«Les vieilles barrières n’existent plus» : premier discours d’investiture d’Edwin W. Edwards (1927-2021), quatre fois gouverneur de la Louisiane

Symboliquement, le geste allait résonner haut et fort, bien plus loin que la foule immense rassemblée pour la cérémonie d’investiture qui se déroulait sur les marches du capitole de l’État de Louisiane, le 9 mars 1972, à Bâton-Rouge, lorsque le nouveau gouverneur, le brillant et charismatique Edwin W. Edwards, a prêté serment d’abord en français, ensuite en anglais, pour marquer son entrée en fonction. C’était une revanche de l’histoire longtemps attendue en Louisiane, où la langue française avait été bannie des écoles publiques et honnie pendant des générations, au point d’être menacée de disparition. Quatre ans plus tôt, la création du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) avait inauguré une nouvelle dynamique de promotion du fait français et d’échanges avec les pays francophones. Né en 1927 dans la paroisse des Avoyelles, le gouverneur Edwards, qui avait débuté sa carrière d’avocat en desservant une clientèle francophone dans sa ville d’adoption de Crowley (paroisse d’Acadie), semblait incarner le renouveau qui animait la Louisiane aux tournant des années 1970.

Edwin W. Edwards en 1986, pendant son troisième mandat. (Source : 1986 Northwestern State University Potpourri Yearbook)

Décédé le 12 juillet 2021 à l’âge de 93 ans, Edwards a eu quatre mandats comme gouverneur d’un État dont il semblait réunir, en sa seule personne, l’esprit latin, la personnalité haute en couleur et les contradictions trop souvent tragiques. Tout en menant une importante réforme constitutionnelle pendant son premier mandat, il s’adonnait à un train de vie aux excès notoires et contribuait aux pratiques de trafic d’influence. Alors qu’il aurait pu devenir président, il allait être condamné pour taxage en 2001 avant de purger une peine de huit ans en prison fédérale. Du début à la fin, il était fier d’être francophone et fier de l’héritage francophone de la Louisiane.

Très tôt, le gouverneur Edwards s’est également engagé contre le racisme et pour la justice raciale. Fortement apprécié de la population afro-américaine, il voyait une convergence entre l’expérience historique des Cadiens – groupe qui comprenait, pour lui, les Créoles blancs des milieux ruraux – et celle des Noirs, anglophones comme francophones et créolophones. Afin de souligner cet aspect de sa contribution à la modernisation de la Louisiane, nous reproduisons ci-dessous des extraits en traduction française de son discours d’investiture de 1972, dont la version intégrale, en anglais et en français, se trouve ici :

Les aspirations véhiculées dans cette allocution sont exprimées dans cette phrase pleine d’espoir : «Les vieilles barrières imaginaires n’existent plus. Mon élection a détruit les vieux mythes, et un esprit nouveau est avec nous.»

Au revoir, Monsieur le Gouverneur…

Extraits de la traduction française du premier discours d’investiture du gouverneur Edwin W. Edwards, Bâton-Rouge, 9 mai 1972 (à partir du texte anglais publié dans le Daily Advertiser de Lafayette)

Révérends membres du clergé, Gouverneur et Mme McKeithen, distingués membres du Congrès, Mesdames et Messieurs de l’assemblée législative, citoyens de la Louisiane :

S’il y a une leçon que nous devrions avoir apprise au cours des vingt dernières années, c’est que les gouvernements des États vont soit assumer leurs responsabilités, soit être balayés par le courant de l’histoire, ne laissant que leur poussière pour s’accumuler sur leurs propres ruines.

