Le 13 décembre, Jour du souvenir acadien : un peu de contexte / December 13, Acadian Remembrance Day: Some Essential Background

Peeking bravely over the Gulf of Maine, Cape Saint Mary (Nova Scotia) offers one of Clare’s most majestic views, appreciated by locals and visitors alike. In the summer of 2018, the Cape Saint Mary Lighthouse Park became an important commemorative site upon the inauguration of a poignant, commanding monument in honor of fishermen and all residents from our community who have lost their lives at sea. (Click here to learn more about this project and the sculpture by artist Mark Graff, « Coming Home. ») A decision was made to underscore the link between these tragic deaths and the victims of shipwrecks during the years of the Acadian Deportation, or Grand Dérangement. This human catastrophe, both a crime and a sacrifice, is recalled each December 13th, known as the Acadian Remembrance Day. It was an honor for me to work with Édouard LeBlanc in composing the text for a panel designed by Denise Saulnier for the Municipality of Clare and the Société acadienne de Clare. Though succinct, our explanations draw from original accounts, published research, and consultation with Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) who kindly shared his latest findings and estimations. On this Acadian Remembrance Day 2020, it seems appropriate to make this content available to any and all, near and far. Please note that the English versions follow the French.

Surplombant avec intrépidité le golfe du Maine, le cap Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) offre l’une des vues panoramiques les plus majestueuses de la région de Clare. Or, en été 2018, le Parc du phare au cap Sainte-Marie est devenu un important site commémoratif suite à l’inauguration d’un touchant et imposant monument en l’honneur des pêcheurs et de tous les résidents de notre communauté ayant perdu la vie en mer. (Cliquez ici pour en savoir davantage sur ce projet et sur la sculpture de l’artiste Mark Graff, «Coming Home».) La décision avait été prise de souligner le lien entre ces morts tragiques, d’une part, et le souvenir des victimes des naufrages pendant la Déportation des Acadiens ou le Grand Dérangement, d’autre part. Ce désastre humain, à la fois crime et sacrifice, est rappelé chaque 13 décembre à l’occasion du Jour du souvenir acadien. C’était un honneur pour moi de collaborer avec monsieur Édouard LeBlanc à la préparation d’un texte destiné au panneau conçu par Denise Saulnier pour le compte de la Municipalité de Clare et de la Société acadienne de Clare. Quoique succinctes, nos explications s’appuient sur des documents historiques, des travaux publiés et une consultation avec Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) qui a eu la bonté de me faire part de ses plus récentes recherches. En ce Jour du souvenir acadien 2020, il m’a semblé juste et digne de mettre ce contenu à la disposition de tout le monde, partout au monde.

Victimes des naufrages pendant le Grand Dérangement (The English version follows below.)

Le monument aux personnes noyées de Clare incite à nous rappeler que de nombreux Acadiens et Acadiennes perdirent la vie à l’époque des Déportations par les autorités britanniques, entre 1755 et 1763. Sur une population totale de plus de 14 000, on estime environ 3 000 décès, dont un grand nombre pendant les voyages en mer.

En 1758, près de 800 déportés moururent lors de la perte de trois navires de la marine anglaise : le Violet, le Duke William et le Ruby. Ces bâtiments faisaient partie de convois chargés d’évacuer de force la population acadienne de l’Île Saint- Jean (l’Île-du-Prince-Édouard) après la chute de Louisbourg, forteresse française de l’Île Royale (le Cap-Breton), à l’été 1758. Ayant pris le large le 25 novembre, le Violet et le Duke William transportaient 583 prisonniers. À l’approche des côtes d’Angleterre, des fuites se déclarèrent dans les deux vaisseaux. Le Violet sombra le 12 décembre, à quelques encâblures du Duke William dont l’équipage et les passagers acadiens déployaient des efforts désespérés. Le lendemain, le bateau fut abandonné par ses marins, accompagnés du curé de l’île Saint-Jean, Jacques Girard. Il coula peu après; seulement quatre Acadiens purent gagner le littoral.

