identité de la communauté acadienne ».

Je m’empresse de souligner que la liste des auteur-e-s compte trois étudiant-e-s de l’Université Sainte-Anne, à savoir Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud de 2021 à 2022, ainsi que Bailey Ross et Jennifer Démosthène qui ont contribué à la collecte et au vtraitement des données, en plus de Tommy Berger qui poursuivait ses études de maîtrise en anthropologie à l’Université de Montréal.

Des festivités à la chapelle historique de Beaumont, sur les rives de la Petitcodiac, pendant le Congrès mondial acadien 2019. (Crédit photo : Clint Bruce/CRÉAcT)

Dans le sillage de la parution de ce rapport, nous avons eu l’honneur de présenter un volet de notre enquête dans un important dossier thématique de la revue Francophonies d’Amérique : «Francophonie d’Amérique, francophonies des Amériques», sous la direction de Janaína Nazzari Gomes, Christophe Traisnel and Haydée Silva Ochoa. En voici la référence :

Nous avons bon espoir que certaines de nos conclusions feront leur chemin dans les réflexions sur la société acadienne d’aujourd’hui, d’autant plus que nous n’hésitons pas à insister sur la pertinence de cet événement sur plusieurs plans. C’est ce que résume le passage suivant :

En raison de la portée symbolique et identitaire de l’événement et parce qu’il s’inscrit dans l’imaginaire collectif de la déportation, le CMA constitue un événement culturel qui s’impose dans l’Acadie contemporaine en conjuguant des logiques identitaire et économique. En outre, le CMA offre un espace de délibération et de réflexion permettant à l’Acadie de se définir elle-même. Ce faisant, le CMA contribue à la réinvention d’une Acadie «ici et maintenant», tout à la fois fière d’elle-même et de son passé et soucieuse de son avenir.

Alors que la prochaine édition du Congrès approche à grands pas, nous aurons bientôt la chance de reprendre le fil de ces questionnements, ici dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

M. Clint Bruce

Album photos : Le troisième Grand Réveil Acadien en Louisiane, entre souvenir collectif et commémorations communautaires

«Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 14 octobre 2022 – De quelle présence est-ce que la diaspora acadienne jouit dans la Louisiane d’aujourd’hui ? Comment ravive-t-elle ses liens avec l’Acadie de l’Atlantique ? Au moment d’écrire ces lignes, je me trouve au centre-ville de Lafayette, où vient de se clore le Grand Réveil Acadien (GRA), une série de rassemblements qui se sont déroulés du 1er au 9 octobre en Louisiane, cet État à l’héritage francophone toujours vivace.

Entre les commémorations et les célébrations de ces derniers jours, où la nourriture occupe certes une place prépondérante (et loin de moi de m’en plaindre !), la question du sens de l’identité acadienne en Louisiane continue de se poser.

Cet événement se veut une « célébration internationale […] de la langue, de la musique, de l’histoire, de la culture et de l’influence du peuple acadien au cœur de l’Acadiane », c’est-à-dire de la zone formant le « triangle français » allant des paroisses près de la Nouvelle-Orléans jusqu’à la frontière du Texas, et s’étendant vers le nord jusqu’au centre de l’État. LIRE LA SUITE ICI. 

Album photos du Grand Réveil Acadien 2022

M. Clint Bruce

Diversity and inclusion in Acadie and in Acadian studies: Call for papers for the journal Port Acadie (February 1, 2023)

While the Acadian experience has always been characterized by plurality, due to the historical dispersal of communities, contemporary Acadie increasingly embraces the values ​​of diversity and inclusion. In the same spirit, our journal, true to its name, aims to be a haven that welcomes different perspectives in Acadian studies, in all disciplines and on a wide variety of issues. How has diversity shaped and how does it continue to shape Acadian society as well as the diaspora? How can we make inclusion a fundamental principle of Acadian studies?

In order to better understand these questions, we welcome submissions for issue 39 of Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes, to be published in the fall of 2023. Port Acadie publishes refereed work (in French or in English) – scholarly articles and research notes – as well as essays (in French or in English), reviews of scholarly and literary publications, interviews and creative texts. Manuscripts for the Fall 2023 issue should be received by February 1, 2023.