Faire avancer la Louisiane

De nombreux États, comme le nôtre, sont empêtrés dans des systèmes tellement archaïques qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se montrer à la hauteur de ces responsabilités. De plus en plus d’États réalisent que si leurs gouvernements doivent être efficaces, ils ne doivent pas être enchaînés par les idées du dix-neuvième siècle. […]

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Trois questions pour Kirby Jambon, poète lauréat de la Louisiane française

Éducateur et énergique promoteur de la langue française en Louisiane, Kirby Jambon est l’auteur de trois recueils de poésies, tous parus aux Éditions Tintamarre : L’école gombo : poésies (2006), Petites communions : poèmes, chansons et jonglements (2013) et Chercher la chasse-femme : poésies (2016). En 2014, il a remporté le Prix Henri-de-Régnier de l’Académie française… un honneur dûment mérité mais totalement inattendu pour ce Cadien du bayou Lafourche ! À l’automne 2020, Jambon a été nommé au rôle de Poète lauréat de la Louisiane française, poste honorifique précedemment occupé par Zachary Richard et Barry Jean Ancelet (sous le pseudonyme Jean Arceneaux). Retardée en raison de la pandémie, son intronisation a eu lieu le dimanche 13 juin 2021, chez Beausoleil Books à Lafayette. Nous avons profité de l’occasion pour lui poser – par correspondance, bien sûr – quelques questions, y compris sur ses rapports avec l’Acadie de la Nouvelle-Écosse.

Pourquoi le poste de poète lauréat a-t-il une importance dans la Louisiane d’aujourd’hui ? En quoi est-ce que ce rôle permet de faire avancer la cause francophone ?

C’est une validation de deux réalités : que la Louisiane française existe et qu’on a notre propre literature. Le français en Louisiane n’est pas seulement une langue d’héritage. Le français est une langue du présent et de l’avenir en Louisiane. Notre littérature, notre poésie est une réflexion de cette réalité et aussi une inspiration pour les cadiens, les créoles et tous les franco-louisianais, jeunes et moins jeunes. Comme notre musique et notre cuisine, notre langue est une partie intégrante de notre culture. Le poète lauréat de la Louisiane française être un autre véhicule pour prendre le chemin et montrer que la langue française, soit orale ou écrite, tient une place très importante et bien méritée sur la carte de la vie quotidienne en Louisiane.

Kirby Jambon (gauche) en compagnie du musicien et poète Zachary Richard et de l’ethnologue et écrivain Barry Jean Ancelet, les deux premiers poètes lauréats de la Louisiane française, le dimanche 13 juin 2021. (Crédit photo : Tiffany Guillory Thomas)

Vous avez passé une année universitaire chez nous, à l’Université Sainte-Anne, il y a un certain temps. Qu’est-ce que cette expérience en Acadie vous a apporté ? Est-ce que vous avez fait d’autres séjours à l’étranger ?

En 1994-95, après ma neuvième année d’enseignement, j’ai décidé de quitter la Nouvelle-Orléans, où je vivais depuis huit ans, pour prendre un congé sabbatique à l’Université Sainte-Anne. Mon but : d’être certifié en français et puis de retourner en Louisiane et d’enseigner en immersion française à l’école Prairie à Lafayette. L’année que j’ai passée à l’Université Sainte-Anne a été une expérience que je vais jamais oublier. C’est pendant ce séjour que j’ai appris l’importance du fait français dans ma vie et aussi que j’ai fortifié les liens avec mon héritage acadien et avec les Acadiens et Acadiennes qui continuent à vivre en français et à promouvoir leur culture.

Comme Louisianais francophone, les contacts et les amitiés que j’ai développés avec la francophonie hors de la Louisiane sont simplement des sources de richesses. J’ai tellement aimé mes séjours en France et au Québec, mais les dizaines de fois que j’ai visité les Maritimes sont parmi mes plus beaux souvenirs.

Quels sont vos projets en cours et à venir, soit comme écrivain, soit comme éducateur et défenseur du français en Louisiane ?

C’est bien sûr de ne pas lâcher la patate. Je continue à enseigner des cours en immersion française aux jeunes et des cours de français louisianais aux adultes. Je publie des vidéos aussi pour aider mon enseignement. Je continue à travailler avec le théâtre en français avec les jeunes, un ouvrage qui me donne autant de joie. On peut entendre ma voix dans la série animée, Boudini et ses amis, par Télé-Louisiane. Je suis en train d’organiser une lecture de poésie par des jeunes francophones en Louisiane. Et sans doute, je ne lâche pas la plume. Un projet que, j’espère, va se réaliser, c’est un livre de poèmes illustré pour enfants. Ça fait, je suis poète et puis je trouve la poésie dans la vie et je la transcrit en mots. Je ne peux pas m’empêcher.

