Entrevue avec Rachel Doherty, stagiaire doctorale à l’Université Sainte-Anne

Doctorante en études francophones à l’Université de Louisiane à Lafayette, Rachel Doherty est récipiendaire d’une bourse de rédaction de la CRÉAcT. Dans le cadre de son stage à l’Université Sainte-Anne, qui durera jusqu’en août 2018, elle mènera ses propres recherches tout en participant aux initiatives de la Chaire et en donnant des cours. Voici quelques renseignements au sujet de cette jeune chercheuse dynamique…  

Parlez-nous un peu de vos recherches. Sur quoi porte votre projet de doctorat ?

Mon projet est une étude des sorciers et des loups-garous dans la littérature et le folklore de la diaspora acadienne. Dans la littérature de la fin du XXe siècle, il y a un courant de réappropriation de ces légendes effrayantes. Plusieurs poètes en Louisiane s’identifient au loup-garou. Pour Antonine Maillet et Régis Brun, du Nouveau-Brunswick, les sorciers acadiens représentent les luttes de la marginalité. J’explore les raisons pour lesquelles ces écrivains ont voulu faire la lumière sur ces figures occultes. 

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à ces thèmes ?

Tout d’abord, je me passionne pour le folklore et les histoires d’horreur ! De nos jours, la stratégie de re-caractériser le monstre est devenue un trope. On le voit partout : les X-Men, American Horror Story : Coven, même les vampires dans l’œuvre d’Anne Rice. Quand j’ai remarqué cette même tendance chez les écrivains en Acadie et en Louisiane, je voulais apprendre les motivations des auteurs ainsi qu’analyser les enjeux pour les cultures minoritaires francophones.   Lire la suite »

Longfellow… encore lui ! Traduction originale de « The Slave Singing at Midnight » (1842)

L’imagination littéraire du poète américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882) aura marqué de manière irrévocable la destinée de l’Acadie. Qu’on veuille d’elle ou non, la figure d’Évangéline, rêveuse et mélancolique, persiste : Céleste Godin n’aurait pas eu besoin de lancer son puissant Fuck you Évangéline si ce n’était pas le cas. 

Mais arrive-t-il qu’on lise en Acadie d’autres œuvres de lui ? Comme Longfellow n’est plus à la mode depuis longtemps, j’en doute fortement. (Petit aveu d’un pur hasard : quand j’étais adolescent, Longfellow était mon écrivain préféré, à côté de quelques autres romantiques de langue anglaise.)

Récemment, dans le cadre de mes recherches sur l’esclavage au XIXe siècle, il m’a été donné de redécouverir le recueil Poems on Slavery, que Longfellow composa en 1842 – cinq ans avant la parution d’Évangéline – au retour d’un séjour en Allemagne. Lié d’amitiés avec plusieurs militants abolitionnistes de la Nouvelle-Angleterre et d’Europe, mais ne s’étant jamais prononcé sur ce sujet, il souhaitait « faire quelque chose, aussi modeste que ce soit, pour la grande cause de l’émancipation des nègres ». Il en résulta cette mince plaquette de sept poèmes publiée à Boston. Le cinquième d’entre eux, « The Slave Singing at Midnight », m’a particulièrement touché.

En entendant un chant religieux percer la nuit, le poète admire chez l’esclave noir la même force d’esprit, face à l’injustice de sa condition, que le Nouveau Testament décrit chez Paul et Silas, chrétiens du Ier siècle emprisonnés par les autorités romaines. Il m’a paru juste de rendre hommage aux convictions égalitaires de Longfellow par une traduction en français. La voici, sous forme d’image. Les deux textes, accompagnés d’une brève explication de quelques choix de ma part, suivent.
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Un drapeau venu de Louisiane et l’Odyssée acadienne à Pubnico

Œil sur l’Acadie – Connaissez-vous les monuments de l’Odyssée acadienne ? Ces pierres commémoratives, ornées de panneaux explicatifs et surmontées d’une croix de la Déportation, constituent un circuit des lieux de mémoire liés au Grand Dérangement du peuple acadien, au XVIIIe siècle. Depuis peu, il y en a quinze, grâce aux efforts du Conseil acadien de Par-en-Bas (CAPEB). Le 28 juillet 2017, le monument de l’Odyssée acadienne de la région d’Argyle a été dévoilé à Pubnico-Ouest, devant le Musée des Acadiens des Pubnicos. L’équipe de la CRÉAcT y était.

Lors de cette cérémonie touchante à laquelle participèrent de nombreux dignitaires, M. Jean Gaudet, président de la Commission internationale de l’Odyssée acadienne révélait un détail fort intéressant au sujet de la provenance du drapeau acadien utilisé pour ces inaugurations : c’est qu’il a été confectionné par des Louisianais à l’occasion du Congrès mondial acadien 1999-Louisiane. Dans cet extrait filmé par Réanne Cooper, assistante de recherche de la Chaire, vous pouvez en apprendre plus sur ce point et sur d’autres dimensions symboliques de ces monuments.

