L’immigration au Québec et « le sort de la Louisiane » : jusqu’où pousser la comparaison?

Il y a toutes sortes de façons de mettre les pieds dans le plat. Il y a quelques jours, le premier ministre du Québec, François Legault, revendiquait pour sa province une plus grande autonomie en matière d’immigration, et ce, dans le but de mieux déterminer le profil linguistique des nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants. Cette revendication suit de près l’adoption de deux lois destinées à renforcer l’autonomie et le caractère distinct de la nation québécoise, soit la Loi sur la laïcité de l’État (ou Loi 21), en vigueur depuis juin 2019, et la toute récente Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (projet de loi n° 96), qui vient moderniser la Charte de la langue française (ou Loi 101) de 1977.

Dans une allocution prononcée à l’occasion d’un congrès de la Coalition avenir Québec, à Drummondville, il affirmait : «Il est important que les Québécois comprennent bien l’urgence de rapatrier les pouvoirs d’immigration.» Il s’agirait, selon lui, d’une question de mort ou de vie pour la langue française et, sans ces moyens, « cela pourrait devenir une question de temps avant que nous devenions une Louisiane ».

En évoquant cet État américain dans ces termes, monsieur Legault faisait allusion au déclin de la langue française depuis l’époque coloniale et à la perte d’influence de la population francophone, jusqu’à la disparition plus ou moins totale de cette dernière (d’après la perception de Legault) au tournant du siècle présent. La perspective d’une éventuelle «louisianisation» servirait donc d’avertissement et de repoussoir vis-à-vis des aspirations du Québec.

Cette comparaison, forcément péjorative, n’a pas tardé à susciter un petit tollé. Plusieurs membres des autres partis ont fait entendre leurs réactions, de même que quelques chercheurs universitaires, dont votre humble serviteur dans un reportage de Radio-Canada. A également été sollicité le point de vue d’un autre Louisianais, l’entrepreneur en tourisme Joseph Dunn, ancien directeur du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), qui déplore l’instrumentalisation politique d’«une image de la Louisiane qui est fausse».

N’est-ce pas un exercice légitime, pourtant, que d’étudier d’autres sociétés et d’en tirer des leçons? Et a fortiori à l’échelle de la francophonie nord-américaine? Voici trois éléments contextuels à considérer…

1) Les propos de François Legault s’inscrivent dans une longue tradition discursive au Québec. Brandir le contre-exemple de la Louisiane n’a absolument rien d’original; c’est même une vieille rengaine. Au début des années 1830, soit une vingtaine d’années après l’entrée officielle de la Louisiane dans le giron des États-Unis, le journaliste et politicien Étienne Parent (1802-1874) lâchait une phrase choc, devenue célèbre : «Le sort de la Louisiane nous fait trembler.» Pris tout seul, cet énoncé donne l’impression de conforter le souverainisme québécois moderne. Toutefois, l’argument de Parent n’allait pas du tout dans ce sens-là, car il plaidait en fait pour le maintien du Canada français au sein de l’Empire britannique plutôt que de s’en séparer ou d’être annexé par les États-Unis. Dans une certaine optique nationaliste, la mobilisation du trope de la «louisianisation» fait partie d’un répertoire de comparaisons devenues récurrentes avec d’autres groupes francophones minoritaires, dont l’Acadie des Maritimes – pour signaler le danger de «l’acadianisation», dans ce cas-là. Mes collègues Laurence Arrighi (U. de Moncton) et Émilie Urbain (Carleton U.) ont analysé l’obsession québécoise des «mauvais exemples» de la francophonie nord-américaine dans une série de travaux on ne peut plus éclairants, dont un exemple est cité en note de fin[1]. Chez François Legault, ce thème épouse le rejet populiste de la différence et de l’Autre.