For more information, see our website or write to us at the following address: port-acadie@usainteanne.ca

Diversité et inclusion en Acadie et en études acadiennes : appel à contributions pour la revue Port Acadie (1er février 2023) 

15 septembre 2022 – Alors que l’expérience acadienne s’est toujours caractérisée par la pluralité, du fait notamment de la dispersion historique des communautés, l’Acadie contemporaine assume de plus en plus les valeurs de diversité et d’inclusion. Dans ce même esprit, notre revue, fidèle à son nom, se veut un havre qui accueille différentes perspectives en études acadiennes, dans toutes les disciplines et sur une grande variété de problématiques. Comment la diversité a-t-elle façonné et continue-t-elle de façonner la société acadienne ainsi que la diaspora ? Comment faire de l’inclusion un principe fondamental des études acadiennes ?  

Afin de mieux cerner ces questions, nous recevrons avec plaisir des soumissions pour le numéro 39 de Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes, à paraître à l’automne 2023. Port Acadie publie des textes arbitrés (en français ou en anglais) – études scientifiques, notes de recherche – ainsi que des textes de réflexion (en français ou en anglais), des comptes rendus d’ouvrages scientifiques et d’œuvres littéraires, des entretiens et des textes de création. Les manuscrits destinés au numéro de l’automne 2023 devront nous parvenir d’ici le 1er février 2023. 

Pour de plus amples renseignements, voir notre site web ou nous écrire à l’adresse suivante : port-acadie@usainteanne.ca  

Report de la date limite pour Port Acadie (1er septembre 2022) : appel à contributions

15 juillet 2022 – Le comité de rédaction de Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes est heureux d’annoncer un report de la date limite pour notre numéro 38, à paraître au printemps 2023.

Nous recevrons avec plaisir des soumissions jusqu’au 1er septembre 2022. Port Acadie publie des textes arbitrés (en français ou en anglais) – études scientifiques, notes de recherche – ainsi que des textes de réflexion (en français ou en anglais), des comptes rendus d’ouvrage scientifiques et d’œuvres littéraires, des entretiens et des textes de création.

Fidèle à son nom, notre revue se veut un havre qui accueille différentes perspectives en études acadiennes, dans toutes les disciplines et dans toute leur diversité.

Pour de plus amples renseignements, voir notre site web (https://www.usainteanne.ca/port-acadie) ou nous écrire à l’adresse suivante : port-acadie@usainteanne.ca.

Clint Bruce, codirecteur / Susan Knutson, codirectrice

C’est le 14 juillet : vive la France… et ses jumelages avec les municipalités des provinces Maritimes !

Plusieurs pourraient l’affirmer : les échanges entre la France et la collectivité acadienne et francophone de l’Atlantique semblent plus forts et plus fructueux que jamais. La visite de la délégation acadienne à Paris, au mois de novembre dernier, a bien souligné la volonté de pérenniser ce lien riche d’un très long passé, nourri par le souvenir des origines à l’époque coloniale et porteur de projets pour l’avenir. En ce 14 juillet, plusieurs célébrations ont lieu, ici même dans les provinces Maritimes, pour commémorer la fête nationale de la République française.

Bien que les travaux de la CRÉAcT s’intéressent prioritairement aux contacts avec la diaspora acadienne en Louisiane, il ne serait guère de mise de passer à côté des relations avec la France. C’est pour cette raison que l’Observatoire Nord/Sud tient à recueillir des données sur les échanges au niveau des communautés locales dans le cadre d’un projet lancé en 2017, Les villes ont une famille : enquête sur les jumelages municipaux aux provinces Maritimes. Il s’agit répertorier et d’étudier les relations entre villes-soeurs, dans l’esprit du mouvement internationaliste qui s’est implanté après la Seconde Guerre mondiale.

Cette problématique est d’autant plus pertinente que, depuis quelque temps, la Société nationale de l’Acadie, d’un côté, et le Consulat général de France dans les provinces atlantiques, en vertu de la politique française sur la coopération décentralisée, de l’autre côté, souhaitent stimuler davantage le phénomène des jumelages.

