Capsule vidéo – Une expérience de la diaspora acadienne : Yvette Comeau en Louisiane avec la CRÉAcT

Comment une Acadienne voit-elle la Louisiane ? En avril 2019, Yvette Comeau, originaire de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, faisait un voyage là-bas dans le cadre d’un stage auprès de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). C’était toute une découverte ! Dans cette capsule vidéo, elle fait part de ses souvenirs et de ses réflexions sur les affinités entre les communautés de la diaspora acadienne… de quoi nourrir son projet de maîtrise en Cultures et espaces francophones, ici à l’Université Sainte-Anne.

Inspiré par ce séjour, le mémoire d’Yvette s’intitule : «’C’est point nécessairement que je sons en frais de perdre. Je crois que les mots sont encore là.’ Le maintien du lexique traditionnel à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse et dans les paroisses Saint-Landry et Saint-Martin en Louisiane» (directrice : Chantal White, Département d’études françaises). Elle a récemment obtenu une bourse de rédaction offerte par l’ICAF et la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse. Nous sommes fiers d’Yvette et de tout-e-s les stagiaires de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne !

Pour en savoir davantage sur la maîtrise en Cultures et espaces francophones, visiter la page web du programme.

«La salle tendue de noir…» : la première commémoration du massacre de La Nouvelle-Orléans du 30 juillet 1866

«Nul doute que l’impression que cette cérémonie nous a laissée ne sortira jamais de notre mémoire et que nous en raconterons l’effet à nos petits enfants, afin qu’ils apprennent à bénir la mémoire de ceux qui moururent martyrs pour une cause juste et sainte.»

La Tribune de la Nouvelle-Orléans, 30 juillet 1867
Livre disponible ici.

Même si la guerre de Sécession (1861-1865) a mis fin à l’esclavage, le combat pour l’égalité raciale était loin d’être accompli. C’est encore le cas aujourd’hui, d’ailleurs. En Louisiane, où des francophones de couleur furent à l’avant-garde du mouvement radical pendant la Reconstruction du Sud (1863-1877), l’un des incidents les plus meurtriers de cette période s’est produit le 30 juillet 1866 : lors d’une convention ayant pour objectif d’amender la constitution de l’État pour accorder le droit de vote aux Noirs, des éléments réactionnaires, dont des membres de la police, ont assassiné plus d’une quarantaine de personnes, surtout noires mais blanches aussi, des délégués ainsi que de simple citoyens. C’était une tentative, criminelle et concertée, de tuer dans l’œuf la transformation sociale qui s’imposait. J’ai souligné ailleurs le rôle du journal La Tribune de la Nouvelle-Orléans lors de ces événements («De 1866 à nos jours: les racines francophones de Black Lives Matter», Le Devoir, 20 juillet 2016). Le contexte est présenté davantage dans mon livre Afro-Creole Poetry in French from Louisiana’s Radical Civil War-Era Newspapers: A Bilingual Edition (The Historic New Orleans Collection, 2020)

Image tirée de The Riot in New Orleans, by Theodore R. Davis: « Murdering Negroes in the Rear of Mechanics’ Institute »; Harper’s Weekly, 25 août 1866. The Historic New Orleans Collection, 1974.25.9.308 i–iv.

Le massacre de 1866 a beau accélérer la cause des droits civiques, grâce à la forte réaction qu’elle suscite, la communauté n’en est pas moins meurtrie, bouleversée. L’été suivant, une commémoration aura lieu sur les lieux mêmes du désastre, à savoir le Mechanics’ Institute, là où se dresse de nos jours le Roosevelet Hotel de La Nouvelle-Orléans. La Tribune en publiera un compte rendu. Nous reproduisons ci-dessous ce texte au complet. Un autre article des Carnets Nord/Sud présente le poème composé pour l’occasion et lu devant le public par Cora L. V. Daniels (Scott; 1840-1923).

La cérémonie au Mechanics’ Institute

La salle tendue de noir offrait un coup d’œil magnifique. À l’intérieur était un autel richement orné derrière lequel étaient figurées des larmes. On y lisait, en lettres argentées : ‘In Memory of the Victims of the 30th of July.’ Au centre de la salle était un catafalque portant la même inscription. À gauche se trouvait le drapeau de la nation, drapé de noir. Des colonnes en nombre de trente, placées entre les ouvertures s’élevaient jusqu’à l’arasement. À l’entrée flottait à la brise le drapeau, encore rouge de sang, qui avait été déployé le 30 juillet 1866.

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