2) Le recours à un tel raccourci revient à nier la richesse de l’expérience franco-louisianaise. La Louisiane d’héritage francophone est une société complexe dont l’évolution ne se prête guère à une simplification lapidaire. Multiraciale et multilingue (en tenant compte du créole louisianais, de l’espagnol et de l’anglais, bien sûr, sans oublier les langues autochtones), la réalité franco-louisianaise s’est construite au départ en fonction de l’esclavagisme, qui formait autrefois la base de l’économie et de la structure sociale, tandis que le destin de la langue française a été conditionné par la hiérarchie raciale, d’une part, et par l’idéologie monolinguiste qui prévaut aux États-Unis, d’autre part. Fait important, le français en Louisiane n’est pas la propriété d’un seul groupe ethnique, étant historiquement pratiqué par les Créoles de diverses origines, par plusieurs peuples autochtones qui l’ont adopté à partir du 18e siècle – et chez qui il demeure vivace de nos jours – et bien sûr par les Cadiens, c’est-à-dire la population blanche s’identifiant à la diaspora acadienne. S’il est vrai que le nombre de locuteurs accuse une chute libre depuis plusieurs décennies, il n’en est pas moins vrai que les efforts de revitalisation linguistique ont donné lieu à tout un réseau francophone et francophile qui assure une variété d’initiatives dans divers secteurs : éducation, médias, tourisme patrimonial, arts et culture et j’en passe. Ce n’est pas pour rien que la Louisiane a intégré l’Organisation internationale de la Francophonie en 2018 et que la secrétaire générale Louise Mushikiwabo vient d’y faire une tournée.

3) La rhétorique du repoussoir vient miner les efforts louables du Québec en matière de francophonie nord-américaine. Le gouvernement du Québec a pris des engagements sérieux vis-à-vis des autres communautés francophones d’Amérique du Nord et investit des ressources non négligeables. Par rapport aux collectivités francophones et acadienne du Canada, son approche est exposée dans la nouvelle Politique du Québec en matière de francophonie canadienne (mars 2022), qui exprime une vision solidaire et collaborative. Pour ce qui est des autres régions, le Centre de la Francophonie des Amériques, fondé en 2008, multiplie les initiatives pour stimuler les échanges et pour réaliser les potentialités continentales et hémisphériques des milieux francophones. La Louisiane n’est guère oubliée : avant la pandémie, la sixième édition de l’Université d’été du CFA devait justement se tenir en Louisiane, sur le campus de l’Université de Louisiane à Lafayette. Pourquoi faire si cette région-là n’a plus rien à offrir?

Boiteuses du point de vue historique, les remarques de François Legault ne font rien pour encourager une meilleure compréhension des réalités et contextes divers qui forment l’ensemble de la francophonie nord-américaine. Les politiques d’immigration constituent un dossier d’une grande importance qui mérite bien plus de réflexion que n’en véhiculent des raccourcis douteux de cet acabit. Espérons qu’il fera mieux à l’avenir… et faisons mieux, nous aussi.

M. Clint Bruce

[1] ARRIGHI, Laurence et URBAIN, Émilie, « Les “mauvais exemples” de la francophonie nord-américaine: intérêt des acteurs, construction des images, instrumentalisation des groupes », Les français d’ici: des discours et des usages, Québec, Presses de l’Université Laval, 2019, p. 11-32.

«Les vieilles barrières n’existent plus» : premier discours d’investiture d’Edwin W. Edwards (1927-2021), quatre fois gouverneur de la Louisiane

Symboliquement, le geste allait résonner haut et fort, bien plus loin que la foule immense rassemblée pour la cérémonie d’investiture qui se déroulait sur les marches du capitole de l’État de Louisiane, le 9 mars 1972, à Bâton-Rouge, lorsque le nouveau gouverneur, le brillant et charismatique Edwin W. Edwards, a prêté serment d’abord en français, ensuite en anglais, pour marquer son entrée en fonction. C’était une revanche de l’histoire longtemps attendue en Louisiane, où la langue française avait été bannie des écoles publiques et honnie pendant des générations, au point d’être menacée de disparition. Quatre ans plus tôt, la création du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL) avait inauguré une nouvelle dynamique de promotion du fait français et d’échanges avec les pays francophones. Né en 1927 dans la paroisse des Avoyelles, le gouverneur Edwards, qui avait débuté sa carrière d’avocat en desservant une clientèle francophone dans sa ville d’adoption de Crowley (paroisse d’Acadie), semblait incarner le renouveau qui animait la Louisiane aux tournant des années 1970.

Edwin W. Edwards en 1986, pendant son troisième mandat. (Source : 1986 Northwestern State University Potpourri Yearbook)

Décédé le 12 juillet 2021 à l’âge de 93 ans, Edwards a eu quatre mandats comme gouverneur d’un État dont il semblait réunir, en sa seule personne, l’esprit latin, la personnalité haute en couleur et les contradictions trop souvent tragiques. Tout en menant une importante réforme constitutionnelle pendant son premier mandat, il s’adonnait à un train de vie aux excès notoires et contribuait aux pratiques de trafic d’influence. Alors qu’il aurait pu devenir président, il allait être condamné pour taxage en 2001 avant de purger une peine de huit ans en prison fédérale. Du début à la fin, il était fier d’être francophone et fier de l’héritage francophone de la Louisiane.

