« Ces Canadiennes et Canadiens qui s’envolent en hiver » (Au rythme de notre monde dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 18 janvier 2019)

Au moment où j’écris ces lignes, Carol Doucet parcourt l’Italie. Accompagnée de son conjoint, la directrice de l’agence de promotion Le Grenier musique, sise à Moncton, fait partie des Canadiennes et Canadiens qui choisissent de prendre des vacances à l’étranger pendant la saison hivernale. Pourquoi ?

Certes, le phénomène des « snowbirds » s’attribue facilement au désir de fuir les rigueurs de notre hiver septentrional. Si, bon an, mal an, plus de 700 000 Canadiens migrent pour plus de 31 jours vers la Floride ensoleillée, le climat y est pour beaucoup. Sinon, aussi bien s’offrir un séjour en Pologne !

Mais qu’en est-il des gens qui, à l’instar de Carol, font des voyages plus courts dans un autre pays ? Ont-ils la même motivation ?

Quelques chiffres permettent de mieux cerner cette tendance. Selon Statistique Canada, qui publie régulièrement une « Enquête nationale sur les voyages », les résidents canadiens ont effectué 9 460 000 déplacements à l’étranger au premier trimestre de l’an dernier. Une majorité (65 %) avaient pour destination les États-Unis, ce qui est tout à fait normal.

Petite parenthèse : l’impopularité notoire du président Trump au Canada n’a rien fait pour freiner le tourisme chez l’oncle Sam. Tout au contraire : alors que les traversées frontalières avaient chuté en flèche en 2015, elles augmentent progressivement depuis son investiture en janvier 2016. C’est le dollar qui décide, non pas le Donald.

Reste que les Canadiennes et Canadiens ont réalisé 3,3 millions de voyages vers des pays du Sud ou d’outre-mer de janvier à mars 2018.

Or, la société Allianz Global Assistance Canada (AGAC) a récemment dévoilé les résultats d’un sondage effectué par Ipsos du 23 au 29 octobre 2018. Sur 2005 personnes d’âge adulte, 47 % ont l’intention de prendre des vacances cet hiver-ci – soit 6 % de plus que l’an dernier.

Parmi les raisons de ces escapades, le froid hivernal arrive en dernier, signalé par seulement 15 % des personnes interrogées (mais par 28 % des répondants du Manitoba et de la Saskatchewan).

Il va sans dire que les motivations se combinent souvent. Notre amie Carol et son conjoint auront passé 4 jours près de Naples, à Caserte où ils ont des amis, avant de se rendre à Amalfi, sur la côte, puis à Rome, pour un séjour de deux semaines au total.

Bien qu’il lui arrive de voyager en janvier plus qu’à d’autres moments, en raison de son calendrier professionnel, Carol figure tout de même parmi les 31 % de Canadiennes et de Canadiens qui n’ont pas pris de vacances depuis deux ans, toujours selon AGAC.

Pourquoi l’Europe ? « Pour vraiment prendre une pause du boulot, je dois aller loin, me dépayser complètement », m’explique-t-elle par message Facebook.

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Graphique de l’auteur, à partir des résultats d’un sondage d’Ipsos, fin octobre 2018, commandité par Allianz Global Assistance Canada (Source : https://www.newswire.ca)

D’autres vacanciers, on le sait bien, aiment mieux s’envoler vers des plages tropicales. Statistique Canada nous apprend, sans surprise, que le Mexique (793 000 visites), Cuba (409 000 visites) et la République dominicaine (274 000 visites) dominent le palmarès des destinations internationales.

C’est au sud-ouest du Mexique, dans un appartement donnant sur le Pacifique, qu’est allé se percher le cinéaste Phil Comeau, originaire de la Baie Sainte-Marie et demeurant à Moncton. « L’hiver, j’ai besoin de voir la mer, et de sauter dedans. Cela me ressource en début d’année, avant de revenir à la neige du Canada. » 

Cette migration saisonnière, Phil en fait donc un pèlerinage annuel. Comme Carol, il a visité plusieurs fois l’Europe (France, Italie, Suisse et Autriche), ainsi que les Caraïbes.

La logique de Phil résonne également chez André-Carl Vachon, spécialiste québécois d’histoire acadienne. Parmi ses récents ouvrages on peut lire Une petite Cadie en Martinique (La Grande Marée, 2016). Même s’il s’est rendu dans cette île française des Antilles à l’occasion du lancement de son livre, il n’a pas eu alors la chance d’en profiter comme touriste. Ce mois d’avril il retourne là-bas.

« Je vais prendre des vacances pour prendre le temps de s’arrêter, de perdre la notion du temps, de décrocher du travail. » André-Carl a trouvé un bon forfait dans un hôtel tout-inclus. Il va nager, participer à une ou deux excursions, mais surtout se détendre pendant « sept jours de bonheur, sans ordinateur. »

Il se réjouit d’avance à la perspective de se soustraire au climat québécois : « Le mois de mars est toujours rempli de surprises hivernales. Après l’hiver, ce sera bien de se retrouver dans les Antilles françaises et de se reposer sous les palmiers. »

Tout porte à croire que la tendance des vacances dans des pays d’outre-mer a le vent en poupe. D’après un article du Globe and Mail paru en mai 2016, la génération des milléniaux, nés entre 1983 et 1996, délaissent les excursions à l’intérieur du pays pour explorer le monde. Leurs raisons : leur goût de l’aventure, leur vision cosmopolite du monde et – facteur qui pèse lourd – le prix élevé des transports au Canada par rapport au tarif des vols internationaux.

Alors que le « globe-trottisme » des jeunes renforcera sans doute la réputation positive de citoyens du monde qu’ont les Canadiens, l’industrie touristique domestique y voit une menace pour l’économie. L’inquiétude est peut-être fondée, mais les vacances, ce n’est pas fait pour se faire du souci !  

(Note – Une erreur s’était glissée dans la légende accompagnant le graphique paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse. Le sondage d’Ipsos a été effectué en octobre 2018, comme indiqué dans le texte, et non pas en 2019.)

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