Écoutez la lecture d’un poème de Kirby Jambon sur la chaîne YouTube de l’écrivain :

L’école en français pour les autochtones de la Louisiane (Au rythme de notre monde, dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 16 avril 2021)

Cette chronique a paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans son édition du 16 avril 2021, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

C’est une cause qui nous tient à cœur ici, en Acadie de la Nouvelle-Écosse : celle de l’éducation en français, pour une minorité longtemps marginalisée et dont les droits continuent d’être bafoués. C’est la cause que revendiquent à l’heure actuelle les chefs et plusieurs membres d’une nation autochtone de la Louisiane, à savoir la Tribu de la Pointe-au-Chien, face à la fermeture imminente de l’école primaire qui dessert leur communauté.

Contrairement à la perception commune, les Cadiens ne représentent pas le groupe le plus francophone en Louisiane, du moins proportionnellement. Ce sont plutôt les descendants des premiers habitants du pays, qui ont appris le français dès le 18e siècle et qui l’ont adopté par la suite. De nos jours, la langue française demeure vivante au sein de ces populations, même si elles n’échappent pas totalement à l’assimilation. La plus nombreuse d’entre elles est la Nation unie houma, forte d’environ 17 000 membres qui ont d’ailleurs des liens de parenté avec d’autres communautés tribales des paroisses Terrebonne et Lafourche, dont celle de la Pointe-au-Chien.

La Tribu de la Pointe-au-Chien compte environ 700 personnes, résidant pour la plupart près de la bourgade de Montégut, au sud-ouest de la ville de Houma. C’est « là où l’eau mord la terre », pour reprendre une expression du cinéaste louisianais Glen Pitre à propos de l’action inexorable des eaux du golfe du Mexique qui rongent les marécages côtiers. Les « Indiens » – selon leur mot – de la Pointe-au-Chien descendent principalement des Chitimachas et de quelques autres nations historiques de la région : Houmas, Biloxis, Atakapas et d’autres peuples s’étant regroupés, au 19e siècle, à l’écart de la société blanche. Beaucoup de ces familles vivent encore des ressources de la terre et de la mer, grâce à la pêche aux crevettes, notamment.

Reconnue par l’État de la Louisiane mais non pas par le gouvernement fédéral, la tribu n’exerce pas sa propre gestion scolaire. Il ne s’en agit pas moins d’une question sensible et prioritaire car l’accès aux écoles publiques était très limité pour les autochtones louisianais jusqu’aux années 1960. Depuis cette époque, les familles de la Pointe-au-Chien en sont venues à faire leur l’école élémentaire Pointe-aux-Chênes (attention à l’orthographe distincte!), située en face du bayou, à une dizaine de kilomètres en amont de leur centre communautaire. Une nette majorité des élèves, soit 68 %, sont autochtones.

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Les premiers voyages du père Maurice LeBlanc en Louisiane (Au rythme de notre monde, dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 12 et 26 mars 2021)

Les deux parties de cette chronique ont paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans son édition du 12 mars 2021 et celle du 26 mars 2021, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Première partie (chronique du 12 mars 2021)

En 1955, le bicentenaire de la Déportation a été commémoré non seulement dans les communautés acadiennes des provinces Maritimes, mais également en Louisiane. Dès le mois de janvier, des cérémonies et activités à caractère patrimonial ont été organisées à Lafayette, au cœur du pays cadien et créole. Le coup d’envoi de ces manifestations a attiré plusieurs délégations venues de l’étranger, y compris du Canada, bien sûr. Parmi leur nombre se trouvait le regretté père Maurice LeBlanc (1924-2021), dont le récent décès à l’âge vénérable de 96 ans vient d’endeuiller l’Acadie entière.

Même si je n’ai pas connu le père Maurice pendant des décennies comme beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteur du Courrier, son départ n’a pas manqué de m’affliger. Dès mon arrivée à l’Université Sainte-Anne à l’été 2015, j’ai eu plusieurs occasions de fréquenter cet Acadien et homme d’église au cœur généreux et aux talents multiples qui, en prenant connaissance de mes recherches sur la diaspora acadienne, s’est empressé de me dire qu’il avait visité la Louisiane, mon État natal, par quatre fois. 

