Vient de paraître : «Discours du tourisme diasporique : l’exemple d’une visite louisianaise en Acadie», par Clint Bruce et Émilie Urbain (dans Argumentation et Analyse du Discours)

Quels sont les effets sur le plan identitaire lorsque des Louisianaises et Louisianais d’origine acadienne visitent l’Acadie des Maritimes ? La revue Argumentation et Analyse du Discours vient de publier un numéro thématique explorant « Les discours du tourisme », dans lequel se trouve un article écrit en collaboration avec Émilie Urbain, sociolinguiste de l’Université Carleton. Notre étude, qui s’intitule : «Discours du tourisme diasporique : l’exemple d’une visite louisianaise en Acadie» (lire ici), se penche sur les expériences d’un groupe de visiteurs de Broussard, petite ville en bordure de Lafayette qui est jumelée avec le village de Cap-Pelé, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick.

En voici le résumé :

Aucune description disponible.
Émilie Urbain, Université Carleton

Cet article examine les discours relevant du tourisme diasporique à l’occasion du Congrès Mondial Acadien 2019 tenu au Nouveau-Brunswick et à l’Ile-du-Prince-Edouard (Canada). Les Congrès mondiaux sont l’occasion de réunir des membres de la diaspora acadienne, une minorité ethnique et linguistique originaire de l’Est du Canada dispersée dans plusieurs régions du continent Nord-Américain et dans le monde. En particulier, nous examinons les expériences vécues des membres d’une délégation venue de la Louisiane lors de ce « retour » sur la terre de leurs ancêtres. Les processus d’identification diasporique dont témoignent leurs discours reposent à la fois sur des « moments » où la distance mémorielle et géographique s’efface lors de visites patrimoniales, sur la reconnaissance d’éléments doxiques d’une identité partagée qui permet de se sentir chez soi chez l’autre et sur la volonté de transformer les liens symboliques qui unissent la diaspora en partenariats économiques transnationaux.

S’ancrant dans les recherches de la CRÉAcT sur les jumelages municipaux aux provinces Maritimes, notre enquête s’inscrit également dans un projet d’équipe auquel nous collaborons tous les deux, Émilie Urbain et moi : «Évènements culturels et construction identitaire en contexte minoritaire : le cas du Congrès mondial acadien», mené sous l’égide de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) de l’Université de Moncton et sous la direction d’Éric Forgues. C’était l’occasion de s’interroger ensemble sur le Congrès mondial acadien après avoir participé – avec beaucoup de plaisir ! – aux activités qui sont déroulées du 10 au 24 août 2019, y compris à Cap-Pelé.

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Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 17 septembre 2021)

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 17 septembre du Courrier de la Nouvelle-Écosse, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Ici à l’Université Sainte-Anne, la rentrée du trimestre d’automne s’annonce sous le signe de l’optimisme prudent. Certes, la pandémie n’est pas finie. Dans beaucoup d’endroits, et notamment dans ma Louisiane natale, le virus continue de faire des ravages alors que l’ouragan Ida vient de dévaster les paroisses au sud-ouest de La Nouvelle-Orléans – région où plusieurs membres de la communauté acadienne d’ici ont tissé des liens d’amitiés au fil des ans.

Toujours est-il un vent d’espoir souffle sur la Nouvelle-Écosse, où le passage à la Phase 5 de la réouverture était prévue pour cette semaine. À l’Observatoire Nord/Sud, nos projets se sont poursuivis au cours de l’été, malgré les soubresauts des conditions parfois imprévisibles. Cette chronique de la rentrée fait le point sur quelques-unes de nos initiatives.

