Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Trait d’Union, 11 février 2021)

(Note : Une version abrégée de cette chronique est parue dans le numéro 42 [11 février 2021] du Trait d’union, bulletin trimestriel destiné aux membres du personnel de l’Université Sainte-Anne.)

Pointe-de-l’Église, 26 février 2021 – Conformément aux principes de l’Université Sainte-Anne, l’implication des étudiantes et étudiants dans les activités de recherche trône en tête des priorités de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) et de l’Observatoire Nord/Sud. Il m’arrive de dire que nos assistantes et assistants de recherche servent de multiplicateurs de force—et c’est vrai. Même si le retour à la normale se fait attendre, les projets vont de l’avant, grâce en grande partie à notre équipe.

Ces derniers temps, plusieurs responsabilités sont confiées à Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire et étudiante à la maîtrise en Cultures et espaces francophones. Le lectorat du Courrier a eu la chance de bénéficier de ses connaissances sur la francophonie en Chine grâce à la chronique qu’elle a signée il y a deux semaines, fruit de ses recherches issues d’un séminaire de maîtrise. Parmi ses autres contributions, elle travaille de près avec Zoe Geddes, assistante de premier cycle, sur la collecte de données dans le cadre de notre enquête sur les jumelages de villes aux provinces Maritimes. 

Quant aux recherches en histoire, Audrey accompagne les démarches de Mykkaela Lutes, Bailey Ross et Joseph Cibalinda qui s’occupent du traitement de documents d’archives pour le projet « L’expérience acadienne au temps de l’esclavage ». Il s’agit d’étudier les relations entre Acadiens, d’une part, et Africains tenus en esclavage en Louisiane, d’autre part, aux 18e-19e siècles. C’est une facette moins connue de l’évolution de la diaspora acadienne, mais qui est à l’origine de beaucoup d’éléments de la culture cadienne grâce à la créolisation culturelle. Signalons que Joseph, étudiant en administration des affaires, vient de se joindre à l’équipe.

Pour donner une idée du type d’expérience que la CRÉAcT peut offrir – hors pandémie, certes – nous venons de lancer une capsule vidéo : « Une expérience de la diaspora acadienne : Yvette Comeau en Louisiane avec la CRÉAcT » (sur Facebook). Originaire de la Baie Sainte-Marie et également étudiante en Cultures et espaces francophones, Yvette a visité Lafayette et La Nouvelle-Orléans en avril 2019, dans le cadre d’un stage au sein de l’Observatoire Nord/Sud. C’était toute une découverte ! Dans ce mini-documentaire, elle fait part de ses souvenirs et de ses réflexions sur les affinités entre les communautés de la diaspora acadienne. De quoi nourrir son projet de maîtrise… sans parler des mets savoureux qu’elle a dégustés là-bas !

Yvette Comeau, stagiaire auprès de la CRÉAcT en 2018-19, explore les archives de l’Université de Louisiane à Lafayette.

Inspiré par ce voyage, son mémoire compare le maintien du lexique traditionnel dans les parlers français de la Baie Sainte-Marie et de la Louisiane (sous la direction de Chantal White, professeure de linguistique au Département d’études françaises). Elle a récemment décroché une bourse de rédaction décernée par l’Institut de recherche sur les cultures acadiennes et francophones dans le monde contemporain (ICAF) et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse.

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Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie

Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie (nos 36-37)

Dans ce numéro thématique, l’intersection « femmes et archives » sera examinée en tant qu’objet transversal et transdisciplinaire en études acadiennes permettant de rassembler des perspectives variées et de croiser différents regards à partir de sources matérielles de femmes. L’objectif principal sera de mieux appréhender la place des récits individuels dans notre compréhension du monde social. Que ce soit des études consacrées à la presse féminine, aux journaux intimes de femmes, aux pratiques linguistiques de femmes, aux correspondances de celles-ci, aux objets et rites, aux mobilités sociohistoriques, aux différentes formes d’intimités, aux formes de création artistique et littéraire, le pluralisme des vécus permettra de nuancer et enrichir notre compréhension de ce que constituent les vies de femmes, y compris de femmes minorisées et/ou racisées. Les études permettant des comparaisons avec d’autres sociétés sont les bienvenues.