Ce désastre figure parmi les accidents les plus meurtriers de l’histoire de la Royal Navy. Dans une lettre écrite à Penzance (Cornouailles), le capitaine William Nichols prétendait que ses captifs s’étaient résignés à leur sort : « Ils se sont comportés avec la plus grande intrépidité et, jusqu’à leurs derniers instants, ils ont agi avec une grande force d’âme. »

Quant au Ruby, qui se dirigeait vers St-Malo (France) avec 310 Acadiennes et Acadiens à bord, celui-ci s’échoua dans les Açores le 16 décembre 1758. Un rapport signala la disparition tragique de 190 passagers.

Victims of shipwrecks during the Grand Dérangement

The Lost to the Sea monument for the Municipality of Clare invites us to remember that numerous Acadian men and women lost their lives at the time of the Deportations by British authorities, between 1755 and 1763. Out of a total population of more than 14,000, we estimate approximately 3,000 deaths, of which a great number occurred at sea.

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Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Trait d’Union et Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 11 décembre 2020)

(Note : Une version abrégée de cette chronique est parue dans le numéro 41 du Trait d’union, bulletin trimestriel destiné aux membres du personnel de l’Université Sainte-Anne.)

«Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 11 décembre 2020 – Un peu partout, le constat se fait entendre : oui, les conditions que nous vivons en raison de la pandémie ont perturbé bien des projets, mais du coup, de nouvelles possibilités de dialogue et de collaboration se révèlent. Les activités récentes de l’Observatoire Nord/Sud, centre rattaché à la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), s’inscrivent pleinement dans cette dynamique.

Ce qui suivra va donner l’impression que mon équipe et moi avons mené une existence purement virtuelle ces derniers mois. Cette impression sera erronée. La preuve : juste avant la rentrée, nous avons visité l’île Georges, à Halifax, pour découvrir ce site, normalement fermé, qui servit de camp de détention pendant le Grand Dérangement. Le lectorat du Courrier se rappellera que cette excursion est racontée dans ma chronique du 23 septembre (« L’île Georges à Halifax, au cœur de la mémoire acadienne »).

Nous avons également eu le plaisir d’accueillir le professeur Yves Frenette, historien de l’Université de Saint-Boniface et titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones. Sa visite à la Baie Sainte-Marie a eu lieu il y a quelques semaines, avant que la situation ne se dégrade, afin de discuter d’un vaste projet de recherche qu’il chapeaute : Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940. Entrepris avec le Centre acadien et la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, notre volet étudiera le va-et-vient migratoire entre le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et les États de la Nouvelle-Angleterre. De belles initiatives se préparent déjà pour le Congrès mondial acadien 2024!

Reste que, en dehors de ces rares percées dans le présentiel, les activités virtuelles ont pris le dessus.

Lire la suite sur le site du Courrier de la Nouvelle-Écosse

D’une francophonie à l’autre : entretien avec Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud

Étudiante à la maîtrise en Cultures et espaces francophones à l’Université Sainte-Anne, Audrey Paquette-Verdon assure la coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud, le centre de recherche relevant de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). Boursière de la CRÉAcT, elle explique ici son intérêt pour le domaine des études francophones.

D’où êtes-vous originaire et quel a été votre cheminement jusqu’ici? 
Je suis originaire de St-Eustache, au Québec. J’ai déménagé à l’âge de 12 ans au Nouveau-Brunswick, sur l’Île Miscou, plus connue sous le nom de «l’île du bout du monde.» Ce déménagement dans une autre province, et à plus de 1000 km de distance de mon chez-moi, a été un grand changement, puisque j’ai passé d’une grande ville à petit milieu insulaire. Mes parents vivent encore à l’Île Miscou, et pour ma part, j’y étais jusqu’à mon arrivée à l’Université Sainte-Anne, il y a cinq ans. Je viens de terminer un baccalauréat en éducation avec une majeure en histoire et une mineure en français. J’entame maintenant la maîtrise en Cultures et espaces francophones dans la même institution.