Voici une nouvelle en primeur : nous sommes en train de lancer le balado « Acadiversité », une série de documentaires sonores qui exploreront divers aspects de l’expérience acadienne, tant historique qu’actuelle. Les deux premiers épisodes, qui s’intitulent : « Cap-Pelé et Broussard, deux villes-sœurs au cœur de l’Acadie », retracent la naissance du jumelage entre ces deux municipalités, l’une au Nouveau-Brunswick, l’autre en Louisiane, dans les années 1980 et, après une longue période d’oubli, son renouveau à l’approche du Congrès mondial acadien 2019. C’est une histoire passionnante d’une facette de la diaspora acadienne, que nous racontons à l’aide d’entretiens et d’enregistrements de terrain. 

À l’avance d’une annonce officielle au mois d’octobre, ces deux épisodes peuvent être consultés et téléchargés sur la page web d’« Acadiversité ». Il est également possible de s’abonner à travers Spotify, Apple Podcasts, Amazon Music, Stitcher et plusieurs autres services de diffusion.

Le troisième épisode de notre balado sera consacré aux thèmes qui ont été abordés lors d’un symposium à Chéticamp, les 27 et 28 août derniers. Oui, oui : un vrai évènement avec de vraies personnes « en présentiel » ! Il s’agissait d’un colloque organisé par l’Institut Gorsebrook de St. Mary’s University, sous la direction de la professeure Karly Kehoe, en partenariat avec l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton et, bien sûr, l’Observatoire Nord/Sud. Une trentaine de spécialistes, de professionnel-le-s du domaine du patrimoine et de membres du public se sont donné rendez-vous pour échanger autour des « histoires de lieux des communautés côtières » de la Nouvelle-Écosse : gaélique, acadienne et afro-néo-écossaise, entre autres, en plus de témoignages sur la Louisiane et sur la diaspora sud-asiatique, grâce à une autre collègue de St. Mary’s, la professeure Rohini Banerjee.

Le clou de l’événement : une promenade matinale pour découvrir les vestiges d’un moulin du 18e siècle, en compagnie de Scott Aucoin, fier défenseur et promoteur de l’héritage acadien de Chéticamp.

Ce n’est pas la seule activité de recherche qui s’est tenue dans les dernières semaines. Du 12 au 14 août s’est déroulé le deuxième atelier – après celui de 2019 – du projet Repenser l’Acadie dans le monde que codirige, avec moi, mon collègue Gregory Kennedy, directeur scientifique de l’Institut d’études acadiennes. Ce collectif rassemble près d’une vingtaine d’universitaires, de plusieurs disciplines. Leurs projets, qui seront présentés dans un livre (prévu pour 2023), sont novateurs et passionnants. Cette fois-là, les séances ont eu lieu en ligne. Un grand merci à Zoe Geddes, assistante de recherche et employée d’été, pour l’appui technique !

L’une de ces séances était une table ronde : « L’évolution des études acadiennes en contexte d’enseignement : réflexions et stratégies ». Animée par Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud, la discussion mettait en dialogue la professeure Isabelle LeBlanc de l’Université de Moncton, la professeure Judith Patouma de l’Université Sainte-Anne et le professeur Nathan Rabalais de l’Université de Louisiane à Lafayette. La table ronde peut être visionnée sur le blogue du projet.

Audrey Paquette-Verdon (en haut à gauche) a animé une table ronde sur l’enseignement des études acadiennes avec la professeur Isabelle LeBlanc, la professeure Judith Patouma et le professeur Nathan Rabalais.

Ce début d’année universitaire voit aussi l’arrivée de deux nouvelles personnes au sein de l’équipe de l’Observatoire Nord/Sud et de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT). 

Depuis le mois de juillet, Carmen d’Entremont, ethnologue et ancienne coordinatrice du Centre acadien, amorce un stage en tant que chercheure postdoctorale dans le cadre du projet « Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940 », sous la houlette de l’historien Yves Frenette de l’Université de Saint-Boniface. Les recherches de Carmen porteront sur les récits de migration aux États-Unis dans les communautés de Par-en-Bas. Au mois d’août, elle a donné une conférence à ce sujet, à Grand-Pré, et nous avons hâte d’en donner d’autres nouvelles !