Les récits individuels de femmes sont, en quelque sorte, des portraits performatifs (dans le sens de « doing gender ») qui permettent de contrer les perceptions socio-dominantes qui essentialisent les femmes comme des figures interchangeables participant au même groupe homogène. L’hétérogénéité des vécus individuels permettra d’examiner différents exemples (qui ne se veulent ni exhaustifs ni généralisables) de ce que constitue des vies de femmes d’hier à aujourd’hui. Le rapport entre les individus et la société sera au cœur de ce numéro en faisant valoir la pertinence des recherches en archives pour multiplier les récits de femmes et ainsi contrer l’idée reçue selon laquelle l’histoire des femmes est singulière.

Les propositions (300 mots) doivent parvenir à isabelle.leblanc@umoncton.ca avant le 1er avril 2021. Les manuscrits (6 500 mots) doivent être soumis au plus tard le 1er septembre 2021.

Just Published: A Special Dossier on Francophone Louisiana in the Journal Québec Studies

[TEXTE FRANÇAIS DISPONIBLE ICI.] Church Point (NS), 11 January 2021 – The most recent issue of the scholarly journal Québec Studies features a thematic dossier on the Francophonie in Louisiana, coordinated by Dr. Clint Bruce, Canada Research Chair in Acadian and Transnational Studies (CRÉAcT), and two of his colleagues, Dr. Nathan Rabalais, from the University of Louisiana at Lafayette, and Dr. Robin Anita White, from Nicholls State University in Thibodaux, Louisiana. The dossier brings together five groundbreaking studies under the indicative title, “Francophone Louisiana’s Cultural Flows” (issue 70, fall/winter 2020).

This publication project stems from a symposium organized by the three professors in November 2018, in New Orleans, as part of the biennial conference of the American Council for Québec Studies (ACQS). The mission of this association encompasses, in fact, research on the entire North American francophone community. Multidisciplinary and bilingual, the journal Québec Studies is directed by Dr. Amy R. Ransom (Central Michigan University) and published under the auspices of the ACQS in partnership with Liverpool University Press in the United Kingdom.

As with the 2018 conference, the articles in this issue explore different and lesser-known aspects of Franco-Louisiana culture as shaped by interactions with other areas of the French-speaking world. Having been admitted to the United States in 1812, Louisiana has always been characterized by its ethnoracial diversity and by intercultural encounters. Though the future of the French language may seem uncertain, Francophone life continues to be nourished by a variety of influences.

“The notion of ‘cultural flows,’ which was conceptualized by the Indian anthropologist Arjun Appadurai, refers to processes resulting from globalization and from which no society is insulated – including Louisiana in its French-speaking dimension,” says Professor Bruce. “In order to envision forms of cooperation with the francophone world, it is essential to understand these sociocultural dynamics, throughout history and at present.”

Such issues lie at the heart of the CRÉAcT’s research program, which focuses on the Acadian diaspora, and inform initiatives by the Observatoire Nord/Sud (North/South Observatory), the center associated with the Chair, located at Université Sainte-Anne’s Church Point campus. Both Dr. Rabalais and Dr. White are affiliated with the CRÉAcT.

The contributions represent various disciplines and span several eras, from the colonial period to the present day. The article by Dr. Angel Adams Parham, sociologist at Loyola University New Orleans, traces Creole community memory through the material legacy of masonry in New Orleans. Dr. Robin White highlights the symbolic significance of yellow fever epidemics as depicted in three nineteenth-century Franco-Louisianan novels. Considering the same period, Dr. Guillaume Pinson (Université Laval) analyzes the continental and transatlantic networks of the French-language press in Louisiana, which remained active until the early 1900s.

The Acadian diaspora is featured in the respective texts by Rachel Doherty (UL-Lafayette) and Dr. Clint Bruce. A doctoral student at Lafayette and former CRÉAcT intern (2017-18), Doherty questions the treatment—or rather the erasure—of racism in the poem Amédé by the renowned Nova Scotian writer Georgette LeBlanc, a work that reimagines the murder of a black musician during the Great Depression. From a different angle, Bruce’s study examines the twinning of towns in Louisiana with Francophone municipalities in Atlantic Canada, a phenomenon that dates back to the early 1970s and which can serve to strengthen Acadian identity. His article shares the initial results of a project undertaken by the Observatoire Nord/Sud, “Cities Have a Family: A Survey of Municipal Twinnings in the Maritime Provinces.”