Son premier voyage remontait aux fêtes du bicentenaire de la Déportation en 1955 alors qu’il était professeur d’histoire de l’art au Collège du Sacré-Cœur à Bathurst (Nouveau-Brunswick). Les autres déplacements se sont effectués en 1964, en compagnie de sa mère et de l’une de ses sœurs; en 1987, pendant qu’il était président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse; et une dernière fois à l’occasion du Congrès mondial acadien—Louisiane 1999. Autant d’occasions d’apprécier et de mieux approfondir le lien acadien.

La participation du père Maurice aux commémorations de 1955 n’a rien de surprenant. Son père, le docteur Joseph-Émile LeBlanc (1890-1957), fervent défenseur du fait francophone, avait prononcé un discours de bienvenue au Collège Sainte-Anne lorsqu’une délégation louisianaise, composée surtout de jeunes « Évangélines » recrutées par le truculent sénateur Dudley J. LeBlanc, avait visité la Nouvelle-Écosse en 1930. Le père Maurice se rappelait lui-même la seconde visite des Évangélines du sénateur LeBlanc, en 1936, quand il n’avait que 11 ans.

C’est 80 ans plus tard, en août 2016, que j’ai pris rendez-vous avec le père Maurice pour qu’il me raconte quelques-uns de ses souvenirs. Le soleil souriait sur la péninsule de Pubnico quand je suis arrivé chez lui, à quelques pas du Musée des Acadiens des Pubnicos. Tout sourire lui-même, il m’a accueilli dans la maison où son père avait exercé sa pratique et où sa mère, Jeannette d’Entremont, enseignante, avait élevé leurs cinq enfants. Après quelques minutes de conversation, nous nous sommes installés dans son salon, pièce qui servait aussi d’atelier de peinture. C’était le tout premier entretien d’un important projet de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), La diaspora acadienne au fil de nos histoires.

Celles et ceux qui ont connu le père Maurice savent qu’il aimait voyager. La semaine avant notre entretien, il revenait de Philadelphie où il avait rendu visite à sa sœur cadette, Simone. Plus jeune, en tant que membre de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, il avait vécu deux ans en Europe, de 1956 à 1958. Sa passion des arts et de la culture l’a amené à découvrir les musées et salles de concert de plusieurs grandes villes, de part et d’autre de l’Atlantique. Or, notre conversation allait m’apprendre un détail digne de mention sur le bicentenaire de 1955 : « C’était vraiment un premier voyage lointain que je faisais dans ma vie », a-t-il expliqué.

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Capsule vidéo – Une expérience de la diaspora acadienne : Yvette Comeau en Louisiane avec la CRÉAcT

Comment une Acadienne voit-elle la Louisiane ? En avril 2019, Yvette Comeau, originaire de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, faisait un voyage là-bas dans le cadre d’un stage auprès de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). C’était toute une découverte ! Dans cette capsule vidéo, elle fait part de ses souvenirs et de ses réflexions sur les affinités entre les communautés de la diaspora acadienne… de quoi nourrir son projet de maîtrise en Cultures et espaces francophones, ici à l’Université Sainte-Anne.

Inspiré par ce séjour, le mémoire d’Yvette s’intitule : «’C’est point nécessairement que je sons en frais de perdre. Je crois que les mots sont encore là.’ Le maintien du lexique traditionnel à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse et dans les paroisses Saint-Landry et Saint-Martin en Louisiane» (directrice : Chantal White, Département d’études françaises). Elle a récemment obtenu une bourse de rédaction offerte par l’ICAF et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse. Nous sommes fiers d’Yvette et de tout-e-s les stagiaires de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne !

Pour en savoir davantage sur la maîtrise en Cultures et espaces francophones, visiter la page web du programme.