Qu’est-ce que vous étudiez et dans quel but ? 
Je commence tout juste la maîtrise en Cultures et espaces francophones. Puisque je viens de terminer mon baccalauréat de cinq ans en éducation, j’ai l’intention d’intégrer le côté pédagogique dans l’élaboration de mon mémoire. Cette maîtrise rejoint exactement tous les aspects que je veux explorer. Mon projet de mémoire portera sur la représentation des minorités ethnoraciales dans les cursus scolaires au Canada atlantique. En tant qu’enseignante, j’espère que cette recherche pourra aider les écoles.  

Comment expliquer votre intérêt pour la culture acadienne et pour les cultures francophones ? 
Pour la culture acadienne, mon intérêt est plutôt venu lorsque j’ai déménagé au Nouveau-Brunswick. Le choc des cultures, que ce soit sur la plan linguistique ou au niveau de la nourriture ou de la musique, était grand. Mon emploi d’été lorsque j’étais étudiante au baccalauréat en éducation se faisait à la Société historique Nicolas-Denys (SHND). Cet emploi m’a certainement fait découvrir des dimensions plus amples au sujet des Acadiens, de leurs origines, de ce sentiment de famille et de cette volonté de découvrir sa généalogie chez les Acadiens.  

En quoi consiste votre travail pour la Chaire ?
Je suis coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud. Mes tâches touchent principalement la gestion de l’Observatoire, l’organisation des activités de la CRÉAcT ou d’autres initiatives du professeur Clint Bruce. Un autre côté de mon travail consiste à la formation continue. Tout au long de mon contrat, je vais suivre différentes formations, assister à des conférences, développer mes compétences en technologies, approfondir mes connaissances en histoire. De plus, j’aide monsieur Bruce à poursuivre ses recherches, y compris en encadrant les assistant-e-s de premier cycle. 

Qu’est-ce que vous aimez faire comme passetemps/divertissement ? Quels sont vos autres intérêts intellectuels ?
J’ai toujours aimé apprendre différentes langues. J’aime découvrir les différentes expressions, les dialectes, etc. La musique d’ici et d’ailleurs représente pour moi une grande passion. J’adore découvrir l’histoire derrière la chanson, le musicien ou le groupe, le style de musique, le choix des instruments. Sur un plan plus personnel, je suis ce que l’on appelle une « geek ». Je raffole des grands classiques du cinéma tels que Le Seigneur des Anneaux et Star Wars. J’assiste parfois à des conventions où d’autres personnes partagent les mêmes passions que moi pour les jeux vidéos, les films et les dessins animés japonais.  

Dans quelle mesure est-ce que ce poste au sein de l’Observatoire Nord/Sud contribuera à votre développement professionnel (ou autre)? 
En tant qu’enseignante d’histoire et de français, le travail de coordination à l’Observatoire m’a déjà beaucoup aidée à envisager le genre d’enseignante que je voudrais être pour mes élèves. De plus, le perfectionnement grâce aux formations, aux conférences et aux instruments technologiques pourront m’aider dans la préparation des leçons dans le cadre des cours que je vais enseigner. La recherche historique avec monsieur Bruce pourra m’amener à améliorer mes connaissances au sujet de l’histoire, de la recherche, et cela permettra non seulement de donner à mes élèves une meilleure qualité d’enseignement, mais aussi de leur partager mon savoir acquis au fil de la recherche.  

Un an après… le colloque sur les médias francophones

L’automne dernier, l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, en collaboration avec La Société acadienne de Clare, accueillait le colloque du Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne, Les médias francophones sous toutes leurs coutures : rôles, défis, occasions dans un environnements en changement. Un cahier rétrospectif a été préparé pour marquer l’anniversaire de cette importante manifestation scientifique et intersectorielle, susceptible d’interpeller toute personne intéressée par la situation des médias à l’heure actuelle.

La version électronique est disponible ici.