The publication of this dossier in Québec Studies illustrates the CRÉAcT’s dynamism within Francophone studies as well as the growing role of Université Sainte-Anne as a center of excellence in research.

To learn more about the dossier “Francophone Louisiana’s Cultural Flows,” please visit the website of the journal Québec Studies.

About Université Sainte-Anne

Université Sainte-Anne, the only French language post-secondary institution in Nova Scotia, offers university and college-level courses as well as a French immersion program and customized training in French as a second language. Recognized for its excellent programs as well as its unique and exceptional living environment, Sainte-Anne offers experiential learning opportunities that promote student engagement and success, and an atmosphere which encourages a culture of excellence in research and development. Solidly established in its community, Université Sainte-Anne is a partner of choice for all those who wish to strengthen the vitality of the regions surrounding its 5 campuses as well as all of Acadie throughout Nova Scotia.

For more information

Rachelle LeBlanc, Director of Communications and Marketing
Université Sainte-Anne
Tel.: 902-769-2114 Extension 7222
rachelle.leblanc@usainteanne.ca

Un an après… le colloque sur les médias francophones

L’automne dernier, l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, en collaboration avec La Société acadienne de Clare, accueillait le colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne, Les médias francophones sous toutes leurs coutures : rôles, défis, occasions dans un environnements en changement. Un cahier rétrospectif a été préparé pour marquer l’anniversaire de cette importante manifestation scientifique et intersectorielle, susceptible d’interpeller toute personne intéressée par la situation des médias à l’heure actuelle.

La version électronique est disponible ici.

La conception et la mise en pages ont été confiées à Alexandre Pirottin, en concertation avec Stephanie LeBlanc du Courrier de la Nouvelle-Écosse. Ce projet de publication a bénéficié du soutien direct du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, du Patrimoine canadien et des Affaires acadiennes et Francophonie de la Nouvelle-Écosse.

Pour ce qui est de la diffusion des travaux scientifiques, un numéro thématique de Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes est en cours de préparation.

Qui plus est, les enregistrements de plusieurs conférences plénières et tables rondes peuvent être visionnés à travers la chaîne TV Sainte-Anne…

Ouverture officielle du colloque (RRF 2019)
Conférence d’honneur du professeur Sylvain Lafrance, « Nouveaux enjeux du monde médiatique au Canada français : pistes de solution»
Conférence d’honneur du professeur Luné Roc Pierre-Louis, «Les métamorphoses du folklorisme médiatique dans les arcanes du populisme : une herméneutique de la production médiatique haïtienne contemporaine»
Table ronde : Le pouvoir des médias dans la francophonie canadienne (RRF 2019)

– Marie Hélène Eddie, U. d’Ottawa et webzine Astheure.com
– Omayra Issa, Radio-Canada Saskatchewan
– Linda Lauzon, Association de la presse francophone
– Jason Ouellette, Radios communautaires CJPN, CKMA, CHQC
– Cyrille Simard, Ville d’Edmundston
– Présidente : Michelle Landry, U. de Moncton
Table ronde : Communications et relations publiques en milieu minoritaire francophone (RRF 2019)

– Rachelle LeBlanc, U. Sainte-Anne
– Amy Paradis, Municipalité de Clare
– Serge Quinty, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
– Présidente : Natalie Robichaud, Société acadienne de Clare

Bonnes découvertes n’oubliez pas d’appuyer vos médias communautaires francophones !