Très tôt, le gouverneur Edwards s’est également engagé contre le racisme et pour la justice raciale. Fortement apprécié de la population afro-américaine, il voyait une convergence entre l’expérience historique des Cadiens – groupe qui comprenait, pour lui, les Créoles blancs des milieux ruraux – et celle des Noirs, anglophones comme francophones et créolophones. Afin de souligner cet aspect de sa contribution à la modernisation de la Louisiane, nous reproduisons ci-dessous des extraits en traduction française de son discours d’investiture de 1972, dont la version intégrale, en anglais et en français, se trouve ici :

Les aspirations véhiculées dans cette allocution sont exprimées dans cette phrase pleine d’espoir : «Les vieilles barrières imaginaires n’existent plus. Mon élection a détruit les vieux mythes, et un esprit nouveau est avec nous.»

Au revoir, Monsieur le Gouverneur…

Extraits de la traduction française du premier discours d’investiture du gouverneur Edwin W. Edwards, Bâton-Rouge, 9 mai 1972 (à partir du texte anglais publié dans le Daily Advertiser de Lafayette)

Révérends membres du clergé, Gouverneur et Mme McKeithen, distingués membres du Congrès, Mesdames et Messieurs de l’assemblée législative, citoyens de la Louisiane :

S’il y a une leçon que nous devrions avoir apprise au cours des vingt dernières années, c’est que les gouvernements des États vont soit assumer leurs responsabilités, soit être balayés par le courant de l’histoire, ne laissant que leur poussière pour s’accumuler sur leurs propres ruines.

Faire avancer la Louisiane

De nombreux États, comme le nôtre, sont empêtrés dans des systèmes tellement archaïques qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se montrer à la hauteur de ces responsabilités. De plus en plus d’États réalisent que si leurs gouvernements doivent être efficaces, ils ne doivent pas être enchaînés par les idées du dix-neuvième siècle. […]

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La statue d’Alfred Mouton à Lafayette : le contexte d’une controverse («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 26 juin 2020)

Note : cette chronique a été publiée le 26 juin 2020 dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse.

L’orage d’une controverse gronde à Lafayette, en Louisiane. Certains croient entendre l’heureux présage d’une pluie qui lavera les péchés collectifs du passé, tandis que d’autres craignent la fureur d’un ouragan susceptible de tout emporter sur son passage, le bon avec le mauvais. L’œil de la tempête, c’est une statue au centre-ville, un monument en souvenir du général Jean-Jacques Alfred Alexandre Mouton (1829-64), mort pour la cause de l’esclavage pendant la guerre de Sécession (1861-65).

Comme il a été souligné dans la dernière chronique, le mouvement antiraciste Black Lives Matter est en train de prendre une ampleur internationale. Dans chaque pays et dans chaque région, les revendications rejoignent des spécificités locales. À Lafayette, fier foyer de la culture cadienne et créole, ville située au cœur de la zone dite « Acadiana » et réputée pour ses festivals, sa gastronomie louisianaise et l’accueil chaleureux qu’y reçoivent les visiteurs, c’est une facette de l’héritage acadien qui est en cause.

Depuis le retour en force du mouvement contre le racisme et la brutalité policière, les manifestations à Lafayette se focalisent sur la statue d’Alfred Mouton plantée devant l’ancien hôtel de ville. Celle-ci est dénoncée comme un symbole raciste, expression d’une pernicieuse nostalgie de la période esclavagiste. Depuis plusieurs années, l’association Move The Mindset réclame sa relocalisation tout en menant une campagne de sensibilisation aux injustices, historiques et actuelles, liées au racisme. Les récentes manifestations s’inscrivent dans cette campagne dont l’issue demeure incertaine.

Qui était Alfred Mouton? Pourquoi existe-t-il un monument en son honneur? En abordant ces questions, le défi consiste à contextualiser, sans diaboliser mais en toute lucidité. Il y a va, parmi d’autres facteurs, d’un respect élémentaire pour la communauté noire – d’héritage francophone elle aussi, soit dit en passant – qui compte pour près de 30 % de la population de Lafayette.