En outre, l’Observatoire Nord/Sud est très fier d’accueillir Karmen d’Entremont qui intègre la maîtrise ès arts en Cultures et espaces francophones, avec un financement complet de la CRÉAcT. Originaire de Par-en-Bas, Karmen détient un baccalauréat ès arts de l’Université Sainte-Anne, avec une majeure en histoire. Ayant travaillé pour différents musées dans sa région natale, il est passionné par le patrimoine acadien et, plus généralement, fasciné par la destinée des petites cultures.

D’ici notre prochaine chronique, qui sera signée par Audrey Paquette-Verdon, n’oubliez pas la rencontre en ligne avec Sonya Malaborza, traductrice du roman à succès L’accoucheuse de Scots Bay (The Birth House, 2006) d’Ami McKay, le lundi 27 septembre à 19h00. Les détails se trouvent sur la page Facebook de l’Observatoire Nord/Sud.

Les premiers voyages du père Maurice LeBlanc en Louisiane (Au rythme de notre monde, dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 12 et 26 mars 2021)

Les deux parties de cette chronique ont paru dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans son édition du 12 mars 2021 et celle du 26 mars 2021, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Première partie (chronique du 12 mars 2021)

En 1955, le bicentenaire de la Déportation a été commémoré non seulement dans les communautés acadiennes des provinces Maritimes, mais également en Louisiane. Dès le mois de janvier, des cérémonies et activités à caractère patrimonial ont été organisées à Lafayette, au cœur du pays cadien et créole. Le coup d’envoi de ces manifestations a attiré plusieurs délégations venues de l’étranger, y compris du Canada, bien sûr. Parmi leur nombre se trouvait le regretté père Maurice LeBlanc (1924-2021), dont le récent décès à l’âge vénérable de 96 ans vient d’endeuiller l’Acadie entière.

Même si je n’ai pas connu le père Maurice pendant des décennies comme beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteur du Courrier, son départ n’a pas manqué de m’affliger. Dès mon arrivée à l’Université Sainte-Anne à l’été 2015, j’ai eu plusieurs occasions de fréquenter cet Acadien et homme d’église au cœur généreux et aux talents multiples qui, en prenant connaissance de mes recherches sur la diaspora acadienne, s’est empressé de me dire qu’il avait visité la Louisiane, mon État natal, par quatre fois. 

Son premier voyage remontait aux fêtes du bicentenaire de la Déportation en 1955 alors qu’il était professeur d’histoire de l’art au Collège du Sacré-Cœur à Bathurst (Nouveau-Brunswick). Les autres déplacements se sont effectués en 1964, en compagnie de sa mère et de l’une de ses sœurs; en 1987, pendant qu’il était président de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse; et une dernière fois à l’occasion du Congrès mondial acadien—Louisiane 1999. Autant d’occasions d’apprécier et de mieux approfondir le lien acadien.

La participation du père Maurice aux commémorations de 1955 n’a rien de surprenant. Son père, le docteur Joseph-Émile LeBlanc (1890-1957), fervent défenseur du fait francophone, avait prononcé un discours de bienvenue au Collège Sainte-Anne lorsqu’une délégation louisianaise, composée surtout de jeunes « Évangélines » recrutées par le truculent sénateur Dudley J. LeBlanc, avait visité la Nouvelle-Écosse en 1930. Le père Maurice se rappelait lui-même la seconde visite des Évangélines du sénateur LeBlanc, en 1936, quand il n’avait que 11 ans.

C’est 80 ans plus tard, en août 2016, que j’ai pris rendez-vous avec le père Maurice pour qu’il me raconte quelques-uns de ses souvenirs. Le soleil souriait sur la péninsule de Pubnico quand je suis arrivé chez lui, à quelques pas du Musée des Acadiens des Pubnicos. Tout sourire lui-même, il m’a accueilli dans la maison où son père avait exercé sa pratique et où sa mère, Jeannette d’Entremont, enseignante, avait élevé leurs cinq enfants. Après quelques minutes de conversation, nous nous sommes installés dans son salon, pièce qui servait aussi d’atelier de peinture. C’était le tout premier entretien d’un important projet de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), La diaspora acadienne au fil de nos histoires.

