Nouvel épisode du balado ACADIVERSITÉ : Les traumatismes collectifs dans le folklore de la Louisiane francophone, AUX DIRES DE… Nathan Rabalais

Découvrez le sixième épisode du balado Acadiversité, une série de documentaires sonores réalisés par Studio N/S, l’unité audiovisuelle de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne : Les traumatismes collectifs dans le folklore de la Louisiane francophone, AUX DIRES DE… Nathan Rabalais. Il s’agit d’un entretien avec Nathan Rabalais, auteur de l’ouvrage Folklore Figures of French and Creole Louisiana (Figures folkloriques de la Louisiane française et créole), paru en 2021 chez LSU Press, avec des dessins de l’artiste louisianais Jonathan Mayers, dit «Radbwa Faroush». Originaire de Eunice et de Lafayette (Louisiane), Nathan Rabalais est professeur d’études francophones à l’Université de Louisiane à Lafayette. Proche collaborateur de la CRÉAcT, notre invité s’intéresse, parmi d’autres thèmes, aux traces des traumatismes collectifs dans le répertoire folklorique (contes, chansons, etc.). Enregistrée sur le campus d’ULL, sa conversation avec le professeur Clint Bruce se focalise sur deux aspects du patrimoine oral, à savoir les effets de l’esclavage, d’une part, et la discrimination linguistique et culturelle subie par les francophones louisianais, d’autre part. 

Cliquez sur l’image pour écouter l’épisode.

À noter que nous inaugurons, avec cet épisode d’Acadiversité, un nouveau volet de notre balado, «Aux dires de…», une série de conversations avec des chercheur-e-s universitaires et avec des actrices/acteurs du milieu.

La lecture en créole louisianais du conte «Tortie» («La Tortue») a été enregistrée par Tiffany Guillory Thomas. Cette version a été recueillie à la fin du 19e siècle par le folkloriste louisianais Alcée Fortier auprès de Julia, résidente de La Nouvelle-Orléans, et publiée dans le recueil Louisiana Folk-Tales, in French Dialect and English Translation (1895). Les extraits de l’enregistrement de Revon Reed (1917-1994) proviennent du Fonds Barry-Jean-Ancelet, Center for Louisiana Studies (Université de Louisiane à Lafayette), numéro d’acquisition AN1.077.

Pour de plus amples renseignements sur Acadiversité, voir le site web de l’Observatoire Nord/Sud. Bonne écoute !

Nous sommes de retour ! Ou : après la grève, le beau temps…

Inutile de le nier : les sept dernières semaines ont été longues et pénibles. Pendant cette période, allant du jeudi 3 mars au jeudi 21 avril 2022, l’Association des professeurs, professeures et bibliothécaires (APPBUSA) de l’Université Sainte-Anne ont mené une grève – la première du corps professoral de l’Université Sainte-Anne, en 132 ans d’existence, et la deuxième si nous tenons compte de celle du corps étudiant de 1968, laquelle a sauvé notre institution. Ardue et très éprouvante pour nos étudiant-e-s, la nôtre n’était pas voulue – loin de là -, mais elle nous a semblé nécessaire afin de sortir d’une impasse au sujet de notre prochain contrat. (Pour en savoir plus sur les enjeux de ce conflit, voir ce reportage de Radio-Canada.) Après la tempête, le beau temps revient, si nous exceptons le décès inattendu d’un cher collègue, le professeur Jean Wilson, du Département d’études françaises.

Pendant ces sept semaines, longues et pénibles, les activités de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud ont été suspendues. Nous sommes de retour. Nos réunions d’équipe recommenceront. Nos initiatives médiatiques seront relancées, à commencer par le sixième épisode du balado Acadiversité : Les traumatismes collectifs dans le folklore de la Louisiane francophone, AUX DIRES DE… Nathan Rabalais. Reprendront aussi les rencontres avec nos partenaires, tant universitaires que communautaires. Nos prochaines activités publiques, en ligne et, un peu plus tard, sur place, seront bientôt annoncées.