Voir ci-dessous quelques photos de l’activité, également prises par Réanne Cooper.
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La CRÉAcT en Louisiane : Expérience Sainte-Anne, journée d’immersion chez NUNU à Arnaudville

CRÉAcT en action ! – Le samedi 8 juillet 2017, l’équipe de la Chaire a organisé une journée d’immersion française et d’ateliers de culture acadienne au centre culturel NUNU, à Arnaudville.

Visite Virtuelle Pano

Nous avons le plaisir de présenter ici quelques photos de cette activité qui a attiré plus de 50 participant-e-s. Nous tenons à remercier George Marks, Mavis Frugé et tous les bénévoles de NUNU : merci de votre accueil chaleureux !

NUNU

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La CRÉAcT en Louisiane : que trouve-t-on dans le magazine Acadiana Profile ?

CRÉAcT en action ! / Au fil de l’histoire – Du 30 juin 2017 au 10 juillet 2017, l’équipe de la CRÉAcT effectue un séjour de recherche en Louisiane. L’objectif : recueillir des documents et des témoignages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution de la diaspora acadienne. L’étape la plus importante de notre excursion s’est déroulée à Lafayette, où les assistants de la Chaire ont examiné des documents et fonds d’archives à l’Université de Louisiane à Lafayette. Parmi d’autres projets, Réanne Cooper et Lorianne Cooper ont dépouillé le magazine Acadiana Profile, lancé en 1969.

La CRÉAcT en Louisiane : aux archives de LSU à Bâton-Rouge

La CRÉAcT en action / Au fil de l’histoireDu 30 juin 2017 au 10 juillet 2017, l’équipe de la CRÉAcT effectue un séjour de recherche en Louisiane. L’objectif : recueillir des documents et des témoignages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution de la diaspora acadienne. Le lundi 3 juillet, l’équipe de la Chaire était de passage à Bâton-Rouge. Pourquoi ? C’est simple : les collections spéciales de la bibliothèque Hill Memorial de l’Université d’État de Louisiane regorgent de trésors documentaires de l’époque coloniale et du XIXe siècle. Plus particulièrement, nous nous sommes intéressés à l’intégration des premières générations d’Acadiens à la société esclavagiste des régions où dominait la cultivation de la canne à sucre, le long du fleuve Mississippi. Voici quelques réflexions de fin de journée.

La CRÉAcT en Louisiane : Paroisse St-Jacques, sur le Mississippi

CRÉAcT en action ! – Du 30 juin 2017 au 10 juillet 2017, l’équipe de la CRÉAcT effectue un séjour de recherche en Louisiane. L’objectif : recueillir des documents et des témoignages susceptibles d’apporter un éclairage nouveau sur l’évolution de la diaspora acadienne. Le lendemain de leur arrivée à la Nouvelle-Orléans, les membres de l’équipe se sont rendus dans la paroisse St-Jacques sur le Mississippi, région sucrière et l’une des premières zones d’implantation acadienne, à partir de 1765.

Voir ci-dessous quelques photos de l’excursion.

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Ce patrimoine acadien qu’on savoure : pour saluer la parution de Pantry and Palate de Simon Thibault

Œil sur l’Acadie / CRÉAcT en action ! – Un livre important vient de paraître : Pantry and Palate: Remembering and Rediscovering Acadian Food (Nimbus Publishing, 2017) de Simon Thibault (avec photos de Noah Fecks), journaliste à la réputation grandissante, originaire de la Baie Sainte-Marie et ancien de l’Université Sainte-Anne. Organisé par la Société acadienne de Clare et le Centre acadien de l’Université Sainte-Anne, le lancement, tenu à la Salle Richelieu le soir du 13 juin 2017, a attiré plus d’une centaine de personnes. Pour cette occasion marquante, M. Thibault a eu la gentillesse de nous demander de prononcer un mot d’introduction que nous présentons ici sous une forme légèrement retouchée.

Tout comme l’auteur de Pantry and Palate: Remembering and Rediscovering Acadian Food, un ouvrage riche, plein d’érudition et débordant d’images appétissantes grâce à la collaboration du photographe Noah Fecks, je suis de ceux-là qui croient que la cuisine acadienne des Maritimes est sous-estimée.

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D’une part, elle est discrète, à l’instar du peuple qui s’en nourrit. D’autre part, elle souffre de la comparaison – injuste, à mon avis – avec la nourriture cadienne de la Louisiane, qualificatif qui reflète en fait un étiquetage identitaire d’une tradition culinaire créole, essentiellement franco-africaine dans ses origines.