La conception et la mise en pages ont été confiées à Alexandre Pirottin, en concertation avec Stephanie LeBlanc du Courrier de la Nouvelle-Écosse. Ce projet de publication a bénéficié du soutien direct du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, du Patrimoine canadien et des Affaires acadiennes et Francophonie de la Nouvelle-Écosse.

Pour ce qui est de la diffusion des travaux scientifiques, un numéro thématique de Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes est en cours de préparation.

Qui plus est, les enregistrements de plusieurs conférences plénières et tables rondes peuvent être visionnés à travers la chaîne TV Sainte-Anne…

Ouverture officielle du colloque (RRF 2019)
Conférence d’honneur du professeur Sylvain Lafrance, « Nouveaux enjeux du monde médiatique au Canada français : pistes de solution»
Conférence d’honneur du professeur Luné Roc Pierre-Louis, «Les métamorphoses du folklorisme médiatique dans les arcanes du populisme : une herméneutique de la production médiatique haïtienne contemporaine»
Table ronde : Le pouvoir des médias dans la francophonie canadienne (RRF 2019)

– Marie Hélène Eddie, U. d’Ottawa et webzine Astheure.com
– Omayra Issa, Radio-Canada Saskatchewan
– Linda Lauzon, Association de la presse francophone
– Jason Ouellette, Radios communautaires CJPN, CKMA, CHQC
– Cyrille Simard, Ville d’Edmundston
– Présidente : Michelle Landry, U. de Moncton
Table ronde : Communications et relations publiques en milieu minoritaire francophone (RRF 2019)

– Rachelle LeBlanc, U. Sainte-Anne
– Amy Paradis, Municipalité de Clare
– Serge Quinty, Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
– Présidente : Natalie Robichaud, Société acadienne de Clare

Bonnes découvertes n’oubliez pas d’appuyer vos médias communautaires francophones !

Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Trait d’union, no 40, 2 octobre 2020)

Cette chronique est parue dans le numéro 40 (2 octobre 2020) du Trait d’union, bulletin trimestriel destiné aux membres du personnel de l’Université Sainte-Anne.

Depuis deux ans maintenant, la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), que j’ai l’honneur d’exercer au département des Sciences humaines, à côté de la CRÉAF (titulaire – Jimmy Thibeault) en Études françaises, se déploie à partir de ses locaux situés au deuxième étage de la Bibliothèque Louis-R.-Comeau. Ce centre s’appelle l’Observatoire Nord/Sud. 

Qu’est-ce qu’un observatoire ? Quel rapport y a-t-il avec l’astronomie ? Ce sont des questions qui m’ont été posées à plusieurs reprises. Cette nouvelle chronique dans le Trait d’union permettra d’élucider la vocation et les activités de ce laboratoire qui a été établi grâce à une subvention conjointe de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) et de la Nova Scotia Research and Innovation Trust (NSRIT), avec une importante contribution de l’Université Sainte-Anne.

Si vous vous rendez à l’Observatoire Nord/Sud, vous n’y trouverez pas de télescopes. Un observatoire en sciences humaines et sociales, c’est plutôt un établissement scientifique destiné à suivre un phénomène social, culturel ou économique. Conformément au programme de recherche de la CRÉAcT, l’Observatoire Nord/Sud est voué à l’étude de la diaspora acadienne, de l’Acadie dans sa dimension internationale et, plus largement, de la francophonie multiculturelle. Cette mission se concrétise, bien sûr, à travers des projets sur des thèmes spécifiques : par exemple, les jumelages internationaux de villes ou, du côté historique, l’émergence des contacts entre l’Acadie des Maritimes et la communauté d’origine acadienne en Louisiane.

Photo 1 : Un atelier en recherche documentaire offert en novembre 2019 par le professeur Gregory Kennedy de l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, l’un des partenaires de l’Observatoire Nord/Sud.

Au départ, le binaire Nord/Sud renvoie justement aux Maritimes et à la Louisiane. Toutefois, plus ça ira, plus il s’agira de développer des liens avec le Sud global, aux Antilles et en Afrique.