Né en 1829, Alfred Mouton est issu d’une famille louisianaise d’origine acadienne et française. Son père, Alexandre Mouton (1804-85) a marqué la vie politique en tant que sénateur à Washington (1837-42), gouverneur de l’État (1843-46) et, plus tard, président de la convention qui allait décider de la sécession d’avec les États-Unis en faveur de la Confédération pro-esclavagiste. Son grand-père paternel était Jean Mouton (v. 1754-1834), né en Acadie à la veille de la Déportation et arrivé en Louisiane en 1765, en compagnie de sa famille. Marié avec Marie-Marthe Borda, il devient planteur sucrier et donc propriétaire esclavagiste. C’est grâce à un don de terres de sa part que fut établie Vermillonville, la future Lafayette. Jean Mouton en est ainsi considéré comme le fondateur.

Alfred Mouton a donc grandi dans un milieu profondément esclavagiste, ce qui était le cas de la plupart des familles acadiennes, même celles qui ne faisait pas partie de l’élite. Après des études à la célèbre Académie militaire de West Point, où il apprend l’anglais, il rentre chez lui pour travailler comme ingénieur civil et pour gérer une plantation familiale. Brigadier-général de la milice d’État, il prend en 1859 la tête d’un mouvement paramilitaire, les comités de vigilance, dont les actions incitent des centaines de familles noires à émigrer au Mexique et en Haïti. Quand la guerre éclate en 1861, il rejoint l’armée du Sud et c’est sur le champ de bataille qu’il trouve la mort le 8 avril 1864.2020-06-26_La statue d'Alfred Mouton 2

La statue a été érigée au début des années 1920, à l’initiative d’une section locale des United Daughters of the Confederacy. Ce regroupement féminin était l’un des principaux promoteurs du mythe de « la cause perdue », une interprétation édulcorée et nostalgique de la guerre civile qui a longtemps fait école aux États-Unis. Tout en minimisant les torts de l’esclavage, l’apologie du Sud allait de pair avec l’oppression raciale sous le régime de la ségrégation.Lire la suite »

L’ordre mondial face à la pandémie (Au rythme de notre monde dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse)

Note : cette chronique a été publiée simultanément sur le site du Courrier de la Nouvelle-Écosse.

Le dimanche 22 mars dernier, neuf avions Iliouchine des Forces aérospatiales russes ont atterri à l’aéroport militaire de Pratica di Mare, en Italie. En plus d’une équipe de médecins et de virologues, leur cargaison se composait de 600 ventilateurs et d’une grande quantité de masques de protection respiratoire. Les caisses de transport étaient ornées d’un message de solidarité : « De Russie, avec amour ».

L’aide offerte pour aider à endiguer la progression du SRAS-CoV-2, ou du nouveau coronavirus 2019, dans l’un des pays les plus touchés par la pandémie, n’a pas manqué de provoquer quelques froncements de sourcils. Pour plusieurs, l’intervention humanitaire de Moscou passait plutôt pour une opération de propagande, survenue d’ailleurs peu de temps après une mission chinoise.

« Nous devons être conscients qu’il existe une composante géopolitique, y compris une lutte pour l’influence et la politique de générosité », affirmait le vice-président de la Commission européenne, Josep Borrell, également haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (cité dans Le Monde, 25 mars 2020). Selon cette interprétation, l’action de la Russie aurait pour finalité de jeter le discrédit sur l’Union européenne, taxée d’impuissance à répondre aux besoins de ses pays membres, et du coup de rehausser le prestige du Kremlin. 

En effet, un article paru sur le site italien de l’agence de presse Sputnik, affiliée au gouvernement russe, ne s’embarrassait pas de subtilité : « La Russie est là. Et l’Union européenne? »

Que révèle cet épisode? Depuis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié de pandémie la situation de la COVID-19, l’actualité évolue à un rythme ahurissant. Toutefois, des questions de fond se dessinent. La crise que nous traversons risque-t-elle de susciter des transformations majeures dans l’état du monde? Ne fait-elle qu’accélérer des tendances déjà à l’œuvre? Ou bien la vie reviendra-t-elle « pareille comme avant » une fois la pandémie vaincue?Lire la suite »

Journée internationale des droits des femmes : pleins feux sur Mhairi Black, Parti national écossais (SNP)

Élue au Parlement britannique en 2015, à l’âge de 20 ans, Mhairi Black est l’une des plus jeunes députées dans l’histoire de la vénérable enceinte de Westminster. Nationaliste écossaise, socialiste qui se porte défenseure des intérêts des démunis, des marginalisés et des gens ordinaires, féministe et militante des droits LGBTQ+, elle n’a pas sa langue dans sa poche. À l’ère où le populisme de droite déferle sur la planète, c’est une éloquente anti-Trump ou, pour mieux dire, une anti-Boris Johnson, ce premier ministre dont l’appui au Brexit heurte les positions du Scottish National Party.