Just Published: A Special Dossier on Francophone Louisiana in the Journal Québec Studies

[TEXTE FRANÇAIS DISPONIBLE ICI.] Church Point (NS), 11 January 2021 – The most recent issue of the scholarly journal Québec Studies features a thematic dossier on the Francophonie in Louisiana, coordinated by Dr. Clint Bruce, Canada Research Chair in Acadian and Transnational Studies (CRÉAcT), and two of his colleagues, Dr. Nathan Rabalais, from the University of Louisiana at Lafayette, and Dr. Robin Anita White, from Nicholls State University in Thibodaux, Louisiana. The dossier brings together five groundbreaking studies under the indicative title, “Francophone Louisiana’s Cultural Flows” (issue 70, fall/winter 2020).

This publication project stems from a symposium organized by the three professors in November 2018, in New Orleans, as part of the biennial conference of the American Council for Québec Studies (ACQS). The mission of this association encompasses, in fact, research on the entire North American francophone community. Multidisciplinary and bilingual, the journal Québec Studies is directed by Dr. Amy R. Ransom (Central Michigan University) and published under the auspices of the ACQS in partnership with Liverpool University Press in the United Kingdom.

As with the 2018 conference, the articles in this issue explore different and lesser-known aspects of Franco-Louisiana culture as shaped by interactions with other areas of the French-speaking world. Having been admitted to the United States in 1812, Louisiana has always been characterized by its ethnoracial diversity and by intercultural encounters. Though the future of the French language may seem uncertain, Francophone life continues to be nourished by a variety of influences.

“The notion of ‘cultural flows,’ which was conceptualized by the Indian anthropologist Arjun Appadurai, refers to processes resulting from globalization and from which no society is insulated – including Louisiana in its French-speaking dimension,” says Professor Bruce. “In order to envision forms of cooperation with the francophone world, it is essential to understand these sociocultural dynamics, throughout history and at present.”

Such issues lie at the heart of the CRÉAcT’s research program, which focuses on the Acadian diaspora, and inform initiatives by the Observatoire Nord/Sud (North/South Observatory), the center associated with the Chair, located at Université Sainte-Anne’s Church Point campus. Both Dr. Rabalais and Dr. White are affiliated with the CRÉAcT.

The contributions represent various disciplines and span several eras, from the colonial period to the present day. The article by Dr. Angel Adams Parham, sociologist at Loyola University New Orleans, traces Creole community memory through the material legacy of masonry in New Orleans. Dr. Robin White highlights the symbolic significance of yellow fever epidemics as depicted in three nineteenth-century Franco-Louisianan novels. Considering the same period, Dr. Guillaume Pinson (Université Laval) analyzes the continental and transatlantic networks of the French-language press in Louisiana, which remained active until the early 1900s.

The Acadian diaspora is featured in the respective texts by Rachel Doherty (UL-Lafayette) and Dr. Clint Bruce. A doctoral student at Lafayette and former CRÉAcT intern (2017-18), Doherty questions the treatment—or rather the erasure—of racism in the poem Amédé by the renowned Nova Scotian writer Georgette LeBlanc, a work that reimagines the murder of a black musician during the Great Depression. From a different angle, Bruce’s study examines the twinning of towns in Louisiana with Francophone municipalities in Atlantic Canada, a phenomenon that dates back to the early 1970s and which can serve to strengthen Acadian identity. His article shares the initial results of a project undertaken by the Observatoire Nord/Sud, “Cities Have a Family: A Survey of Municipal Twinnings in the Maritime Provinces.”

The publication of this dossier in Québec Studies illustrates the CRÉAcT’s dynamism within Francophone studies as well as the growing role of Université Sainte-Anne as a center of excellence in research.

To learn more about the dossier “Francophone Louisiana’s Cultural Flows,” please visit the website of the journal Québec Studies.

About Université Sainte-Anne

Université Sainte-Anne, the only French language post-secondary institution in Nova Scotia, offers university and college-level courses as well as a French immersion program and customized training in French as a second language. Recognized for its excellent programs as well as its unique and exceptional living environment, Sainte-Anne offers experiential learning opportunities that promote student engagement and success, and an atmosphere which encourages a culture of excellence in research and development. Solidly established in its community, Université Sainte-Anne is a partner of choice for all those who wish to strengthen the vitality of the regions surrounding its 5 campuses as well as all of Acadie throughout Nova Scotia.