Sachez, lectrices et lecteurs de ce blogue, que des lendemains merveilleux nous sont promis ici à l’Université Sainte-Anne, seul établissement postsecondaire francophone en Nouvelle-Écosse et, à certains égards, un microcosme de la francophonie. L’excellence et l’équité sont possibles ici, malgré et aussi à cause de notre petite taille. Notre spécificité, qui comporte des contraintes, certes, peut devenir le levier de notre épanouissement. C’est un immense honneur pour moi, en tant que titulaire de la CRÉAcT, directeur de l’Observatoire Nord/Sud et fier membre de l’APPBUSA, de faire partie de cette magnifique aventure.

M. Clint Bruce

Mois de l’histoire des Noirs : les Afro-Américains tenus en esclavage par une famille acadienne en Louisiane (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 25 février 2022)

Note : Cette série de deux chroniques a paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, éditions du 11 et 25 février 2022, sous la rubrique Au rythme de notre monde. Elles font état, pour un lectorat général, de l’avancement d’un projet de recherche de la CRÉAcT dont la première étape a fait l’objet d’un article publié en 2018 dans la revue Histoire engagée.

1ère PARTIE

Mo déjà roulé tout lakot,
Pencor war parèy bèl Layotte…

Ce sont là les paroles d’une chanson en langue créole qui, du temps de l’esclavage, aurait rythmé le travail des ouvriers captifs condamnés aux champs de canne à sucre du sud de la Louisiane. En lisant à haute voix, vous pourrez probablement, grâce à la proximité lexicale du français, saisir le sens de cet éloge d’une femme admirée, «la belle Layotte», auprès de qui l’on demande l’intervention d’un ami :

Jean Babèt, mô nami,
Si vou kouri par enho,
Vou mandé bèl Layotte,
Cado-la li té promi mwin.

Or, parmi les milliers de personnes tenues en esclavage qui auraient connu et chanté ces vers, toutes n’étaient pas nées en Louisiane et, pour un nombre considérable d’entre elles, le créole ou le français auraient été leur deuxième langue, apprise à la suite de leur arrivée d’un autre État, comme la Virginie ou la Caroline du Nord. À l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, il s’agira dans cette série de deux chroniques de lever un coin de voile sur mes recherches en cours sur les victimes du commerce esclavagiste à l’intérieur des États-Unis, tout en rendant hommage à leur résilience et à leur courage.

Entre 1790, c’est-à-dire juste après l’adoption de la constitution américaine, et 1860, soit à la veille de la guerre de Sécession, près d’un million de femmes et d’hommes d’origine africaine furent transportés de force depuis le Haut Sud vers le Sud profond. Cette migration forcée a été stimulée par l’expansion des plantations de coton, à travers tout le Sud, et, en Louisiane, de l’industrie sucrière. D’ailleurs, l’interdiction de la traite esclavagiste transatlantique, à partir de 1808, eut pour conséquence d’encourager le trafic humain au sein du pays, faute de main-œuvre en provenance de l’Afrique.

À titre de comparaison, sur les 12 millions de femmes, hommes et enfants qui, entre le 16e et le 19e siècles, ont subi le «Passage du milieu»ou la pénible traversée de l’Afrique aux Amériques, un peu de moins de 400 000 d’entre elles et eux ont abouti en Amérique du Nord. Autrement dit, le marché intérieur aura bouleversé l’existence de plus de deux fois plus d’Afro-Américains que le commerce transatlantique, reconnu pourtant comme un crime contre l’humanité. Tant et si bien que les déplacements occasionnés par le marché national sont parfois qualifiés de «second Passage du milieu».

«Ce nouveau commerce interurbain était dominé par des entreprises permanentes bien organisées», explique l’historien Walter Johnson dans son ouvrage Soul by Soul: Life Inside the Antebellum Slave Market (1999).