Les locaux de l’Observatoire Nord/Sud sont composés de plusieurs aires. Il y a des postes de travail pour moi, en tant que directeur et titulaire de la CRÉAcT, et pour les assistantes et les assistants de recherche qui forment l’équipe de la chaire. L’aire principale est occupée par l’Espace d’animation Murielle-Comeau, où se tiennent réunions, conférences et ateliers. L’Observatoire est également doté d’un studio multimédia pour la création de produits audiovisuels et pour la webdiffusion. Enfin, une autre salle sert de laboratoire de numérisation, avec des équipements à cet effet, et de bibliothèque de la CRÉAcT.

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Atelier d’initiation au logiciel MaxQDA (29 septembre 2020) : quelques remarques d’appréciation

En plus de ses activités pour le public, l’Observatoire Nord/Sud s’efforce également d’enrichir les compétences en recherche au sein de la communauté universitaire. Nous tenons donc à remercier Tommy Berger, étudiant à l’Université de Montréal et assistant de recherche auprès de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML, Université de Moncton), d’avoir accepté d’offrir une formation au logiciel MaxQDA, le 29 septembre 2020. Développé et distribué par VERBI Software, basé en Allemagne, celui-ci est utilisé pour l’analyse de données qualitatives provenant de documents comme des transcriptions d’entretiens, des articles de presse, des enregistrements sonores et même des vidéos.

Une quinzaine de personnes – professeur·e·s et étudiant·e·s, notamment dans le programme de maîtrise en Cultures et espaces francophones – ont assisté à cet atelier virtuel. Plusieurs ont désormais l’intention d’employer MaxQDA dans leurs projets de recherche…

«La formation de MaxQDA offerte par Tommy Berger et organisée par l’Observatoire Nord-Sud était une superbe initiation à cet outil qui permet de coder une grande quantité de données textuelles, audio ou visuelles. J’ai particulièrement apprécié le fait que la formation était donnée par un étudiant au cycle supérieur, lui-même récemment initié aux possibilités de cet outil à travers un assistanat de recherche, qui s’en sert maintenant dans l’analyse de ses propres corpus. C’était à la fois convivial et instructif!»


– Chantal White, professeure de linguistique, Département d’études françaises

«Grâce à cet atelier d’initiation à MaxQDA, j’ai réellement hâte à me lancer dans le codage et l’analyse des entretiens que j’ai menés auprès des entrepreneures de Pubnico-Ouest, en Nouvelle-Écosse.»


– Marie-Germaine Chartrand, étudiante, maîtrise ès arts en Cultures et espaces francophones

«Cette formation m’a permis de voir un peu plus clair dans mon processus de recherche afin d’écrire mon mémoire. À l’aide de MaxQDA, je pourrai créer un dossier efficace afin de stocker mes recherches !»

– Audrey Paquette-Verdon, étudiante, maîtrise ès arts en Cultures et espaces francophones et coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud

Diplômé de l’Université de Montréal avec un baccalauréat en anthropologie, Tommy Berger prépare un mémoire de maîtrise intitulé Le chiac : entre langue des jeunes et langue des ancêtres, lequel étudie les enjeux de nomination dans le sud-est du Nouveau-Brunswick ainsi que les représentations linguistiques du chiac. En 2018, il a contribué à la mise sur pied d’un dictionnaire parlant du tehuelche, langue autochtone de la Patagonie, sous la supervision du doctorant Javier Domingo et du Living Tongues Institute for Endangered Languages. Avec Laurence Arrighi, il est l’auteur d’un article à paraître, «Le chiac dans les médias sociaux, entre spontanéité, créativité et réflexivité linguistiques.» Il collabore avec le professeur Clint Bruce dans le cadre de l’enquête Événements culturels et construction identitaire, le cas du Congrès mondial acadien 2019, sous la direction d’Éric Forges de l’ICRML.