For more information

Rachelle LeBlanc, Director of Communications and Marketing
Université Sainte-Anne
Tel.: 902-769-2114 Extension 7222
rachelle.leblanc@usainteanne.ca

«La salle tendue de noir…» : la première commémoration du massacre de La Nouvelle-Orléans du 30 juillet 1866

«Nul doute que l’impression que cette cérémonie nous a laissée ne sortira jamais de notre mémoire et que nous en raconterons l’effet à nos petits enfants, afin qu’ils apprennent à bénir la mémoire de ceux qui moururent martyrs pour une cause juste et sainte.»

La Tribune de la Nouvelle-Orléans, 30 juillet 1867
Livre disponible ici.

Même si la guerre de Sécession (1861-1865) a mis fin à l’esclavage, le combat pour l’égalité raciale était loin d’être accompli. C’est encore le cas aujourd’hui, d’ailleurs. En Louisiane, où des francophones de couleur furent à l’avant-garde du mouvement radical pendant la Reconstruction du Sud (1863-1877), l’un des incidents les plus meurtriers de cette période s’est produit le 30 juillet 1866 : lors d’une convention ayant pour objectif d’amender la constitution de l’État pour accorder le droit de vote aux Noirs, des éléments réactionnaires, dont des membres de la police, ont assassiné plus d’une quarantaine de personnes, surtout noires mais blanches aussi, des délégués ainsi que de simple citoyens. C’était une tentative, criminelle et concertée, de tuer dans l’œuf la transformation sociale qui s’imposait. J’ai souligné ailleurs le rôle du journal La Tribune de la Nouvelle-Orléans lors de ces événements («De 1866 à nos jours: les racines francophones de Black Lives Matter», Le Devoir, 20 juillet 2016). Le contexte est présenté davantage dans mon livre Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition (The Historic New Orleans Collection, 2020)

Image tirée de The Riot in New Orleans, by Theodore R. Davis: « Murdering Negroes in the Rear of Mechanics’ Institute »; Harper’s Weekly, 25 août 1866. The Historic New Orleans Collection, 1974.25.9.308 i–iv.

Le massacre de 1866 a beau accélérer la cause des droits civiques, grâce à la forte réaction qu’elle suscite, la communauté n’en est pas moins meurtrie, bouleversée. L’été suivant, une commémoration aura lieu sur les lieux mêmes du désastre, à savoir le Mechanics’ Institute, là où se dresse de nos jours le Roosevelet Hotel de La Nouvelle-Orléans. La Tribune en publiera un compte rendu. Nous reproduisons ci-dessous ce texte au complet. Un autre article des Carnets Nord/Sud présente le poème composé pour l’occasion et lu devant le public par Cora L. V. Daniels (Scott; 1840-1923).

La cérémonie au Mechanics’ Institute

La salle tendue de noir offrait un coup d’œil magnifique. À l’intérieur était un autel richement orné derrière lequel étaient figurées des larmes. On y lisait, en lettres argentées : ‘In Memory of the Victims of the 30th of July.’ Au centre de la salle était un catafalque portant la même inscription. À gauche se trouvait le drapeau de la nation, drapé de noir. Des colonnes en nombre de trente, placées entre les ouvertures s’élevaient jusqu’à l’arasement. À l’entrée flottait à la brise le drapeau, encore rouge de sang, qui avait été déployé le 30 juillet 1866.

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La statue d’Alfred Mouton à Lafayette : le contexte d’une controverse («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 26 juin 2020)

Note : cette chronique a été publiée le 26 juin 2020 dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse.

L’orage d’une controverse gronde à Lafayette, en Louisiane. Certains croient entendre l’heureux présage d’une pluie qui lavera les péchés collectifs du passé, tandis que d’autres craignent la fureur d’un ouragan susceptible de tout emporter sur son passage, le bon avec le mauvais. L’œil de la tempête, c’est une statue au centre-ville, un monument en souvenir du général Jean-Jacques Alfred Alexandre Mouton (1829-64), mort pour la cause de l’esclavage pendant la guerre de Sécession (1861-65).

