Chronique invitée – Luné Roc Pierre Louis
est professeur à l’Université d’État d’Haïti et l’auteur de plusieurs ouvrages sur les médias et la question de la démocratie en Haïti. Docteur en information et communication de l’Université Catholique de Louvain, il s’est associé à la CRÉAcT à titre d’invité d’honneur dans le cadre du colloque Les médias francophones sous toutes leurs coutures.
La pandémie due au coronavirus ou à la COVID-19 provoque une crise sans précédent dans l’histoire contemporaine, en Haïti comme partout. Aussi convoque-t-elle d’une part les États, qu’ils soient du Nord, du Centre ou du Sud et d’autre part, les acteurs de quelque échelon qu’ils soient, des centres des pouvoirs de l’État jusqu’au citoyen lambda, en passant par les institutions de médiation, le monde des affaires, la société civile, les médias, les organismes supranationaux, les organisations internationales et les organisations non-gouvernementales pour les mettre face à la nudité de leurs responsabilités.
D’emblée, il n’est pas incongru de souligner que la crise de la pandémie du coronavirus entraîne à son tour, comme corollaire la crise du mythe du complot (dit arbitrairement théorie du complot), sans pourtant sous-estimer la crise des fake news qui cherche à s’imposer comme étant un corollaire supplémentaire. Le présent billet se concentrera sur celle du coronavirus sous les auspices des médias et exclusivement les médias haïtiens. Dès lors, l’on pourrait à juste titre parler de diégèse orale par opposition tant à la mimesis qu’à la diégèse tout court pour aborder le récit médiatique que se forgent les médias haïtiens, attendu que la question de média en Haïti se limite surtout à la radiodiffusion. Ni la presse écrite, ni la télévision n’ont d’emprise en Haïti. La télévision peine encore à s’intégrer dans la formation sociale haïtienne, tandis que le feu de la presse écrite s’éteignit depuis 1957, c’est-à-dire au début du régime des Duvalier, à l’époque où Haïti comptait quelque sept quotidiens et 54 périodiques pour se ramener de nos jours à un seul journal à proprement parler.
«Versée dans l’amateurisme, la télévision demeure rachitique et anémiée en Haïti. La radio y règne et le pays compte quelque 533 stations de radio dont 398 officiellement reconnues par le Conseil national de télécommunications.»
Un mot vaudrait encore mille images en Haïti, pour autant que le pays compte quelque 167 chaînes de télévision dont 111 officiellement reconnues (septembre 2019) par l’institution d’État chargée de réguler le secteur médiatique (téléphonie comprise), en l’occurrence le Conseil national de télécommunications. Versée dans l’amateurisme, la télévision y demeure rachitique et anémiée. La radio y règne et le pays compte quelque 533 stations de radio dont 398 officiellement reconnues par ledit Conseil (septembre 2019).
Pour le compte de ce billet, l’usage du concept de média se fait de manière générique, car le substrat d’analyse table sur le récit que se forgent les radios haïtiennes. Par ailleurs, il convient d’évoquer sous un tout autre jour le trilemme de Münchhausen pour essayer de comprendre les substrats résultant de l’appréhension que se font les médias haïtiens en abordant la crise que provoque la pandémie du coronavirus. Avant d’y arriver, il importe de jeter, grosso modo, un coup d’œil sur la production de la machine médiatique haïtienne d’ante COVID-19.Lire la suite »