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet», par Éva Guillorel, Patrice Nicolas et Nathan Rabalais

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

L’identité culturelle des gens dans une société donnée n’est pas forcément reflétée dans les discours émanant de l’élite et des institutions officielles. Beaucoup s’en faut. Cette problématique traverse comme un fil rouge les recherches de trois spécialistes des études acadiennes œuvrant au sein du collectif Repenser l’Acadie dans le monde, à savoir Éva Guillorel (Université de Caen Normandie), Patrice Nicolas (Université de Moncton) et Nathan Rabalais (Université de Louisiane à Lafayette). À la suite d’une séance de réflexion, ces chercheur-e-s ont exploré les points de convergence et de divergence entre leurs projets respectifs dans un billet de blogue fort stimulant : «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet» (lire ici).

Force est de souligner, comme le font ici les auteur-e-s, la diversité de leurs perspectives, «en lien avec leurs formations disciplinaires variées et les périodes chronologiques différenciées qu’ils privilégient» :

Éva Guillorel s’intéresse à la mémoire des conflits franco-anglais de la guerre de Sept Ans à travers les chansons de tradition orale acadiennes ; Patrice Nicolas analyse la circulation de motifs narratifs dans une chanson connue en Acadie mais dont les racines littéraires et musicales remontent à la Renaissance européenne ; Nathan Rabalais fait une comparaison entre l’expression culturelle et identitaire acadienne et louisianaise à travers les mèmes humoristiques postés sur les réseaux sociaux.

Or, la transmission culturelle demeure un enjeu commun :

Le principal point commun qui émerge est la question de l’adaptation locale de schémas culturels préexistants à travers des formes narratives qui expriment des marques d’identité. La dimension sonore (pour les chansons) et visuelle (pour les mèmes) est essentielle et, quel que soit le support de diffusion, la langue orale et ses expressions régionales sont au cœur du propos.

Ce sont justement des interconnexions de ce genre, avec les dialogues qu’elles peuvent susciter, qui sont valorisées par le projet Repenser l’Acadie dans le monde, d’autant plus qu’il s’agit de circulations transatlantiques et transnationales. Bonne lecture et bonnes découvertes !

Pour en savoir davantages sur ces chercheur-e-s, consulter la page des profils sur le site de Repenser l’Acadie dans le monde.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Image de la couverture : Georges Island viewed from Halifax, with McNabs Island in the background. Crédit photo : Andrew Crawford, 2010; source : WikiCommons, sous la licence CC BY-SA 3.0.

Parcs Canada vient de faire une annonce qui suscite l’enthousiasme des passionnés d’histoire acadienne. Du 8 août a 6 septembre 2020, des visites seront permises au Lieu historique national de l’Île-Georges. En temps normal, ce site est fermé au public. Située dans le havre d’Halifax, où on la voit aisément depuis le marché des fermiers du bord de mer, cette petite île renferme un passé funeste en ce qui concerne le sort des victimes du Grand Dérangement au milieu du 18e siècle. Voici l’explication qui est donnée dans le résumé de l’article que nous mettons en vedette cette semaine : «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764» par Ronnie-Gilles LeBlanc, paru en 2012 dans Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes [1] :

L’île Georges, sise dans le havre d’Halifax, a servi de lieu de détention pour des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens durant l’époque de la Déportation, de 1755 à 1762. Parmi les premiers prisonniers détenus dans l’île figurent les députés acadiens qui ont refusé de prêter un serment inconditionnel devant le conseil du gouverneur, en juillet 1755. Peu après leur départ, une cinquantaine de personnes de Mirligouèche ou Lunenburg sont déportées en Caroline du Nord à partir de l’île, en novembre 1755. Ce sera la première de deux déportations en provenance de l’île, car des familles de la région de Cap-Sable et de la rivière Saint-Jean y seront gardées prisonnières en attendant leur déplacement forcé en novembre 1759. Une autre déportation, celle de 1762, se fera à partir de la ville d’Halifax même et elle comprendra plus de 900 personnes, pour la plupart des familles qui ont échappé à la déportation et qui ont offert une farouche résistance aux troupes britanniques entre 1755 et 1760. Enfin, à compter de novembre 1764, des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens quitteront Halifax pour une vie meilleure en Louisiane, alors que d’autres y demeureront encore quelque temps avant de s’établir un peu partout dans la région atlantique.