Photoblogue : la CRÉAcT visite l’île Georges à Halifax

Dans le havre nommé Kjipuktuk par les Mi’kmaq, à quelques jets de pierre des quais de la ville d’Halifax, se dressent les formes drumlinoïdes – c’est-à-dire, formées de collines douces – de l’île Georges. Normalement fermé au public, ce site est devenu accessible pendant plusieurs fins de semaine de l’été 2020. L’équipe de la CRÉAcT s’y est rendue.

Au milieu du 18e siècle, ce lieu a servi de prison pour détenir de nombreux Acadiennes et Acadiens pendant la Déportation, comme cela est expliqué dans la dernière chronique parue dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse : «L’île Georges, au cœur de la mémoire acadienne» (18 septembre 2020). Pour une compréhension approfondie du sujet, il est possible de lire l’étude de l’historien Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764».

Nous étions quatre à entreprendre cette excursion, moi-même en compagnie de trois étudiant-e-s de l’Université Sainte-Anne. L’un de nos constats, c’est que même s’il y a des efforts pour valoriser l’expérience acadienne, celle-ci n’a pas été suffisamment expliquée par les guides. Nous avons donc choisi de présenter et de commenter des photos que nous avons prises sur place, afin de permettre aux gens de mieux imaginer cet épisode tragique. Pour agrandir une photo, il suffit de cliquer sur l’image.

Sélection d’Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud

(1) Photo de Bailey Ross – Le moment où fut prise cette photo n’aurait pas pu être plus fortuite. La capture est suffisamment proche pour voir les bâtiments de l’Île Georges, tout en démontrant la hauteur de celle-ci – ses courbes, etc. J’adore qu’on puisse voir les gens la visiter au loin, car cela démontre l’intérêt pour l’histoire et le désir d’en savoir plus.

(2) Photo d’Audrey Paquette-Verdon – Cette photo nous permet de se sentir comme «dans le temps». On dirait que nous faisons partie du décor. La focalisation permet également de se sentir d’autant plus ancrée dans l’Île. On ne dirait pas, si l’image était en noir et blanc, qu’elle venait de notre époque. Tout se passe comme si celle ou celui qui regarde la photo était omniprésent.

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VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet», par Éva Guillorel, Patrice Nicolas et Nathan Rabalais

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

L’identité culturelle des gens dans une société donnée n’est pas forcément reflétée dans les discours émanant de l’élite et des institutions officielles. Beaucoup s’en faut. Cette problématique traverse comme un fil rouge les recherches de trois spécialistes des études acadiennes œuvrant au sein du collectif Repenser l’Acadie dans le monde, à savoir Éva Guillorel (Université de Caen Normandie), Patrice Nicolas (Université de Moncton) et Nathan Rabalais (Université de Louisiane à Lafayette). À la suite d’une séance de réflexion, ces chercheur-e-s ont exploré les points de convergence et de divergence entre leurs projets respectifs dans un billet de blogue fort stimulant : «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet» (lire ici).

Force est de souligner, comme le font ici les auteur-e-s, la diversité de leurs perspectives, «en lien avec leurs formations disciplinaires variées et les périodes chronologiques différenciées qu’ils privilégient» :

Éva Guillorel s’intéresse à la mémoire des conflits franco-anglais de la guerre de Sept Ans à travers les chansons de tradition orale acadiennes ; Patrice Nicolas analyse la circulation de motifs narratifs dans une chanson connue en Acadie mais dont les racines littéraires et musicales remontent à la Renaissance européenne ; Nathan Rabalais fait une comparaison entre l’expression culturelle et identitaire acadienne et louisianaise à travers les mèmes humoristiques postés sur les réseaux sociaux.

Or, la transmission culturelle demeure un enjeu commun :

Le principal point commun qui émerge est la question de l’adaptation locale de schémas culturels préexistants à travers des formes narratives qui expriment des marques d’identité. La dimension sonore (pour les chansons) et visuelle (pour les mèmes) est essentielle et, quel que soit le support de diffusion, la langue orale et ses expressions régionales sont au cœur du propos.