Celles et ceux qui ont connu le père Maurice savent qu’il aimait voyager. La semaine avant notre entretien, il revenait de Philadelphie où il avait rendu visite à sa sœur cadette, Simone. Plus jeune, en tant que membre de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, il avait vécu deux ans en Europe, de 1956 à 1958. Sa passion des arts et de la culture l’a amené à découvrir les musées et salles de concert de plusieurs grandes villes, de part et d’autre de l’Atlantique. Or, notre conversation allait m’apprendre un détail digne de mention sur le bicentenaire de 1955 : « C’était vraiment un premier voyage lointain que je faisais dans ma vie », a-t-il expliqué.

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Just Published: A Special Dossier on Francophone Louisiana in the Journal Québec Studies

[TEXTE FRANÇAIS DISPONIBLE ICI.] Church Point (NS), 11 January 2021 – The most recent issue of the scholarly journal Québec Studies features a thematic dossier on the Francophonie in Louisiana, coordinated by Dr. Clint Bruce, Canada Research Chair in Acadian and Transnational Studies (CRÉAcT), and two of his colleagues, Dr. Nathan Rabalais, from the University of Louisiana at Lafayette, and Dr. Robin Anita White, from Nicholls State University in Thibodaux, Louisiana. The dossier brings together five groundbreaking studies under the indicative title, “Francophone Louisiana’s Cultural Flows” (issue 70, fall/winter 2020).

This publication project stems from a symposium organized by the three professors in November 2018, in New Orleans, as part of the biennial conference of the American Council for Québec Studies (ACQS). The mission of this association encompasses, in fact, research on the entire North American francophone community. Multidisciplinary and bilingual, the journal Québec Studies is directed by Dr. Amy R. Ransom (Central Michigan University) and published under the auspices of the ACQS in partnership with Liverpool University Press in the United Kingdom.

As with the 2018 conference, the articles in this issue explore different and lesser-known aspects of Franco-Louisiana culture as shaped by interactions with other areas of the French-speaking world. Having been admitted to the United States in 1812, Louisiana has always been characterized by its ethnoracial diversity and by intercultural encounters. Though the future of the French language may seem uncertain, Francophone life continues to be nourished by a variety of influences.

“The notion of ‘cultural flows,’ which was conceptualized by the Indian anthropologist Arjun Appadurai, refers to processes resulting from globalization and from which no society is insulated – including Louisiana in its French-speaking dimension,” says Professor Bruce. “In order to envision forms of cooperation with the francophone world, it is essential to understand these sociocultural dynamics, throughout history and at present.”

Such issues lie at the heart of the CRÉAcT’s research program, which focuses on the Acadian diaspora, and inform initiatives by the Observatoire Nord/Sud (North/South Observatory), the center associated with the Chair, located at Université Sainte-Anne’s Church Point campus. Both Dr. Rabalais and Dr. White are affiliated with the CRÉAcT.

The contributions represent various disciplines and span several eras, from the colonial period to the present day. The article by Dr. Angel Adams Parham, sociologist at Loyola University New Orleans, traces Creole community memory through the material legacy of masonry in New Orleans. Dr. Robin White highlights the symbolic significance of yellow fever epidemics as depicted in three nineteenth-century Franco-Louisianan novels. Considering the same period, Dr. Guillaume Pinson (Université Laval) analyzes the continental and transatlantic networks of the French-language press in Louisiana, which remained active until the early 1900s.

