Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie

Femmes et archives en études acadiennes : appel de textes pour un numéro spécial de la revue Port Acadie (nos 36-37)

Dans ce numéro thématique, l’intersection « femmes et archives » sera examinée en tant qu’objet transversal et transdisciplinaire en études acadiennes permettant de rassembler des perspectives variées et de croiser différents regards à partir de sources matérielles de femmes. L’objectif principal sera de mieux appréhender la place des récits individuels dans notre compréhension du monde social. Que ce soit des études consacrées à la presse féminine, aux journaux intimes de femmes, aux pratiques linguistiques de femmes, aux correspondances de celles-ci, aux objets et rites, aux mobilités sociohistoriques, aux différentes formes d’intimités, aux formes de création artistique et littéraire, le pluralisme des vécus permettra de nuancer et enrichir notre compréhension de ce que constituent les vies de femmes, y compris de femmes minorisées et/ou racisées. Les études permettant des comparaisons avec d’autres sociétés sont les bienvenues.

Les récits individuels de femmes sont, en quelque sorte, des portraits performatifs (dans le sens de « doing gender ») qui permettent de contrer les perceptions socio-dominantes qui essentialisent les femmes comme des figures interchangeables participant au même groupe homogène. L’hétérogénéité des vécus individuels permettra d’examiner différents exemples (qui ne se veulent ni exhaustifs ni généralisables) de ce que constitue des vies de femmes d’hier à aujourd’hui. Le rapport entre les individus et la société sera au cœur de ce numéro en faisant valoir la pertinence des recherches en archives pour multiplier les récits de femmes et ainsi contrer l’idée reçue selon laquelle l’histoire des femmes est singulière.

Les propositions (300 mots) doivent parvenir à isabelle.leblanc@umoncton.ca avant le 1er avril 2021. Les manuscrits (6 500 mots) doivent être soumis au plus tard le 1er septembre 2021.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Les lettres fantômes du Grand Dérangement, retrouvées par Jean-François Mouhot

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Pendant longtemps, les voix et les perspectives des Acadiennes et Acadiens dispersés pendant le Grand Dérangement nous ont semblées plus ou moins inaccessibles. Certes, il y avait des documents à caractère officiel, notamment des pétitions réclamant de meilleures conditions. Pour précieux qu’ils soient, ces textes demeurent d’une portée limitée. Les spécialistes savaient pourtant qu’une abondante correspondante entre les exilés avait eu lieu pendant ces années terribles. À la différence des pétitions, ces lettres pouvaient jeter un éclairage sur les rapports entre des membres de familles et de communautés très éloignés les uns des autres, à la faveur des réseaux de communication du monde atlantique. Où étaient-elles?

C’est à l’historien français Jean-François Mouhot que revient l’honneur d’avoir retrouvé et réuni un certain nombre de ces «lettres fantômes» enfouies dans les archives françaises. Auteur de l’ouvrage Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785 – L’impossible réintégration? (Septentrion, 2009), Mouhot a eu l’heureux réflexe de mettre ses sources documentaires à la disposition du public. En plus d’une base de données consultable, plus d’une quinzaine de ces lettres ont été reproduites dans deux articles parus dans la revue Acadiensis (cliquez sur le titre pour accéder au texte) :

Cette dernière trouvaille, c’est-à-dire la lettre écrite par un jeune Acadien qui venait d’arriver en Louisiane, en dit long sur les espoirs des réfugiés de refaire leur vie dans cette terre d’accueil sous l’égide de la couronne espagnole. En voici un extrait :

La terre rapporte ici tout ce que l’on y veut semer. Blés de France, mahy et riz, patates, giraumont, pistaches, toutes sortes de légumes, lin, coton. Il n’y manque que du monde pour le cultiver. On y fait de l’indigo, du sucre, des oranges, et des pêches y viennent comme les pommes en France. On nous concède 6 arpents aux gens mariés et 4 et 5 aux jeunes gens, ainsi on a l’avantage, mon cher père, d’être sur sa terre, et de dire j’ai un chez moi. Le bois y est très commun, on en fait un grand commerce, pour les constructions et pour les bâtiments des maisons au cap et autres îles. Une personne qui veut s’adonner au bien et mettre sa peine sera à son aise en peu d’années. C’est un pays immense, vous pouvez y venir hardiment avec ma chère mère et toutes les autres familles acadiennes. Ils seront toujours mieux qu’en France. 

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

Image de la couverture : Dessin tiré du livre Lonely Ships and Lonely Seas par Ralph Paine. Dessins de George Avison. The Century Co., New York, 1921. P. 384.