En plus d’un examen de l’évolution du site et des conditions de vie des familles acadiennes y ayant été emprisonnées, l’article de LeBlanc comporte également un recensement de ces dernières (p. 73-76), une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à des trajectoires individuelles. Je pense, par exemple, aux ancêtres de Désirée Martin (1830-1877), Louisianaise à qui j’ai consacré une étude dans l’ouvrage Paroles et regards de femmes en Acadie [2]. Alors que son autobiographique évoque une aïeule déportée en Virginie (en réalité, au Maryland), deux autres arrière-grands-parents sont passés par le centre de détention de l’île Georges. Il s’agit de Joseph Martin (1738-v. 1785), originaire de Beaubassin, et Marguerite Pitre (1740-v. 1807). Réfugiés en Acadie française où ils se sont mariés en 1760, ils ont été capturés et emmenés à Halifax, jusqu’à leur départ pour la Louisiane via Saint-Domingue.

The Town and Harbour of Halifax as it appears from George’s Island, 1759, by James Mason after Richard Short & Dominic Serres. Engraving based upon sketches by Richard Short from which Dominic Serres’ The Elder’ painted an original oil painting, which in turn was engraved by James Mason, in 1760. (Image dans le domaine public; source : commons.wikimedia.org)

Grâce au travail minutieux de Ronnie-Gilles LeBlanc, nous pouvons mieux saisir ces aspects troublants de la formation de la diaspora acadienne – et mieux écouter les échos du passé en mettant les pieds sur l’île Georges… pendant qu’il est encore temps.

RÉFÉRENCES

[1] LeBlanc, Ronnie-Gilles. « Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755–1764. » Port Acadie, numéro 22-23, automne 2012, printemps 2013, p. 43–76. https://doi.org/10.7202/1014976ar

[2] Bruce, Clint (2020b), « De l’acadianité en contexte louisianais : Les Veillées d’une soeur, ou le destin d’un brin de mousse (1877), autobiographie de Désirée Martin », dans Jimmy Thibeault, Michael Poplyansky, Stéphanie St-Pierre et Chantal White (dirs), Paroles et regards de femmes en Acadie, CEFAN/Presses de l’Université Laval (collection : «Culture française d’Amérique»), p. 131-160.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… «Les traces et les temps du Grand Dérangement» par Adeline Vasquez-Parra, Nicole Gilhuis et Gregory Kennedy

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Comprendre l’expérience acadienne du point de vue historique, c’est nécessairement sortir des généralisations faciles pour rendre compte de la diversité des expériences et des trajectoires vécues. C’est le sens même de plusieurs projets de recherche associés au collectif Repenser l’Acadie dans le monde : études comparées, études transnationales. Relevant d’une collaboration entre l’Observatoire Nord/Sud et l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, cette initiative pluridisciplinaire réunit plus d’une vingtaine de chercheur·e·s issu·e·s d’horizons divers. Son but : renouveler la recherche fondamantale en études acadiennes en tirant profit d’approches et de paradigmes jusqu’ici inexplorés.

En ce qui concerne l’étude de l’Acadie coloniale, la promesse de ces nouvelles perspectives ont récemment fait l’objet d’une discussion entre trois historien·ne·s, en provenance de trois pays différents, à savoir Nicole Gilhuis (Université de California à Los Angeles), Gregory Kennedy (Université de Moncton) et Adeline Vasquez-Parra (Université Libre de Bruxelles). Il en est sorti un texte de réflexion fort éclairant, paru sur le blogue du projet : «Les traces et les temps du Grand Dérangement».

En voici l’entrée en matière :

Nous avons tendance à généraliser la société coloniale acadienne ainsi que l’impact du Grand Dérangement. Rétrospectivement, nous caractérisons cette petite société par sa neutralité supposée, son mode de vie agricole et ses assez bonnes relations avec les Autochtones. Nous supposons une expérience d’exil toujours rassembleur autour du référent identitaire acadien. Grâce aux travaux récents, nous sommes conscients que les parcours des réfugiés étaient différents. Certes, il est bien logique d’imaginer que les Acadiens déportés en Nouvelle-Angleterre ont subi un cauchemar distinct de celui vécu par les gens ayant fui et qui sont arrivés à Québec pendant la Guerre de Sept ans. Nous pouvons identifier différents défis particuliers pour les réfugiés en France, au Saint-Domingue et en Louisiane. Nos travaux démontrent que nous devrions distinguer davantage ces parcours et les mentalités des acteurs historiques concernés. Si nous sommes déjà conscients des différences par endroit, nos recherches signalent également l’importance du cadre temporel et de la disparition de plusieurs personnes dans les archives.