Les esclaves étaient rassemblés à Baltimore, Washington, Richmond, Norfolk, Nashville et St-Louis, puis envoyés vers le Sud, soit par voie terrestre, attachés par des chaînes, soit par des voiliers longeant la côte ou bien par des bateaux à vapeur descendant le Mississippi. Ces esclaves étaient vendus sur les marchés urbains de Charleston, Savannah, Mobile, Natchez et surtout de La Nouvelle-Orléans. Contrairement à l’image populaire, la plupart de ces esclaves n’étaient pas vendus rapidement lors de grandes ventes aux enchères publiques, mais dans le cadre d’accords privés conclus dans les parcs à esclaves tenus par les marchands d’esclaves.

Ce commerce en est venu à constituer une pierre angulaire de l’économie du Sud et, par conséquent, du pays entier. Toutefois, l’aspect économique ne doit pas voiler la dimension humaine de ce drame effroyable.

Puisque La Nouvelle-Orléans servait de plaque tournante de ce réseau, un certain nombre de ces Afro-Américains étaient destinés à des plantations appartenant à des familles d’origine acadienne. Mon projet de recherche explore le cas de la plantation C. P. Melançon et Cie, située dans la paroisse St-Jacques, entre Bâton-Rouge et La Nouvelle-Orléans. Cette habitation sucrière fut reçue en héritage par Constant Paul Melançon et ses frères et sœurs, tous enfants de Joseph Melançon fils (1788-1833), mort lors d’une épidémie de choléra, et Constance LeBlanc (1794-1856).

Ce qui a attiré mon attention sur cette famille et sur les gens esclavagisés sur leur plantation, c’est un fait divers sur lequel je suis tombé, par pur hasard, en feuilletant l’un des vieux journaux de la Louisiane francophone : en juillet 1858, Constant Melançon fut tué par Toussaint, l’un de ses esclaves qui avait grandi à ses côtés. Cet incident montre bien à quel point le système esclavagiste pouvait engendrer des formes de résistance, jusqu’au rejet violent de cette condition inacceptable.

À deux reprises, les Melançon avaient eu recours aux marchands d’esclaves de La Nouvelle-Orléans pour grossir les rangs de leurs ouvriers captifs, artisans et travailleurs agricoles. En janvier 1831, Joseph Melançon avait fait l’acquisition de huit jeunes hommes; bien plus tard, en 1853, quatre de ses fils allaient acheter huit autres hommes au moment de s’associer en tant que partenaires. En Louisiane francophone, ces Noirs provenant d’autres régions des États-Unis portaient la désignation «d’Américains», par opposition aux Créoles nés en Louisiane.

Un récent voyage de recherche aux États-Unis m’a donné l’occasion de me lancer sur les traces du premier groupe. Le contrat qui se trouve aux archives notariales de La Nouvelle-Orléans révèle que ces huit hommes et adolescents ont été vendus par un James Huie, résident du comté de Rowan en Caroline du Nord. Ils s’appelaient Abraham (19 ans), Allen (16 ans), Ben (14 ans), Booker (19 ans), Calton (19 ans), Ralph (16 ans) et Tom (18 ans). Leur expérience nous permettra de mieux comprendre l’interaction entre la diaspora acadienne en Louisiane, parmi laquelle l’esclavagisme s’était généralisé, et la diaspora africaine en Amérique du Nord.

Lire la suite »

Félicitations à notre collaboratrice Rachel Doherty, docteure ès études francophones de l’Université de Louisiane à Lafayette

La CRÉAcT souhaite féliciter l’une de nos collaboratrices, Rachel Doherty, de l’obtention, en décembre dernier, de son doctorat en études francophones à l’Université de Louisiane à Lafayette. Effectuée sous la direction du professeur émerite Barry Jean Ancelet, l’un des grands spécialistes de la Louisiane francophone, sa thèse est intitulée : Les sorciers, les loups-garous et la transformation des icônes de l’acadianité et la cadienneté à la fin du 20e siècle. (Le résumé se trouve en fin d’article.) Cette recherche a été amorcée alors que Mme Doherty était stagiaire auprès de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud en 2017-18. Depuis lors, plusieurs de ses travaux ont été publiés dans des revues scientifiques, y compris dans le cadre d’initiatives de la CRÉAcT, alors qu’elle demeure très impliquée dans les milieux communautaires en Louisiane. Tout récemment, elle a intégré le collectif pluridisciplinaire Repenser l’Acadie dans le monde : études comparées, études transnationales.