Voici donc un échantillon de nos données, recueillies auprès des municipalités elles-mêmes par les stagiaires de l’Observatoire Nord/Sud. Cette liste présente les jumelages actifs entre municipalités des provinces Maritimes (Canada) et communes françaises. À noter que deux de ces ententes viennent d’être adoptées, preuve de l’intérêt actuel pour ce type d’échange…

Nouvelle-Écosse, 4 jumelages avec autant de municipalités…

  • Municipalité d’Argyle / Belle-Île-en-Mer, Morbihan (2003)
  • Pubnico-Ouest (localité de la Municipalité d’Argyle) / Avoine, Indre-et-Loire (2006)
  • Town of Annapolis Royal / Royan, Charente-Maritime (2009)
    • Royan fut le lieu de naissance de Pierre Dugua de Mons (v.1560-1628), l’un des instigateurs de la colonisation française en Acadie. Depuis 2014, Annapolis Royal reçoit chaque été des stagiaires du Lycée des Métiers du Tourisme Cordouan, initiative qui améliore l’offre francophone à l’approche de la saison touristique tout en resserrant les liens humains entre les deux communes.
  • Cape Breton Regional Municipality / Givenchy-en-Gohelle, Pas-de-Calais (2017)

Nouveau-Brunswick, 10 jumelages avec 11 municipalités…

  • Caraquet / Marennes, Charente-Maritime (1973)
    • Parmi les plus anciens de cette région du Canada, le jumelage a été relancé en 2014, volonté qui s’est traduite par des résidences d’artistes de Marennes à Caraquet, une participation néo-brunswickoise au Forum local de la coopération francophone en 2017 et 2018, et des délégations réciproques du secteur de la pêche en 2018 et 2019.
  • Shédiac / Saint-Pierre-et-Miquelon, COM (1981)
  • Shippagan / Loudun, Vienne (1981)
  • Bathurst / Saint-Aubin-sur-Mer, Calvados (1984)
  • Bouctouche, Cocagne et Saint-Antoine / Châtellerault, Vienne (1984)
  • Saint-Quentin / Saint-Quentin, Aisne (1998)
  • Dieppe / Dieppe, Seine-Maritime (2000)
    • La municipalité néo-brunswickoise a reçu le nom de Dieppe en 1946, en l’honneur des militaires canadiens ayant pris part au raid de Dieppe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jumelage créé en 2000 donne lieu à des échanges soutenus dans plusieurs secteurs : arts et culture, sports et loisirs et coopération économique, sans oublier les commémorations de la guerre. Parmi ces nombreux projets, signalons le Festival international de Cerf-Volant de Dieppe, tenu en alternance dans les deux villes.
  • Saint-Louis-de-Kent / Archigny, Vienne (2010)
  • Cocagne / Duclair, Seine-Maritime (2022)
  • Miramichi / Carpiquet, Calvados (2022)

Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de jumelages entre la France et l’Île-du-Prince-Édouard.

Pour donner une idée de l’esprit qui anime ces ententes, je mets à votre disposition le texte du Protocole d’amitié qui fut entériné en 1981 par la ville de Shippagan et la commune de Loudun, terre d’origine de quelques familles acadiennes parties de France au 17e siècle :

En l’Hôtel de Ville de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
Ce 16e jour d’août mil neuf cent 81
NOUS, Jean C. Chiasson, maire de Shippagan et René Monory, maire de Loudun
PROCLAMONS le jumelage des Villes de Shippagan et Loudun sous l’égide de la FÉDÉRATION MONDIALE DES VILLES JUMELÉES-CITÉS UNIES en vue de promouvoir des échanges d’ordre culturel, touristique, social et économique intéressant l’ensemble des citoyens.

DÉCLARONS solennellement, au nom des populations de nos villes, notre volonté de respecter les principes de la Charte des Cités Unies, afin de développer la compréhension, le respect mutuel et l’amitié entre les gens de Shippagan et Loudun ouvrant ainsi la voie à l’entente complète, sans discrimination aucune entre les cités et les peuples de toutes les nations.