À titre de rappel : cette formation indépendantiste est majoritaire au Parlement écossais, créé à la fin des années 1990. Le SNP et le gouvernement d’Écosse sont dirigés par Nicola Sturgeon. Le référendum sur l’indépendence de l’Écosse qui s’est tenu en octobre 2012 s’est soldé par une victoire du «non» (55,3 % contre 44,7 % pour le «oui»). La sortie fracassante du Royaume-Uni de l’Union européenne laisse croire aux indépendantistes que la prochaine campagne pourrait donner le résultat escompté.

Dépouillé de tout folklore ethnicisant, le nationalisme écossais de Mhairi Black, qui représente la circonscription de Paisley and Renfrewshire South, au sud-ouest de Glasgow, s’appuie sur une forte conscience de classe. Conscience qui est liée à son tour à la conviction que les partis dominants au Royaume-Uni sont devenus des forces d’oppression en faveur des élites – une oppression à laquelle l’Écosse ne pourra se soustraire dans le système actuel, du fait de son faible poids au sein de l’union. (Pour une analyse de l’évolution récente de ce discours, voir l’étude d’Ewan Gibbs, «Who’s ‘Normal’? Class, Culture and Labour Politics in a Fragmented Britain», dans Renewal: A Journal of Labour Politics, 2017, vol. 25, no 1, p. 86-91).

Ayant fait preuve et d’audace et de compétence, Mhairi Black vient d’assumer la fonction de contre-secrétaire d’État pour l’Écosse au nom du SNP. Pour souligner cette Journée internationale des droits des femmes, voici trois vidéos permettant de mieux connaître cette figure marquante de la scène politique…Lire la suite »

Antibilinguisme et mobilisation francophone – Visionnez la Classe de maître de Ricky G. Richard (18 mars 2019)

Le 18 mars dernier s’est déroulée sur le campus de l’Université Sainte-Anne une importante et stimulante discussion sur un sujet d’actualité brûlant à l’heure du populisme francophobe : Antibilinguisme – menace réelle ou occasion à saisir pour les francophones ? Coparrainée par la Société acadienne de Clare dans le cadre des Rendez-vous de la Francophonie 2019, cette cinquième Classe de maître de la CRÉAcT a été animée par Ricky G. Richard, politologue, blogueur citoyen et ancien fonctionnaire au Commissariat aux langues officielles. (Voir le communiqué de presse pour les détails.) Si vous avez manqué cette activité, il n’est pas trop tard pour en tirer profit ! Grâce à la collaboration du Bureau des communications de l’Université Sainte-Anne, la vidéo de la webdiffusion est disponible ici :  

Voici un choix de photos prises par Louise d’Alessio-Doucet du C.H.U.S.A. (Comité d’histoire de l’Université Sainte-Anne).

Clint Bruce, titulaire de la CRÉAcT

M. Clint Bruce

Mois de l’Histoire des Noirs : se souvenir de Pierre Caliste Landry (1841-1921)

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de l’Observatoire Nord/Sud et de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.

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Donaldsonville (Louisiane), 1er janvier 1874 : «Il n’y a rien que les gens de couleur [colored people] désirent plus que de cultiver des relations amicales avec les Blancs. Mais ces derniers doivent nous accorder un traitement juste et honnête. Ils doivent cesser de nous mentir et d’injurier nos dirigeants. Ils doivent nous consentir de bon cœur tous les droits et privilèges publics que les lois du pays disent être les nôtres. Et ensuite nous irons les rencontrer à mi-chemin et, en leur tendant la main de l’amitié, nous accepterons désormais de vivre dans l’harmonie[1]

C’est à l’occasion d’un rassemblement commémorant le onzième anniversaire de l’abolition de l’esclavage par décret du président Abraham Lincoln, que ces mots furent prononcés – en anglais – par Pierre Caliste Landry (1841-1921). Né dans l’esclavage, Landry faisait partie de cette génération dynamique et courageuse d’hommes politiques afro-américains qui émergea dans le sillage de la guerre de Sécession (1861-1865) et qui, aux côtés de leurs alliés progressistes blancs, mena un difficile combat pour l’égalité raciale. Quelques années plus tôt, en 1868-1869, ce Créole francophone avait été le premier Noir à occuper la mairie d’une ville des États-Unis.

Comme le suggère son nom de famille, il avait aussi des origines acadiennes.