Bravo et bonne continuation à la docteure Doherty !

Lire la suite »

Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 14 janvier 2022)

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 17 septembre du Courrier de la Nouvelle-Écosse, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Je vous adresse cette chronique depuis l’État du Maryland, l’une des étapes d’un voyage que j’entreprends actuellement à destination de la Louisiane. Le but : poursuivre mes recherches sur la diaspora acadienne. Pourquoi le Maryland, et plus précisément sa rive orientale formant la plus grande partie de la péninsule de Delmarva (Delaware-Maryland-Virginie), entre l’Atlantique et la baie de Chesapeake ?

Cette région pittoresque est intimement liée à l’histoire de la Déportation, ce que j’expliquerai plus loin.

Mais tout d’abord, quelques nouvelles à propos des activités de l’Observatoire Nord/Sud.

L’une des missions de l’Observatoire Nord/Sud consiste à accroître la visibilité des projets et initiatives de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) – et, du coup, de la recherche ici à l’Université Sainte-Anne. Avez-vous Instagram ? Si oui, abonnez-vous à notre compte, lancé l’automne dernier : @observatoire_nord.sud. Nous publions régulièrement des images de nos activités ainsi que des documents liés à nos travaux de recherche sur la diaspora acadienne.

Depuis l’été dernier, nous avons également lancé une initiative majeure pour faire connaître nos thématiques de recherche : le balado Acadiversité, réalisé sous l’étiquette du Studio N/S, notre unité audiovisuelle. Il s’agit d’une série de documentaires sonores mettant en lumière diverses questions liées aux transformations de la société acadienne, historiquement et actuellement. Le format d’Acadiversité se veut dynamique et agréable à écouter. Le balado est disponible sur le site de la CRÉAcT ainsi que sur Spotify, Apple Podcasts, iHeartRadio et plusieurs autres plateformes.

Lire la suite »

Vient de paraître : «Discours du tourisme diasporique : l’exemple d’une visite louisianaise en Acadie», par Clint Bruce et Émilie Urbain (dans Argumentation et Analyse du Discours)

Quels sont les effets sur le plan identitaire lorsque des Louisianaises et Louisianais d’origine acadienne visitent l’Acadie des Maritimes ? La revue Argumentation et Analyse du Discours vient de publier un numéro thématique explorant « Les discours du tourisme », dans lequel se trouve un article écrit en collaboration avec Émilie Urbain, sociolinguiste de l’Université Carleton. Notre étude, qui s’intitule : «Discours du tourisme diasporique : l’exemple d’une visite louisianaise en Acadie» (lire ici), se penche sur les expériences d’un groupe de visiteurs de Broussard, petite ville en bordure de Lafayette qui est jumelée avec le village de Cap-Pelé, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick.

En voici le résumé :

Aucune description disponible.
Émilie Urbain, Université Carleton

Cet article examine les discours relevant du tourisme diasporique à l’occasion du Congrès Mondial Acadien 2019 tenu au Nouveau-Brunswick et à l’Ile-du-Prince-Edouard (Canada). Les Congrès mondiaux sont l’occasion de réunir des membres de la diaspora acadienne, une minorité ethnique et linguistique originaire de l’Est du Canada dispersée dans plusieurs régions du continent Nord-Américain et dans le monde. En particulier, nous examinons les expériences vécues des membres d’une délégation venue de la Louisiane lors de ce « retour » sur la terre de leurs ancêtres. Les processus d’identification diasporique dont témoignent leurs discours reposent à la fois sur des « moments » où la distance mémorielle et géographique s’efface lors de visites patrimoniales, sur la reconnaissance d’éléments doxiques d’une identité partagée qui permet de se sentir chez soi chez l’autre et sur la volonté de transformer les liens symboliques qui unissent la diaspora en partenariats économiques transnationaux.