En foi de quoi,
NOUS, Jean C. Chiasson, René Monory, avons apporté sur ce parchemin notre signature et le sceau de notre Ville.

[SIGNATURE – Jean C. Chiasson]
[SIGNATURE – R. Monory]
[SIGNATURE – Horace Boivin]

A signé avec nous,
le Représentant de la Fédération Mondiale des Villes Jumelées-Cités Unies.

L’équipe de l’Observatoire Nord/Sud s’efforce de garder à jour nos renseignements sur les jumelages afin de mieux servir les organismes acadiens, ou autres, et les agences gouvernementales s’intéressant à ce phénomène. Je m’attends, par exemple, à ce que la réforme imminente de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick ait un impact sur le statut et la gestion de plusieurs ententes. Il se peut de nouveaux jumelages soient créés. Ceux déjà en existence pourraient soit connaître un nouvel essor, soit subir une certaine négligence.

Quoi qu’il advienne, la date du 14 juillet ne manquera pas de rappeler ces échanges et leur importance pour l’Acadie contemporaine.

M. Clint Bruce

L’immigration au Québec et « le sort de la Louisiane » : jusqu’où pousser la comparaison?

Il y a toutes sortes de façons de mettre les pieds dans le plat. Il y a quelques jours, le premier ministre du Québec, François Legault, revendiquait pour sa province une plus grande autonomie en matière d’immigration, et ce, dans le but de mieux déterminer le profil linguistique des nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants. Cette revendication suit de près l’adoption de deux lois destinées à renforcer l’autonomie et le caractère distinct de la nation québécoise, soit la Loi sur la laïcité de l’État (ou Loi 21), en vigueur depuis juin 2019, et la toute récente Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (projet de loi n° 96), qui vient moderniser la Charte de la langue française (ou Loi 101) de 1977.

Dans une allocution prononcée à l’occasion d’un congrès de la Coalition avenir Québec, à Drummondville, il affirmait : «Il est important que les Québécois comprennent bien l’urgence de rapatrier les pouvoirs d’immigration.» Il s’agirait, selon lui, d’une question de mort ou de vie pour la langue française et, sans ces moyens, « cela pourrait devenir une question de temps avant que nous devenions une Louisiane ».

En évoquant cet État américain dans ces termes, monsieur Legault faisait allusion au déclin de la langue française depuis l’époque coloniale et à la perte d’influence de la population francophone, jusqu’à la disparition plus ou moins totale de cette dernière (d’après la perception de Legault) au tournant du siècle présent. La perspective d’une éventuelle «louisianisation» servirait donc d’avertissement et de repoussoir vis-à-vis des aspirations du Québec.

Cette comparaison, forcément péjorative, n’a pas tardé à susciter un petit tollé. Plusieurs membres des autres partis ont fait entendre leurs réactions, de même que quelques chercheurs universitaires, dont votre humble serviteur dans un reportage de Radio-Canada. A également été sollicité le point de vue d’un autre Louisianais, l’entrepreneur en tourisme Joseph Dunn, ancien directeur du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), qui déplore l’instrumentalisation politique d’«une image de la Louisiane qui est fausse».

N’est-ce pas un exercice légitime, pourtant, que d’étudier d’autres sociétés et d’en tirer des leçons? Et a fortiori à l’échelle de la francophonie nord-américaine? Voici trois éléments contextuels à considérer…