Simon m’a demandé de vous adresser brièvement la parole afin de souligner quelques observations relativement aux destinées divergentes de ces deux traditions culinaires de la diaspora acadienne.

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« Malgré tout ça, nous sommes forts » : entrevue avec le cinéaste Phil Comeau

Œil sur l’Acadie / CRÉAcT en action ! – Le 25 novembre 2016, à peine trois mois après la première diffusion du documentaire Zachary Richard, toujours batailleur sur la chaîne Unis TV, le réalisateur Phil Comeau, originaire de la région de Clare, est venu présenter ce film, ainsi que le court métrage Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne, sur le campus de la Pointe-de-l’Église de l’Université Sainte-Anne. Organisée par la CRÉAcT et la Société acadienne de Clare, cette soirée a connu un succès considérable auprès du public d’ici. Puisque l’intérêt pour ces deux films n’a fait que s’accroître, aussi bien au Canada qu’en Louisiane et en Europe, nous présentons ici quelques extraits de la causerie qui a suivi la projection.

Clint Bruce : On voit que le générique indique « Phil Comeau, recherche ». Moi j’ai regardé le film avec mon œil de chercheur. Ma première question serait de savoir, Phil : qu’est-ce que tu as appris de nouveau pendant ce film ?

Phil Comeau : De nouveau, c’est que la résilience continue en Louisiane. J’ai rencontré, à force d’y aller une dizaine de fois, plein de gens – dont la plupart vous voyez dans le film et quelques nouveaux – qui se battent pour la culture, qui se battent pour la langue française, qui sont fiers d’être Acadiens. Il y a énormément de gens qui viennent ici ; la Baie Sainte-Marie est probablement le pôle le plus fort pour les Cadiens de la Louisiane. Jean Douglas Comeau, avec ses cours d’immersion à l’université, en a attiré plus de mille depuis les années 60, je crois. On a vraiment une grosse connexion avec les Cadiens parce que beaucoup de nos propres ancêtres ont aussi été en prison à Halifax ; donc ils ont passé du temps ensemble et il y a un lien. Évidemment on était tous cousins.

C. B. : C’est un film qui met en scène Zachary Richard. Toi tu y étais très discret : on ne te voit pas, pourtant on voit ton œil partout. Peux-tu nous parler de cette collaboration-là ?

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Le crépuscule des idoles de bronze

la_filiere_louisianeLes articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.


«Ainsi est-il doublement difficile d’écrire avec calme au sujet de cette époque, tant furent intenses les sentiments et puissantes les passions humaines qui agitèrent et aveuglèrent les hommes.»
– W. E. B. DuBois, The Souls of Black Folk (1905; ma traduction)

«Quand le bateau eut doublé la pointe de terre, au-delà de laquelle on perdait de vue la côte où s’élevait jadis la belle demeure des Saint-Ybars, Nogolka dit à son ami : “Nous voici séparés du passé; le passé est un mort : qu’il dorme en paix! Il a eu ses joies et ses peines. L’avenir nous appelle; il a pour nous d’autres joies et d’autres peines; allons à lui”.»
– Alfred Mercier, L’Habitation Saint-Ybars (1881)

Le passé est lourd à porter, dit-on. Ou encore, selon la célèbre formule de Marx : «La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants.»

La semaine dernière, deux symboles du passé sudiste – et d’un pan douloureux de l’histoire des États-Unis – ont traîné à travers le ciel bas de la Nouvelle-Orléans leurs poids respectifs, transportés par des grues, de 12 000 à 15 000 livres et de 6 000 à 7 000 livres. Deux statues de plusieurs tonnes de bronze qui étaient au centre d’une vive controverse et d’une campagne ayant pour but de débarrasser l’espace public du bagage commémoratif légué par la Cause perdue. La Cause perdue : c’est ainsi que se nomme la vision traditionaliste, édulcorée et favorable au Sud – donc très peu sensible aux injustices de l’esclavage – de la guerre de Sécession (1861-1865).

Mardi soir, l’imposante figure équestre de Pierre Gustave Toutant Beauregard, général confédéré issu d’une famille de planteurs créoles, quittait son socle rectangulaire à l’entrée du New Orleans Museum of Art. Vendredi, c’était au tour de l’effigie de Robert E. Lee, chef des armées de la rébellion pro-esclavagiste, d’être délogée du faîte de l’immense colonne où elle fut posée en 1884. Deux autres monuments venaient de connaître le même sort : l’ignoble obélisque en hommage à la Ligue blanche, milice raciste qui s’était soulevée contre le gouvernement en 1874, puis, la statue de Jefferson Davis, l’unique président des États confédérés d’Amérique.

Quatre coups portés en faveur d’une révolution iconoclaste. Pourquoi maintenant?

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