S’ancrant dans les recherches de la CRÉAcT sur les jumelages municipaux aux provinces Maritimes, notre enquête s’inscrit également dans un projet d’équipe auquel nous collaborons tous les deux, Émilie Urbain et moi : «Évènements culturels et construction identitaire en contexte minoritaire : le cas du Congrès mondial acadien», mené sous l’égide de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) de l’Université de Moncton et sous la direction d’Éric Forgues. C’était l’occasion de s’interroger ensemble sur le Congrès mondial acadien après avoir participé – avec beaucoup de plaisir ! – aux activités qui sont déroulées du 10 au 24 août 2019, y compris à Cap-Pelé.

Lire la suite »

Carmen d’Entremont se penchera sur les migrations acadiennes dans le cadre de son stage postdoctoral

Pointe-de-l’Église (N.-É.), le 21 septembre 2021 – Ethnologue expérimentée dans le domaine des traditions orales des régions acadiennes, Carmen d’Entremont effectue présentement un stage postdoctoral qui vise à retracer les motifs et les impacts des migrations circulaires entre les régions de Par-en-Bas et la Nouvelle-Angleterre.

Chercheuse associée de l’Observatoire Nord/Sud et membre de l’équipe de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), son stage postdoctoral est financé par le projet Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) (TSMF). Ce dernier est sous la direction de l’historien Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones, située à l’Université de Saint-Boniface.

« Carmen d’Entremont n’est pas une étrangère au sein du projet Trois siècles de migrations francophones, puisqu’elle était impliquée au Centre acadien et à l’Observatoire Nord-Sud, deux institutions partenaires importantes. Dans son nouveau rôle de stagiaire postdoctorale, cette expérience lui sera profitable, mais surtout elle contribuera au chantier de recherche sur les relations entre l’Acadie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, particulièrement la région de Par-en-Bas, et la Nouvelle-Angleterre. En outre, elle apporte au projet une perspective ethnologique fort bienvenue. »

– Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones à l’Université de Saint-Boniface

Le projet de recherche Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) explore la genèse et l‘évolution des populations francophones sur le continent nord-américain et nourrit les réflexions sur les enjeux de l’immigration, de la diversité culturelle et du vivre-ensemble.

Carmen se penchera plus particulièrement sur des questions d’identité avec l’aide de récits et de témoignages recueillis, qu’elle utilisera pour reconstituer l’historique des expériences migratoires (l’histoire orale) et saisir les points de vue, traditions, sentiments et valeurs de la culture étudiée (les traditions orales). Elle travaillera de près avec le professeur Clint Bruce, titulaire de la CRÉAcT, ainsi qu’avec des associations locales comme la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie et le Musée des Acadiens des Pubnicos et Centre de recherche Père-Clarence-d’Entremont.

Collection de Carmen d’Entremont

À propos de l’Université Sainte-Anne

L’Université Sainte-Anne, la seule université francophone en Nouvelle-Écosse, offre des programmes d’études universitaires et collégiales ainsi que des programmes d’immersion et de formation sur mesure en français langue seconde. Reconnue pour l’excellence de ses programmes et son milieu de vie unique et exceptionnel, elle offre des occasions d’apprentissage expérientiel favorisant l’engagement et la réussite des étudiants et un contexte favorable à l’établissement d’une culture d’excellence en recherche et en développement. Résolument ancrée dans son milieu, elle est un partenaire de choix pour accroître la vitalité des régions entourant ses campus et de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse dans son ensemble.

Pour plus d’information      

Rachelle LeBlanc, Directrice des communications et du marketing
Université Sainte-Anne
Tél. : 902-769-2114, poste 7222
Courriel : rachelle.leblanc@usainteanne.ca

Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 17 septembre 2021)

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 17 septembre du Courrier de la Nouvelle-Écosse, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Ici à l’Université Sainte-Anne, la rentrée du trimestre d’automne s’annonce sous le signe de l’optimisme prudent. Certes, la pandémie n’est pas finie. Dans beaucoup d’endroits, et notamment dans ma Louisiane natale, le virus continue de faire des ravages alors que l’ouragan Ida vient de dévaster les paroisses au sud-ouest de La Nouvelle-Orléans – région où plusieurs membres de la communauté acadienne d’ici ont tissé des liens d’amitiés au fil des ans.