Comme il a été souligné dans la dernière chronique, le mouvement antiraciste Black Lives Matter est en train de prendre une ampleur internationale. Dans chaque pays et dans chaque région, les revendications rejoignent des spécificités locales. À Lafayette, fier foyer de la culture cadienne et créole, ville située au cœur de la zone dite « Acadiana » et réputée pour ses festivals, sa gastronomie louisianaise et l’accueil chaleureux qu’y reçoivent les visiteurs, c’est une facette de l’héritage acadien qui est en cause.

Depuis le retour en force du mouvement contre le racisme et la brutalité policière, les manifestations à Lafayette se focalisent sur la statue d’Alfred Mouton plantée devant l’ancien hôtel de ville. Celle-ci est dénoncée comme un symbole raciste, expression d’une pernicieuse nostalgie de la période esclavagiste. Depuis plusieurs années, l’association Move The Mindset réclame sa relocalisation tout en menant une campagne de sensibilisation aux injustices, historiques et actuelles, liées au racisme. Les récentes manifestations s’inscrivent dans cette campagne dont l’issue demeure incertaine.

Qui était Alfred Mouton? Pourquoi existe-t-il un monument en son honneur? En abordant ces questions, le défi consiste à contextualiser, sans diaboliser mais en toute lucidité. Il y a va, parmi d’autres facteurs, d’un respect élémentaire pour la communauté noire – d’héritage francophone elle aussi, soit dit en passant – qui compte pour près de 30 % de la population de Lafayette.

Né en 1829, Alfred Mouton est issu d’une famille louisianaise d’origine acadienne et française. Son père, Alexandre Mouton (1804-85) a marqué la vie politique en tant que sénateur à Washington (1837-42), gouverneur de l’État (1843-46) et, plus tard, président de la convention qui allait décider de la sécession d’avec les États-Unis en faveur de la Confédération pro-esclavagiste. Son grand-père paternel était Jean Mouton (v. 1754-1834), né en Acadie à la veille de la Déportation et arrivé en Louisiane en 1765, en compagnie de sa famille. Marié avec Marie-Marthe Borda, il devient planteur sucrier et donc propriétaire esclavagiste. C’est grâce à un don de terres de sa part que fut établie Vermillonville, la future Lafayette. Jean Mouton en est ainsi considéré comme le fondateur.

Alfred Mouton a donc grandi dans un milieu profondément esclavagiste, ce qui était le cas de la plupart des familles acadiennes, même celles qui ne faisait pas partie de l’élite. Après des études à la célèbre Académie militaire de West Point, où il apprend l’anglais, il rentre chez lui pour travailler comme ingénieur civil et pour gérer une plantation familiale. Brigadier-général de la milice d’État, il prend en 1859 la tête d’un mouvement paramilitaire, les comités de vigilance, dont les actions incitent des centaines de familles noires à émigrer au Mexique et en Haïti. Quand la guerre éclate en 1861, il rejoint l’armée du Sud et c’est sur le champ de bataille qu’il trouve la mort le 8 avril 1864.2020-06-26_La statue d'Alfred Mouton 2

La statue a été érigée au début des années 1920, à l’initiative d’une section locale des United Daughters of the Confederacy. Ce regroupement féminin était l’un des principaux promoteurs du mythe de « la cause perdue », une interprétation édulcorée et nostalgique de la guerre civile qui a longtemps fait école aux États-Unis. Tout en minimisant les torts de l’esclavage, l’apologie du Sud allait de pair avec l’oppression raciale sous le régime de la ségrégation.Lire la suite »

Un potager pour cultiver la francophonie louisianaise (Jonathan Olivier)

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de l’Observatoire Nord/Sud et de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

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Le premier jour de décembre, une centaine de personnes des environs de ma communauté, c’est-à-dire Frozard, lieu-dit de la paroisse St-Landry en Louisiane, se sont rassemblées pour marquer une tradition très ancienne chez nous : une boucherie. Ensemble, des gens des villages d’Arnaudville, de Grand-Coteau, de la Prairie des Femmes et ailleurs, nous avons abattu un cochon et préparé un grand nombre de plats traditionnels comme des gratons, du boudin noir et du fromage de tête.