The Acadian diaspora is featured in the respective texts by Rachel Doherty (UL-Lafayette) and Dr. Clint Bruce. A doctoral student at Lafayette and former CRÉAcT intern (2017-18), Doherty questions the treatment—or rather the erasure—of racism in the poem Amédé by the renowned Nova Scotian writer Georgette LeBlanc, a work that reimagines the murder of a black musician during the Great Depression. From a different angle, Bruce’s study examines the twinning of towns in Louisiana with Francophone municipalities in Atlantic Canada, a phenomenon that dates back to the early 1970s and which can serve to strengthen Acadian identity. His article shares the initial results of a project undertaken by the Observatoire Nord/Sud, “Cities Have a Family: A Survey of Municipal Twinnings in the Maritime Provinces.”

The publication of this dossier in Québec Studies illustrates the CRÉAcT’s dynamism within Francophone studies as well as the growing role of Université Sainte-Anne as a center of excellence in research.

To learn more about the dossier “Francophone Louisiana’s Cultural Flows,” please visit the website of the journal Québec Studies.

About Université Sainte-Anne

Université Sainte-Anne, the only French language post-secondary institution in Nova Scotia, offers university and college-level courses as well as a French immersion program and customized training in French as a second language. Recognized for its excellent programs as well as its unique and exceptional living environment, Sainte-Anne offers experiential learning opportunities that promote student engagement and success, and an atmosphere which encourages a culture of excellence in research and development. Solidly established in its community, Université Sainte-Anne is a partner of choice for all those who wish to strengthen the vitality of the regions surrounding its 5 campuses as well as all of Acadie throughout Nova Scotia.

For more information

Rachelle LeBlanc, Director of Communications and Marketing
Université Sainte-Anne
Tel.: 902-769-2114 Extension 7222
rachelle.leblanc@usainteanne.ca

Le 13 décembre, Jour du souvenir acadien : un peu de contexte / December 13, Acadian Remembrance Day: Some Essential Background

Peeking bravely over the Gulf of Maine, Cape Saint Mary (Nova Scotia) offers one of Clare’s most majestic views, appreciated by locals and visitors alike. In the summer of 2018, the Cape Saint Mary Lighthouse Park became an important commemorative site upon the inauguration of a poignant, commanding monument in honor of fishermen and all residents from our community who have lost their lives at sea. (Click here to learn more about this project and the sculpture by artist Mark Graff, « Coming Home. ») A decision was made to underscore the link between these tragic deaths and the victims of shipwrecks during the years of the Acadian Deportation, or Grand Dérangement. This human catastrophe, both a crime and a sacrifice, is recalled each December 13th, known as the Acadian Remembrance Day. It was an honor for me to work with Édouard LeBlanc in composing the text for a panel designed by Denise Saulnier for the Municipality of Clare and the Société acadienne de Clare. Though succinct, our explanations draw from original accounts, published research, and consultation with Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) who kindly shared his latest findings and estimations. On this Acadian Remembrance Day 2020, it seems appropriate to make this content available to any and all, near and far. Please note that the English versions follow the French.

Surplombant avec intrépidité le golfe du Maine, le cap Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse) offre l’une des vues panoramiques les plus majestueuses de la région de Clare. Or, en été 2018, le Parc du phare au cap Sainte-Marie est devenu un important site commémoratif suite à l’inauguration d’un touchant et imposant monument en l’honneur des pêcheurs et de tous les résidents de notre communauté ayant perdu la vie en mer. (Cliquez ici pour en savoir davantage sur ce projet et sur la sculpture de l’artiste Mark Graff, «Coming Home».) La décision avait été prise de souligner le lien entre ces morts tragiques, d’une part, et le souvenir des victimes des naufrages pendant la Déportation des Acadiens ou le Grand Dérangement, d’autre part. Ce désastre humain, à la fois crime et sacrifice, est rappelé chaque 13 décembre à l’occasion du Jour du souvenir acadien. C’était un honneur pour moi de collaborer avec monsieur Édouard LeBlanc à la préparation d’un texte destiné au panneau conçu par Denise Saulnier pour le compte de la Municipalité de Clare et de la Société acadienne de Clare. Quoique succinctes, nos explications s’appuient sur des documents historiques, des travaux publiés et une consultation avec Stephen A. White (Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson) qui a eu la bonté de me faire part de ses plus récentes recherches. En ce Jour du souvenir acadien 2020, il m’a semblé juste et digne de mettre ce contenu à la disposition de tout le monde, partout au monde.