Toujours est-il un vent d’espoir souffle sur la Nouvelle-Écosse, où le passage à la Phase 5 de la réouverture était prévue pour cette semaine. À l’Observatoire Nord/Sud, nos projets se sont poursuivis au cours de l’été, malgré les soubresauts des conditions parfois imprévisibles. Cette chronique de la rentrée fait le point sur quelques-unes de nos initiatives.

Voici une nouvelle en primeur : nous sommes en train de lancer le balado « Acadiversité », une série de documentaires sonores qui exploreront divers aspects de l’expérience acadienne, tant historique qu’actuelle. Les deux premiers épisodes, qui s’intitulent : « Cap-Pelé et Broussard, deux villes-sœurs au cœur de l’Acadie », retracent la naissance du jumelage entre ces deux municipalités, l’une au Nouveau-Brunswick, l’autre en Louisiane, dans les années 1980 et, après une longue période d’oubli, son renouveau à l’approche du Congrès mondial acadien 2019. C’est une histoire passionnante d’une facette de la diaspora acadienne, que nous racontons à l’aide d’entretiens et d’enregistrements de terrain. 

À l’avance d’une annonce officielle au mois d’octobre, ces deux épisodes peuvent être consultés et téléchargés sur la page web d’« Acadiversité ». Il est également possible de s’abonner à travers Spotify, Apple Podcasts, Amazon Music, Stitcher et plusieurs autres services de diffusion.

Le troisième épisode de notre balado sera consacré aux thèmes qui ont été abordés lors d’un symposium à Chéticamp, les 27 et 28 août derniers. Oui, oui : un vrai évènement avec de vraies personnes « en présentiel » ! Il s’agissait d’un colloque organisé par l’Institut Gorsebrook de St. Mary’s University, sous la direction de la professeure Karly Kehoe, en partenariat avec l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton et, bien sûr, l’Observatoire Nord/Sud. Une trentaine de spécialistes, de professionnel-le-s du domaine du patrimoine et de membres du public se sont donné rendez-vous pour échanger autour des « histoires de lieux des communautés côtières » de la Nouvelle-Écosse : gaélique, acadienne et afro-néo-écossaise, entre autres, en plus de témoignages sur la Louisiane et sur la diaspora sud-asiatique, grâce à une autre collègue de St. Mary’s, la professeure Rohini Banerjee.

Le clou de l’événement : une promenade matinale pour découvrir les vestiges d’un moulin du 18e siècle, en compagnie de Scott Aucoin, fier défenseur et promoteur de l’héritage acadien de Chéticamp.

Ce n’est pas la seule activité de recherche qui s’est tenue dans les dernières semaines. Du 12 au 14 août s’est déroulé le deuxième atelier – après celui de 2019 – du projet Repenser l’Acadie dans le monde que codirige, avec moi, mon collègue Gregory Kennedy, directeur scientifique de l’Institut d’études acadiennes. Ce collectif rassemble près d’une vingtaine d’universitaires, de plusieurs disciplines. Leurs projets, qui seront présentés dans un livre (prévu pour 2023), sont novateurs et passionnants. Cette fois-là, les séances ont eu lieu en ligne. Un grand merci à Zoe Geddes, assistante de recherche et employée d’été, pour l’appui technique !

L’une de ces séances était une table ronde : « L’évolution des études acadiennes en contexte d’enseignement : réflexions et stratégies ». Animée par Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud, la discussion mettait en dialogue la professeure Isabelle LeBlanc de l’Université de Moncton, la professeure Judith Patouma de l’Université Sainte-Anne et le professeur Nathan Rabalais de l’Université de Louisiane à Lafayette. La table ronde peut être visionnée sur le blogue du projet.

Audrey Paquette-Verdon (en haut à gauche) a animé une table ronde sur l’enseignement des études acadiennes avec la professeur Isabelle LeBlanc, la professeure Judith Patouma et le professeur Nathan Rabalais.

Ce début d’année universitaire voit aussi l’arrivée de deux nouvelles personnes au sein de l’équipe de l’Observatoire Nord/Sud et de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). 