Alors que s’achève le Mois de l’Histoire des Noirs 2019, il fait bon se souvenir de Pierre Caliste Landry.

Lire la suite sur le site d’Astheure…

Parlement des jeunes francophones des Amériques : entretien avec Réanne Cooper

Du 8 au 15 juillet 2018, Réanne Cooper, étudiante à l’Université Sainte-Anne et membre de l’équipe de la CRÉAcT depuis 2016, a participé au deuxième Parlement des jeunes francophones des Amériques, qui s’est déroulé à Québec, sous l’égide du Centre de la Francophonie des Amériques. De retour en Nouvelle-Écosse, elle a rencontré Mattea LeBlanc, employée d’été de la Société acadienne de Clare, pour lui faire part des moments saillants de cette expérience. Elles se sont entretenues dans les locaux de l’Observatoire Nord/Sud.

Voir aussi notre chronique dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, «Quand une Acadienne se rend à Québec pour représenter le Belize», parue dans l’édition du 3 août 2018, sous la rubrique Au rythme de notre monde (p. 7).

Pourquoi Trump ? Une perspective louisianaise (Brian Gabriel Comeaux)

Les articles de La Filière Louisiane sont publiés grâce à un partenariat entre Astheure et Les Carnets Nord/Sud, blogue de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) de l’Université Sainte-Anne. Cette série vise à faire mieux connaître les enjeux culturels de la Louisiane francophone et à favoriser le dialogue entre Acadiens et Louisianais.


Je suis arrivé de bonne heure le matin du mardi 8 novembre pour constater que la queue serpentait déjà hors de la cantine de l’école primaire qui nous sert de lieu de scrutin dans le petit village de Duson sur la prairie cadienne, à huit kilomètres à peine de Lafayette. La file était composée majoritairement, mais pas totalement, de citoyens blancs de la classe ouvrière – des « habitants » comme on les appelle en Louisiane : des récolteurs de riz et d’écrevisses, de fèves de soja et de canne à sucre. On y trouvait aussi des caissières de dépanneurs et de supermarchés, des serveuses de petits restaurants, et aussi des soudeurs, des foreurs, des « roughnecks » et des machinistes qui forment la base de l’industrie pétrolière en Louisiane.

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Résultats du scrutin présidentiel du 8 novembre 2016 dans chaque paroisse (comté) de la Louisiane. Rouge – Trump ; bleu – Clinton. Source : http://www.politico.com/2016-election/results/map/president/louisiana/

Cette boîte, le numéro 28 dans la paroisse de Lafayette, a donné 84% de ses votes à Donald Trump contre 13% pour Hillary Clinton. Gary Johnson, le candidat des libertariens et Jill Stein du Parti vert se sont partagé 3% des voix. En 1992, les résultats du 28e arrondissement étaient nettement différents. Bill Clinton avait pris 44% contre 38% pour George Bush, père, et 18% pour le candidat indépendant, Ross Perot. Ça fait tout un écart entre Clinton-époux et Clinton-épouse !

Lire la suite sur le site Web d’Astheure

Pour une Acadie courageuse

CRÉAcT en action – Un événement d’une indéniable importance vient de se dérouler sur le campus de la Pointe-de-l’Église de l’Université Sainte-Anne. Du vendredi 29 avril au dimanche 1er mai, plus d’une centaine d’élèves des écoles secondaires du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) se sont réunis pour vivre ensemble une fin de semaine d’activités dans un but de construction identitaire et de développement communautaire. Cela s’est fait sur le thème : Autour du FEU – Grou rassemblement jeunesse N-É, dont les détails sont présentés dans ce communiqué de presse. Avec plusieurs autres acteurs de la communauté, j’ai eu l’honneur de prendre part au spectacle d’ouverture organisé par le groupe Cy, vendredi soir à la Salle Marc-Lescarbot.

Pour moi, la chance d’adresser la parole à un groupe de jeunes inspirés et inspirants représentait une occasion plus précieuse qu’une dizaine de colloques scientifiques… mais ne le dites pas aux Chaires de recherche du Canada ! (C’est une blague…) Puisque le thème de ma courte allocution a été repris pour une activité de réflexion dimanche matin, j’ai décidé de publier ce texte ici.

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Le défi qui m’a été lancé par Éric [Dow] était de vous présenter ma conception personnelle de l’Acadie du XXIe siècle. Ce que j’ai à vous dire s’intitule : « Pour une Acadie courageuse », et je vais vous parler de choses sérieuses.Lire la suite »