1) Les propos de François Legault s’inscrivent dans une longue tradition discursive au Québec. Brandir le contre-exemple de la Louisiane n’a absolument rien d’original; c’est même une vieille rengaine. Au début des années 1830, soit une vingtaine d’années après l’entrée officielle de la Louisiane dans le giron des États-Unis, le journaliste et politicien Étienne Parent (1802-1874) lâchait une phrase choc, devenue célèbre : «Le sort de la Louisiane nous fait trembler.» Pris tout seul, cet énoncé donne l’impression de conforter le souverainisme québécois moderne. Toutefois, l’argument de Parent n’allait pas du tout dans ce sens-là, car il plaidait en fait pour le maintien du Canada français au sein de l’Empire britannique plutôt que de s’en séparer ou d’être annexé par les États-Unis. Dans une certaine optique nationaliste, la mobilisation du trope de la «louisianisation» fait partie d’un répertoire de comparaisons devenues récurrentes avec d’autres groupes francophones minoritaires, dont l’Acadie des Maritimes – pour signaler le danger de «l’acadianisation», dans ce cas-là. Mes collègues Laurence Arrighi (U. de Moncton) et Émilie Urbain (Carleton U.) ont analysé l’obsession québécoise des «mauvais exemples» de la francophonie nord-américaine dans une série de travaux on ne peut plus éclairants, dont un exemple est cité en note de fin[1]. Chez François Legault, ce thème épouse le rejet populiste de la différence et de l’Autre.

2) Le recours à un tel raccourci revient à nier la richesse de l’expérience franco-louisianaise. La Louisiane d’héritage francophone est une société complexe dont l’évolution ne se prête guère à une simplification lapidaire. Multiraciale et multilingue (en tenant compte du créole louisianais, de l’espagnol et de l’anglais, bien sûr, sans oublier les langues autochtones), la réalité franco-louisianaise s’est construite au départ en fonction de l’esclavagisme, qui formait autrefois la base de l’économie et de la structure sociale, tandis que le destin de la langue française a été conditionné par la hiérarchie raciale, d’une part, et par l’idéologie monolinguiste qui prévaut aux États-Unis, d’autre part. Fait important, le français en Louisiane n’est pas la propriété d’un seul groupe ethnique, étant historiquement pratiqué par les Créoles de diverses origines, par plusieurs peuples autochtones qui l’ont adopté à partir du 18e siècle – et chez qui il demeure vivace de nos jours – et bien sûr par les Cadiens, c’est-à-dire la population blanche s’identifiant à la diaspora acadienne. S’il est vrai que le nombre de locuteurs accuse une chute libre depuis plusieurs décennies, il n’en est pas moins vrai que les efforts de revitalisation linguistique ont donné lieu à tout un réseau francophone et francophile qui assure une variété d’initiatives dans divers secteurs : éducation, médias, tourisme patrimonial, arts et culture et j’en passe. Ce n’est pas pour rien que la Louisiane a intégré l’Organisation internationale de la Francophonie en 2018 et que la secrétaire générale Louise Mushikiwabo vient d’y faire une tournée.

3) La rhétorique du repoussoir vient miner les efforts louables du Québec en matière de francophonie nord-américaine. Le gouvernement du Québec a pris des engagements sérieux vis-à-vis des autres communautés francophones d’Amérique du Nord et investit des ressources non négligeables. Par rapport aux collectivités francophones et acadienne du Canada, son approche est exposée dans la nouvelle Politique du Québec en matière de francophonie canadienne (mars 2022), qui exprime une vision solidaire et collaborative. Pour ce qui est des autres régions, le Centre de la Francophonie des Amériques, fondé en 2008, multiplie les initiatives pour stimuler les échanges et pour réaliser les potentialités continentales et hémisphériques des milieux francophones. La Louisiane n’est guère oubliée : avant la pandémie, la sixième édition de l’Université d’été du CFA devait justement se tenir en Louisiane, sur le campus de l’Université de Louisiane à Lafayette. Pourquoi faire si cette région-là n’a plus rien à offrir?

Boiteuses du point de vue historique, les remarques de François Legault ne font rien pour encourager une meilleure compréhension des réalités et contextes divers qui forment l’ensemble de la francophonie nord-américaine. Les politiques d’immigration constituent un dossier d’une grande importance qui mérite bien plus de réflexion que n’en véhiculent des raccourcis douteux de cet acabit. Espérons qu’il fera mieux à l’avenir… et faisons mieux, nous aussi.

M. Clint Bruce

[1] ARRIGHI, Laurence et URBAIN, Émilie, « Les “mauvais exemples” de la francophonie nord-américaine: intérêt des acteurs, construction des images, instrumentalisation des groupes », Les français d’ici: des discours et des usages, Québec, Presses de l’Université Laval, 2019, p. 11-32.