Depuis le mois de juillet, Carmen d’Entremont, ethnologue et ancienne coordinatrice du Centre acadien, amorce un stage en tant que chercheure postdoctorale dans le cadre du projet « Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940 », sous la houlette de l’historien Yves Frenette de l’Université de Saint-Boniface. Les recherches de Carmen porteront sur les récits de migration aux États-Unis dans les communautés de Par-en-Bas. Au mois d’août, elle a donné une conférence à ce sujet, à Grand-Pré, et nous avons hâte d’en donner d’autres nouvelles !

En outre, l’Observatoire Nord/Sud est très fier d’accueillir Karmen d’Entremont qui intègre la maîtrise ès arts en Cultures et espaces francophones, avec un financement complet de la CRÉAcT. Originaire de Par-en-Bas, Karmen détient un baccalauréat ès arts de l’Université Sainte-Anne, avec une majeure en histoire. Ayant travaillé pour différents musées dans sa région natale, il est passionné par le patrimoine acadien et, plus généralement, fasciné par la destinée des petites cultures.

D’ici notre prochaine chronique, qui sera signée par Audrey Paquette-Verdon, n’oubliez pas la rencontre en ligne avec Sonya Malaborza, traductrice du roman à succès L’accoucheuse de Scots Bay (The Birth House, 2006) d’Ami McKay, le lundi 27 septembre à 19h00. Les détails se trouvent sur la page Facebook de l’Observatoire Nord/Sud.

Pour l’amour de la francophonie : entretien avec Bailey Ross, assistant de recherche et récent diplômé de l’Université Sainte-Anne

Nous nous entretenons avec Bailey Ross, assistant de recherche qui vient de décrocher son diplôme de l’Université Sainte-Anne. C’est un passionné d’histoire à qui les cultures francophones tiennent à cœur...

Décrivez votre parcours à l’Université Sainte-Anne. Qu’est-ce que vous avez étudié et dans quel but ?

J’étais inscrit dans le programme de baccalauréat, majeure en français, mineure en histoire, afin de devenir enseignant de français langue seconde. Cette année, j’obtiens mon diplôme de l’Université Sainte-Anne et je commencerai mon baccalauréat en éducation à Acadia Université. Depuis ma première année, j’ai suivi plusieurs cours de littérature française, de linguistique et d’histoire, y compris d’histoire acadienne.

Quel a été votre cheminement jusqu’ici ? Aussi, vous êtes très impliqué dans des initiatives francophones, n’est-ce pas ?

Je suis originaire de Digby, ici en Nouvelle-Écosse. C’est une ville anglophone située au sud-ouest de la province. J’y suis demeuré jusqu’à mon déménagement à l’université. À l’école élémentaire et secondaire, j’étais inscris dans le programme d’immersion française. J’ai suivi la majorité de mes cours en français jusqu’à la fin de mes études. 

Quand je suis arrivé à Sainte-Anne, je me suis impliqué dans conseil exécutif de Canadian Parents for French – Nouvelle-Écosse. J’ai servi de représentant jeunesse et de secrétaire, et j’en suis actuellement le vice-président. En plus, j’ai participé au forum Officiellement 50 ! à Gatineau, au Québec, en 2019. J’étais invité par le commissaire des langues officielles pour faire des recommandations au sujet de la modernisation de la Loi sur les langues officielles du Canada.

Bailey Ross prend la parole lors d’une classe de maître de la CRÉAcT sur l’antibilinguisme au Canada, animée par Ricky G. Richard, le 18 mars 2019. (Crédit photo : Louise d’Alessio-Doucet)

Comment s’explique votre intérêt particulier pour les études acadiennes ?

Mon intérêt pour les études acadiennes date de mon séjour scolaire à Digby Regional High School. Plusieurs de mes enseignants avaient des origines acadiennes. Ainsi, ils nous ont appris plusieurs perspectives historiques sur la déportation. Lorsque je suis arrivé à Sainte-Anne, j’ai développé un amour encore plus profond pour le sujet. J’ai suivi des cours d’histoire traitant non seulement du Grand Dérangement, mais de tous les effets culturels qui ont résulté de l’intégration de la culture acadienne dans leurs nouvelles patries.