Ce sont justement des interconnexions de ce genre, avec les dialogues qu’elles peuvent susciter, qui sont valorisées par le projet Repenser l’Acadie dans le monde, d’autant plus qu’il s’agit de circulations transatlantiques et transnationales. Bonne lecture et bonnes découvertes !

Pour en savoir davantages sur ces chercheur-e-s, consulter la page des profils sur le site de Repenser l’Acadie dans le monde.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Image de la couverture : Georges Island viewed from Halifax, with McNabs Island in the background. Crédit photo : Andrew Crawford, 2010; source : WikiCommons, sous la licence CC BY-SA 3.0.

Parcs Canada vient de faire une annonce qui suscite l’enthousiasme des passionnés d’histoire acadienne. Du 8 août a 6 septembre 2020, des visites seront permises au Lieu historique national de l’Île-Georges. En temps normal, ce site est fermé au public. Située dans le havre d’Halifax, où on la voit aisément depuis le marché des fermiers du bord de mer, cette petite île renferme un passé funeste en ce qui concerne le sort des victimes du Grand Dérangement au milieu du 18e siècle. Voici l’explication qui est donnée dans le résumé de l’article que nous mettons en vedette cette semaine : «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764» par Ronnie-Gilles LeBlanc, paru en 2012 dans Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes [1] :

L’île Georges, sise dans le havre d’Halifax, a servi de lieu de détention pour des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens durant l’époque de la Déportation, de 1755 à 1762. Parmi les premiers prisonniers détenus dans l’île figurent les députés acadiens qui ont refusé de prêter un serment inconditionnel devant le conseil du gouverneur, en juillet 1755. Peu après leur départ, une cinquantaine de personnes de Mirligouèche ou Lunenburg sont déportées en Caroline du Nord à partir de l’île, en novembre 1755. Ce sera la première de deux déportations en provenance de l’île, car des familles de la région de Cap-Sable et de la rivière Saint-Jean y seront gardées prisonnières en attendant leur déplacement forcé en novembre 1759. Une autre déportation, celle de 1762, se fera à partir de la ville d’Halifax même et elle comprendra plus de 900 personnes, pour la plupart des familles qui ont échappé à la déportation et qui ont offert une farouche résistance aux troupes britanniques entre 1755 et 1760. Enfin, à compter de novembre 1764, des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens quitteront Halifax pour une vie meilleure en Louisiane, alors que d’autres y demeureront encore quelque temps avant de s’établir un peu partout dans la région atlantique.

En plus d’un examen de l’évolution du site et des conditions de vie des familles acadiennes y ayant été emprisonnées, l’article de LeBlanc comporte également un recensement de ces dernières (p. 73-76), une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à des trajectoires individuelles. Je pense, par exemple, aux ancêtres de Désirée Martin (1830-1877), Louisianaise à qui j’ai consacré une étude dans l’ouvrage Paroles et regards de femmes en Acadie [2]. Alors que son autobiographique évoque une aïeule déportée en Virginie (en réalité, au Maryland), deux autres arrière-grands-parents sont passés par le centre de détention de l’île Georges. Il s’agit de Joseph Martin (1738-v. 1785), originaire de Beaubassin, et Marguerite Pitre (1740-v. 1807). Réfugiés en Acadie française où ils se sont mariés en 1760, ils ont été capturés et emmenés à Halifax, jusqu’à leur départ pour la Louisiane via Saint-Domingue.

The Town and Harbour of Halifax as it appears from George’s Island, 1759, by James Mason after Richard Short & Dominic Serres. Engraving based upon sketches by Richard Short from which Dominic Serres’ The Elder’ painted an original oil painting, which in turn was engraved by James Mason, in 1760. (Image dans le domaine public; source : commons.wikimedia.org)

Grâce au travail minutieux de Ronnie-Gilles LeBlanc, nous pouvons mieux saisir ces aspects troublants de la formation de la diaspora acadienne – et mieux écouter les échos du passé en mettant les pieds sur l’île Georges… pendant qu’il est encore temps.