Comment faire revivre ces fantômes de l’ancienne Acadie? C’est justement la tâche ardue mais si passionnante de la recherche historique…

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

Image de couverture : Acte de décès de Jean-Baptiste Orrillon, accadien de nation, au Bébé, quartier de Bombarde (Haïti) (ANOM, registres d’état civil, Saint-Domingue, La Bombarde, 1785)

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Michael Poplyansky, «Francophone ou acadien : indécision identitaire au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, 1968-1973»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Comment les minorités francophones des provinces Maritimes ont-elles composé avec les grandes mutations sociales survenues à partir des années 1960? La population acadienne pouvait-elle garder la même définition d’elle-même, comme si de rien n’était? Historien à la Cité universitaire francophone de l’Université de Regina (Saskatchewan), anciennement professeur invité à l’Université Sainte-Anne, Michael Poplyansky explore cette problématique dans un article passionnant : «Francophone ou acadien : indécision identitaire au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse 1968–1973», paru dans la revue Port Acadie en 2015 (numéro 27, p. 63-81). En voici le résumé :

La fin des années 1960 et le début des années 1970 marquent un changement discursif important pour les minorités franco-canadiennes. Plutôt que d’utiliser les appellations historiques de « Canadien français » ou d’« Acadien », elles commencent à s’identifier simplement comme « francophone ». En se penchant sur les débats entourant la fondation de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, cet article cherche à expliquer le bref attrait qu’exerça le vocable « francophone » en Acadie. L’article l’attribue à un désir d’inclusion par rapport aux individus n’ayant pas de lien généalogique avec la Déportation et à une volonté de se solidariser avec la lutte autonomiste des Québécois. Pourtant, l’article conclut que l’engouement pour le terme « francophone » n’a pas duré en Acadie, notamment à cause de la résistance populaire et de l’impraticabilité de toute tentative de « fusion » entre les peuples acadien et québécois.

De quoi enrichir votre compréhension, en complément du percutant documentaire L’Acadie, l’Acadie ?!? (1971) ou de l’ouvrage de Joel Belliveau, Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie.

Parti acadien et la quête d'un paradis perdu (Le)

À noter que le professeur Poplyansky est également l’auteur d’un livre marquant, Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu (2018). Cet ouvrage sur le mouvement autonomiste au Nouveau-Brunswick vient d’ailleurs de remporter le prix France-Acadie 2020. Il est également l’un des collaborateurs de la CRÉAcT : avec Joel Belliveau, Anne-Andrée Denault, Stéphanie Saint-Pierre et moi-même, Poplyansky prépare un ouvrage collectif à paraître aux Presses de l’Université Laval, La dimension oubliée des années 1968 : Mobilisations politiques et culturelles des minorités nationales en Amérique du Nord.

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Les lettres fantômes du Grand Dérangement, retrouvées par Jean-François Mouhot

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Pendant longtemps, les voix et les perspectives des Acadiennes et Acadiens dispersés pendant le Grand Dérangement nous ont semblées plus ou moins inaccessibles. Certes, il y avait des documents à caractère officiel, notamment des pétitions réclamant de meilleures conditions. Pour précieux qu’ils soient, ces textes demeurent d’une portée limitée. Les spécialistes savaient pourtant qu’une abondante correspondante entre les exilés avait eu lieu pendant ces années terribles. À la différence des pétitions, ces lettres pouvaient jeter un éclairage sur les rapports entre des membres de familles et de communautés très éloignés les uns des autres, à la faveur des réseaux de communication du monde atlantique. Où étaient-elles?