Lire la suite »

Les premiers voyages du père Maurice LeBlanc en Louisiane (Au rythme de notre monde, dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 12 et 26 mars 2021)

Les deux parties de cette chronique ont paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans son édition du 12 mars 2021 et celle du 26 mars 2021, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Première partie (chronique du 12 mars 2021)

En 1955, le bicentenaire de la Déportation a été commémoré non seulement dans les communautés acadiennes des provinces Maritimes, mais également en Louisiane. Dès le mois de janvier, des cérémonies et activités à caractère patrimonial ont été organisées à Lafayette, au cœur du pays cadien et créole. Le coup d’envoi de ces manifestations a attiré plusieurs délégations venues de l’étranger, y compris du Canada, bien sûr. Parmi leur nombre se trouvait le regretté père Maurice LeBlanc (1924-2021), dont le récent décès à l’âge vénérable de 96 ans vient d’endeuiller l’Acadie entière.

Même si je n’ai pas connu le père Maurice pendant des décennies comme beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteur du Courrier, son départ n’a pas manqué de m’affliger. Dès mon arrivée à l’Université Sainte-Anne à l’été 2015, j’ai eu plusieurs occasions de fréquenter cet Acadien et homme d’église au cœur généreux et aux talents multiples qui, en prenant connaissance de mes recherches sur la diaspora acadienne, s’est empressé de me dire qu’il avait visité la Louisiane, mon État natal, par quatre fois. 

Son premier voyage remontait aux fêtes du bicentenaire de la Déportation en 1955 alors qu’il était professeur d’histoire de l’art au Collège du Sacré-Cœur à Bathurst (Nouveau-Brunswick). Les autres déplacements se sont effectués en 1964, en compagnie de sa mère et de l’une de ses sœurs; en 1987, pendant qu’il était président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse; et une dernière fois à l’occasion du Congrès mondial acadien—Louisiane 1999. Autant d’occasions d’apprécier et de mieux approfondir le lien acadien.

La participation du père Maurice aux commémorations de 1955 n’a rien de surprenant. Son père, le docteur Joseph-Émile LeBlanc (1890-1957), fervent défenseur du fait francophone, avait prononcé un discours de bienvenue au Collège Sainte-Anne lorsqu’une délégation louisianaise, composée surtout de jeunes « Évangélines » recrutées par le truculent sénateur Dudley J. LeBlanc, avait visité la Nouvelle-Écosse en 1930. Le père Maurice se rappelait lui-même la seconde visite des Évangélines du sénateur LeBlanc, en 1936, quand il n’avait que 11 ans.

C’est 80 ans plus tard, en août 2016, que j’ai pris rendez-vous avec le père Maurice pour qu’il me raconte quelques-uns de ses souvenirs. Le soleil souriait sur la péninsule de Pubnico quand je suis arrivé chez lui, à quelques pas du Musée des Acadiens des Pubnicos. Tout sourire lui-même, il m’a accueilli dans la maison où son père avait exercé sa pratique et où sa mère, Jeannette d’Entremont, enseignante, avait élevé leurs cinq enfants. Après quelques minutes de conversation, nous nous sommes installés dans son salon, pièce qui servait aussi d’atelier de peinture. C’était le tout premier entretien d’un important projet de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), La diaspora acadienne au fil de nos histoires.

Celles et ceux qui ont connu le père Maurice savent qu’il aimait voyager. La semaine avant notre entretien, il revenait de Philadelphie où il avait rendu visite à sa sœur cadette, Simone. Plus jeune, en tant que membre de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, il avait vécu deux ans en Europe, de 1956 à 1958. Sa passion des arts et de la culture l’a amené à découvrir les musées et salles de concert de plusieurs grandes villes, de part et d’autre de l’Atlantique. Or, notre conversation allait m’apprendre un détail digne de mention sur le bicentenaire de 1955 : « C’était vraiment un premier voyage lointain que je faisais dans ma vie », a-t-il expliqué.

Lire la suite »