La Secrétaire générale de la Francophonie à la découverte de la Louisiane : témoignages d’une visite marquante

Note : Cette chronique a été publiée simultanément dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, édition du 6 mai 2022, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Ce fut une occasion qu’il n’est guère exagéré de qualifier d’historique. Du 9 au 14 avril dernier, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, s’est rendue en Louisiane. Pour cet État américain aux racines francophones très profondes, cette visite a donné la chance d’augmenter sa visibilité sur la scène mondiale. Et à la cheffe de l’OIF, celle de découvrir la richesse et la complexité du fait francophone là-bas.

Les échanges entre la Louisiane et les pays de la Francophonie ont cours depuis plusieurs décennies, grâce surtout au Conseil pour le développement du français en Louisiane, ou CODOFIL, agence d’État créée en 1968. Cependant, ce n’est qu’un demi-siècle plus tard, lors du XVIIe Sommet de la Francophonie, en Arménie, que le berceau du jazz, aussi la patrie de Zachary Richard, intègre l’OIF comme membre observateur. Si ce statut limite les engagements du gouvernement et aussi les avantages de l’adhésion, il s’agit quand même d’une avancée porteuse d’espoir pour renforcer l’identité francophone.

C’est également en 2018 que Louise Mushikiwabo accède à la direction de l’OIF, laquelle réunit désormais 88 États et gouvernements, dont le sien : le Rwanda. Née à Kigali en 1961, Mushikiwabo a étudié et travaillé comme traductrice à Washington, D.C., avant de rejoindre la Banque africaine de développement en Tunisie. En 2008, elle rentre au Rwanda sur l’invitation du président Paul Kagame qui lui offre d’abord le poste de ministre de l’Information et ensuite le portefeuille des Affaires étrangères et de la Coopération. Sa candidature au secrétariat général de l’OIF allait recevoir un appui musclé de la France, désireuse de calmer les tensions avec le Rwanda, toujours vives dans le sillage du génocide de 1994.

Sous la houlette de Mushikiwabo, l’OIF continue de définir sa stratégie du développement du numérique tout en misant sur les initiatives jeunesse. L’approche actuelle de l’organisation se caractérise également par une volonté de décentralisation. La visite de la Secrétaire générale en Louisiane suivait de près l’annonce de l’implantation d’un bureau de l’OIF à Québec, ce qui mettrait davantage l’accent sur la francophonie nord-américaine.

Cette vision s’accompagne d’une réelle bienveillance pour le fait français en Louisiane et aux États-Unis plus largement, selon la directrice du CODOFIL, Peggy Somers Feehan, avec qui je me suis entretenu il y a quelques jours. Native du Nouveau-Brunswick ayant œuvré dans le domaine de l’éducation, Somers Feehan a eu vent de la venue de la Secrétaire générale après une rencontre fructueuse entre cette dernière et le sénateur louisianais Bill Cassidy. C’est au CODOFIL, qui relève du Département de la culture, de la recréation et du tourisme, sous la responsabilité du lieutenant-gouverneur Billy Nungesser, qu’il incombait de planifier la tournée de Mushikiwabo.  

L’itinéraire de la Secrétaire générale comprenait bien sûr des rencontres et interventions dans la sphère politique, sans pour autant se limiter à cette dimension officielle. D’après Somers Feehan, le passage de Mushikiwabo à l’assemblée législative de l’État, à Bâton-Rouge, aura eu un impact considérable. Il était surtout question d’apporter un éclairage sur les potentialités de l’OIF, encore méconnue.

« Dès qu’elle a pris la parole, tu voyais le déclic dans la tête des politiciens. Et quand elle a parlé d’économie, on pouvait observer un plus gros déclic. Tout le monde a compris des choses, à tous les niveaux : avec le Sénat, avec le gouverneur [John Bel Edwards], avec le maire de Lafayette [Josh Guillory] et d’autres encore. »

Même son de cloche chez Joseph Dunn, ancien directeur du CODOFIL, entrepreneur touristique et employé de la plantation Laura, site patrimonial situé dans la paroisse Saint-Jacques, entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans. Pour Dunn, il serait primordial, voire urgent, de sensibiliser davantage les élus louisianais aux leviers de la Francophonie internationale. En même temps, croit-il, il y avait lieu de faire connaître à Mushikiwabo les réalités du terrain, tant politiques que socioculturelles.