RÉFÉRENCES

[1] LeBlanc, Ronnie-Gilles. « Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755–1764. » Port Acadie, numéro 22-23, automne 2012, printemps 2013, p. 43–76. https://doi.org/10.7202/1014976ar

[2] Bruce, Clint (2020b), « De l’acadianité en contexte louisianais : Les Veillées d’une soeur, ou le destin d’un brin de mousse (1877), autobiographie de Désirée Martin », dans Jimmy Thibeault, Michael Poplyansky, Stéphanie St-Pierre et Chantal White (dirs), Paroles et regards de femmes en Acadie, CEFAN/Presses de l’Université Laval (collection : «Culture française d’Amérique»), p. 131-160.

«La salle tendue de noir…» : la première commémoration du massacre de La Nouvelle-Orléans du 30 juillet 1866

«Nul doute que l’impression que cette cérémonie nous a laissée ne sortira jamais de notre mémoire et que nous en raconterons l’effet à nos petits enfants, afin qu’ils apprennent à bénir la mémoire de ceux qui moururent martyrs pour une cause juste et sainte.»

La Tribune de la Nouvelle-Orléans, 30 juillet 1867
Livre disponible ici.

Même si la guerre de Sécession (1861-1865) a mis fin à l’esclavage, le combat pour l’égalité raciale était loin d’être accompli. C’est encore le cas aujourd’hui, d’ailleurs. En Louisiane, où des francophones de couleur furent à l’avant-garde du mouvement radical pendant la Reconstruction du Sud (1863-1877), l’un des incidents les plus meurtriers de cette période s’est produit le 30 juillet 1866 : lors d’une convention ayant pour objectif d’amender la constitution de l’État pour accorder le droit de vote aux Noirs, des éléments réactionnaires, dont des membres de la police, ont assassiné plus d’une quarantaine de personnes, surtout noires mais blanches aussi, des délégués ainsi que de simple citoyens. C’était une tentative, criminelle et concertée, de tuer dans l’œuf la transformation sociale qui s’imposait. J’ai souligné ailleurs le rôle du journal La Tribune de la Nouvelle-Orléans lors de ces événements («De 1866 à nos jours: les racines francophones de Black Lives Matter», Le Devoir, 20 juillet 2016). Le contexte est présenté davantage dans mon livre Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition (The Historic New Orleans Collection, 2020)

Image tirée de The Riot in New Orleans, by Theodore R. Davis: « Murdering Negroes in the Rear of Mechanics’ Institute »; Harper’s Weekly, 25 août 1866. The Historic New Orleans Collection, 1974.25.9.308 i–iv.

Le massacre de 1866 a beau accélérer la cause des droits civiques, grâce à la forte réaction qu’elle suscite, la communauté n’en est pas moins meurtrie, bouleversée. L’été suivant, une commémoration aura lieu sur les lieux mêmes du désastre, à savoir le Mechanics’ Institute, là où se dresse de nos jours le Roosevelet Hotel de La Nouvelle-Orléans. La Tribune en publiera un compte rendu. Nous reproduisons ci-dessous ce texte au complet. Un autre article des Carnets Nord/Sud présente le poème composé pour l’occasion et lu devant le public par Cora L. V. Daniels (Scott; 1840-1923).

La cérémonie au Mechanics’ Institute

La salle tendue de noir offrait un coup d’œil magnifique. À l’intérieur était un autel richement orné derrière lequel étaient figurées des larmes. On y lisait, en lettres argentées : ‘In Memory of the Victims of the 30th of July.’ Au centre de la salle était un catafalque portant la même inscription. À gauche se trouvait le drapeau de la nation, drapé de noir. Des colonnes en nombre de trente, placées entre les ouvertures s’élevaient jusqu’à l’arasement. À l’entrée flottait à la brise le drapeau, encore rouge de sang, qui avait été déployé le 30 juillet 1866.

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