C’est à l’historien français Jean-François Mouhot que revient l’honneur d’avoir retrouvé et réuni un certain nombre de ces «lettres fantômes» enfouies dans les archives françaises. Auteur de l’ouvrage Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785 – L’impossible réintégration? (Septentrion, 2009), Mouhot a eu l’heureux réflexe de mettre ses sources documentaires à la disposition du public. En plus d’une base de données consultable, plus d’une quinzaine de ces lettres ont été reproduites dans deux articles parus dans la revue Acadiensis (cliquez sur le titre pour accéder au texte) :

Cette dernière trouvaille, c’est-à-dire la lettre écrite par un jeune Acadien qui venait d’arriver en Louisiane, en dit long sur les espoirs des réfugiés de refaire leur vie dans cette terre d’accueil sous l’égide de la couronne espagnole. En voici un extrait :

La terre rapporte ici tout ce que l’on y veut semer. Blés de France, mahy et riz, patates, giraumont, pistaches, toutes sortes de légumes, lin, coton. Il n’y manque que du monde pour le cultiver. On y fait de l’indigo, du sucre, des oranges, et des pêches y viennent comme les pommes en France. On nous concède 6 arpents aux gens mariés et 4 et 5 aux jeunes gens, ainsi on a l’avantage, mon cher père, d’être sur sa terre, et de dire j’ai un chez moi. Le bois y est très commun, on en fait un grand commerce, pour les constructions et pour les bâtiments des maisons au cap et autres îles. Une personne qui veut s’adonner au bien et mettre sa peine sera à son aise en peu d’années. C’est un pays immense, vous pouvez y venir hardiment avec ma chère mère et toutes les autres familles acadiennes. Ils seront toujours mieux qu’en France. 

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

Image de la couverture : Dessin tiré du livre Lonely Ships and Lonely Seas par Ralph Paine. Dessins de George Avison. The Century Co., New York, 1921. P. 384.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Laurence Arrighi et Émilie Urbain, «’Wake up Québec’ : du recours aux communautés francophones minoritaires dans le discours visant l’émancipation nationale du Québec»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera chaque vendredi un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Arrighi, Laurence et Émilie Urbain. « « Wake up Québec » : du recours aux communautés francophones minoritaires dans le discours visant l’émancipation nationale du Québec. » Francophonies d’Amérique 42-43 (automne 2016, printemps 2017), p. 105–124.

Il existe au Québec, foyer de l’Amérique francophone, une réelle volonté de tisser et de renforcer des liens avec d’autres communautés francophones et francophiles ailleurs au Canada et même aux États-Unis. En fait foi l’existence du Centre de la francophonie des Amériques, créé en 2008, qui multiplie les initiatives en ce sens. Cependant, une autre orientation se manifeste très souvent dans le discours public au Québec : la tendance à citer ces milieux minoritaires «hors Québec» en contre-exemples, en véritables présages de la menace qui pèse sur l’avenir de la société québécoise. Depuis quelques années, les termes acadianisation et louisianisation en sont venus à exprimer cette perception dépréciative, parfois jusqu’au dénigrement. L’Acadie et la Louisiane deviennent ainsi des repoussoirs, sans considération pour leurs réalités propres.

C’est ce phénomène, tel qu’il se déploie dans les médias, qu’explorent les sociolinguistiques Laurence Arrighi, professeure à l’Université de Moncton, campus de Moncton, et Émilie Urbain, qui enseigne à Carleton University en Ontario. Elles écrivent : 

« Wake up Québec » (Haché, 2014) est le leitmotiv des chroniqueurs.
D’un texte et d’un auteur à l’autre, l’argument est semblable, tout
comme la construction rhétorique du propos, ou encore les champs
lexicaux employés. Vocabulaires empruntés au risque, à la menace, à la
maladie sont ainsi mis à contribution pour rappeler que l’anglicisation se
répandrait au Québec, tout comme elle aurait déjà submergé les autres
communautés francophones du continent. Ce sont alors les pratiques
linguistiques mixtes prêtées aux locuteurs de ces communautés qui sont
surtout mentionnées pour appuyer le propos. (p. 106)

La lecture de cet article aussi éclairant que passionnant fait lumière sur certains obstacles à l’intensification de la solidarité francophone à l’échelle du continent.

Bonne lecture et bonne réflexion !

M. Clint Bruce