Après avoir accueilli Mme Mushikiwabo à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans, le soir du samedi 9 avril, Dunn a pu s’entretenir avec l’illustre invitée le lendemain matin, lors d’un déjeuner au restaurant Muriel’s dans le Vieux Carré. Il en est sorti fortement impressionné par le désir de la Secrétaire générale de comprendre réellement les enjeux du mouvement francophone, par exemple : la situation des écoles d’immersion française, le rôle de la société civile et l’implication de la jeunesse.

Lors d’une excursion à la plantation Laura, Mushikiwabo a fait la connaissance d’employés francophones de la génération montante, dont Taalib Auguste, animateur de l’émission LA Créole Show, à Télé-Louisiane. « Chez ces jeunes-là, elle a pu entendre la diversité de la franco-créolophonie louisianaise », affirme Dunn, en rajoutant : « De ce point de vue-là, c’était très réussi. »

Afin de mieux saisir les impressions laissées par la visite de Mushikiwabo, j’ai contacté les représentants de deux organismes culturels. Sise à La Nouvelle-Orléans, la Fondation NOUS a pour mission d’appuyer des initiatives en faveur du fait français, tandis que le groupe Louisiana C.R.E.O.L.E., Inc., basé dans la région de Lafayette et présidé par l’éducateur Herbert Wiltz, œuvre depuis 1987 à la promotion de la langue créole et à la reconnaissance du patrimoine culturel.

Lire la suite »

Nous sommes de retour ! Ou : après la grève, le beau temps…

Inutile de le nier : les sept dernières semaines ont été longues et pénibles. Pendant cette période, allant du jeudi 3 mars au jeudi 21 avril 2022, l’Association des professeurs, professeures et bibliothécaires (APPBUSA) de l’Université Sainte-Anne ont mené une grève – la première du corps professoral de l’Université Sainte-Anne, en 132 ans d’existence, et la deuxième si nous tenons compte de celle du corps étudiant de 1968, laquelle a sauvé notre institution. Ardue et très éprouvante pour nos étudiant-e-s, la nôtre n’était pas voulue – loin de là -, mais elle nous a semblé nécessaire afin de sortir d’une impasse au sujet de notre prochain contrat. (Pour en savoir plus sur les enjeux de ce conflit, voir ce reportage de Radio-Canada.) Après la tempête, le beau temps revient, si nous exceptons le décès inattendu d’un cher collègue, le professeur Jean Wilson, du Département d’études françaises.

Pendant ces sept semaines, longues et pénibles, les activités de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud ont été suspendues. Nous sommes de retour. Nos réunions d’équipe recommenceront. Nos initiatives médiatiques seront relancées, à commencer par le sixième épisode du balado Acadiversité : Les traumatismes collectifs dans le folklore de la Louisiane francophone, AUX DIRES DE… Nathan Rabalais. Reprendront aussi les rencontres avec nos partenaires, tant universitaires que communautaires. Nos prochaines activités publiques, en ligne et, un peu plus tard, sur place, seront bientôt annoncées.

Sachez, lectrices et lecteurs de ce blogue, que des lendemains merveilleux nous sont promis ici à l’Université Sainte-Anne, seul établissement postsecondaire francophone en Nouvelle-Écosse et, à certains égards, un microcosme de la francophonie. L’excellence et l’équité sont possibles ici, malgré et aussi à cause de notre petite taille. Notre spécificité, qui comporte des contraintes, certes, peut devenir le levier de notre épanouissement. C’est un immense honneur pour moi, en tant que titulaire de la CRÉAcT, directeur de l’Observatoire Nord/Sud et fier membre de l’APPBUSA, de faire partie de cette magnifique aventure.

M. Clint Bruce