L’importance de cette journée consistait à perpétuer nos traditions culturelles liées à l’agriculture et à la nourriture. Les cochons qui ont été apprêtés avaient été élevés dans ma ferme, Le Potager d’Acadiana, une exploitation biologique que j’ai fondée en juillet dernier. Pourquoi une telle initiative ? J’avais reconnu le besoin d’une ferme locale, source d’aliments sains pour nos habitants de la région d’Acadiana. Mes méthodes ont été apprises d’agriculteurs de toute l’Amérique du Nord ainsi que de l’ouvrage du Québécois Jean-Martin Fortier, Le Jardinier-maraîcher (Écososciété, 2012). Je sais que ma ferme à moi contribuera à perpétuer une tradition de petites fermes qui se trouvaient partout dans cette région. Et la boucherie faisait revivre une tradition en Louisiane d’élever des cochons à plusieurs générations dans ma famille.

Lire la suite sur le site d’Astheure…

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Issu d’une famille francophone de la paroisse St-Landry, Jonathan Olivier est journaliste spécialisé en environnement et en activités plein-air, dont les écrits ont paru dans des revues comme OutsideBackpackerREI Co-op JournalLouisiana Sportsman et Mother Earth News. Il est propriétaire de la ferme biologique Le Potager d’Acadiana depuis le printemps 2019.

Quand les morts s’adressent aux vivants… (Compte rendu de M. Daggett, Spiritualism in Nineteenth-Century New Orleans: The Life and Times of Henry Louis Rey (Jackson, University Press of Mississippi, 2017)

Nous faisons part aux lectrices et lecteurs de ce blogue de notre compte rendu de l’ouvrage de Melissa Daggett, Spiritualism in Nineteenth-Century New Orleans: The
Life and Times of Henry Louis Rey (Jackson, University Press of Mississippi, 2017). Cette recension a paru l’an dernier dans la Revue d’histoire de l’Amérique française. Le sujet de cette étude autobiographique, à savoir le Créole néo-orléanais Henry Louis Rey, militant des droits civiques à l’époque de la Reconstruction en Louisiane, a signé plusieurs textes qui figureront dans notre livre à paraître chez The Historic New Orleans Collection, Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition.

L’abandon des religions traditionnelles en faveur de croyances alternatives est loin d’être l’apanage de la postmodernité. Au XIXe siècle, alors que les sociétés occidentales composent avec les effets de l’industrialisation et les chocs des révolutions démocratiques, une «nouvelle religion» déferle sur l’Europe et les États-Unis: le spiritisme ou spiritualisme. La communication 2019-10-10_Daggettavec les esprits des trépassés, qui s’expriment à travers des médiums, constitue sa principale pratique, associée au radicalisme des abolitionnistes, féministes et autres réformateurs. Dans les États esclavagistes, la relation entre spiritisme et radicalisme limite l’implantation de ce phénomène. En Louisiane, cependant, ce mouvement trouve des adeptes parmi la population créole de La Nouvelle-Orléans, notamment chez les gens libres de couleur, victimes de discrimination raciale. Concis mais très soigné, cet ouvrage de Melissa Daggett, professeure d’histoire américaine au San Jacinto College (Texas), explore les résonances idéologiques du spiritualisme des Créoles progressistes en retraçant la vie d’Henry Louis Rey (1831-1894), militant des droits civiques à l’époque de la guerre de Sécession et de la Reconstruction.

L’approche micro-historique fait l’originalité et la richesse de cette étude qui approfondit des voies ouvertes par Caryn C. Bell (1997), Sheri Abel (2009) et, plus récemment, par Emily S. Clark (2016). Bien que Rey ne soit pas un acteur majeur des événements de son temps, il aura joué un rôle digne de mention. Capitaine au sein de la première unité noire de l’armée américaine, il est ensuite élu à la législature de l’État de la Louisiane avant d’œuvrer à l’intégration raciale des écoles. Né dans une famille originaire de Saint-Domingue, il découvre son don de médium à la fin des années 1850. À Rey et à ses camarades, les messages parvenus d’outre-tombe – aussi bien de leurs proches que de Toussaint Louverture, d’Abraham Lincoln ou de Vincent de Paul – procurent réconfort spirituel et direction idéologique pendant près d’une trentaine d’années
de combats politiques menés par l’élite francophone de couleur.

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