Victimes des naufrages pendant le Grand Dérangement (The English version follows below.)

Le monument aux personnes noyées de Clare incite à nous rappeler que de nombreux Acadiens et Acadiennes perdirent la vie à l’époque des Déportations par les autorités britanniques, entre 1755 et 1763. Sur une population totale de plus de 14 000, on estime environ 3 000 décès, dont un grand nombre pendant les voyages en mer.

En 1758, près de 800 déportés moururent lors de la perte de trois navires de la marine anglaise : le Violet, le Duke William et le Ruby. Ces bâtiments faisaient partie de convois chargés d’évacuer de force la population acadienne de l’Île Saint- Jean (l’Île-du-Prince-Édouard) après la chute de Louisbourg, forteresse française de l’Île Royale (le Cap-Breton), à l’été 1758. Ayant pris le large le 25 novembre, le Violet et le Duke William transportaient 583 prisonniers. À l’approche des côtes d’Angleterre, des fuites se déclarèrent dans les deux vaisseaux. Le Violet sombra le 12 décembre, à quelques encâblures du Duke William dont l’équipage et les passagers acadiens déployaient des efforts désespérés. Le lendemain, le bateau fut abandonné par ses marins, accompagnés du curé de l’île Saint-Jean, Jacques Girard. Il coula peu après; seulement quatre Acadiens purent gagner le littoral.

Ce désastre figure parmi les accidents les plus meurtriers de l’histoire de la Royal Navy. Dans une lettre écrite à Penzance (Cornouailles), le capitaine William Nichols prétendait que ses captifs s’étaient résignés à leur sort : « Ils se sont comportés avec la plus grande intrépidité et, jusqu’à leurs derniers instants, ils ont agi avec une grande force d’âme. »

Quant au Ruby, qui se dirigeait vers St-Malo (France) avec 310 Acadiennes et Acadiens à bord, celui-ci s’échoua dans les Açores le 16 décembre 1758. Un rapport signala la disparition tragique de 190 passagers.

Victims of shipwrecks during the Grand Dérangement

The Lost to the Sea monument for the Municipality of Clare invites us to remember that numerous Acadian men and women lost their lives at the time of the Deportations by British authorities, between 1755 and 1763. Out of a total population of more than 14,000, we estimate approximately 3,000 deaths, of which a great number occurred at sea.

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Photoblogue : la CRÉAcT visite l’île Georges à Halifax

Dans le havre nommé Kjipuktuk par les Mi’kmaq, à quelques jets de pierre des quais de la ville d’Halifax, se dressent les formes drumlinoïdes – c’est-à-dire, formées de collines douces – de l’île Georges. Normalement fermé au public, ce site est devenu accessible pendant plusieurs fins de semaine de l’été 2020. L’équipe de la CRÉAcT s’y est rendue.

Au milieu du 18e siècle, ce lieu a servi de prison pour détenir de nombreux Acadiennes et Acadiens pendant la Déportation, comme cela est expliqué dans la dernière chronique parue dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse : «L’île Georges, au cœur de la mémoire acadienne» (18 septembre 2020). Pour une compréhension approfondie du sujet, il est possible de lire l’étude de l’historien Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764».

Nous étions quatre à entreprendre cette excursion, moi-même en compagnie de trois étudiant-e-s de l’Université Sainte-Anne. L’un de nos constats, c’est que même s’il y a des efforts pour valoriser l’expérience acadienne, celle-ci n’a pas été suffisamment expliquée par les guides. Nous avons donc choisi de présenter et de commenter des photos que nous avons prises sur place, afin de permettre aux gens de mieux imaginer cet épisode tragique. Pour agrandir une photo, il suffit de cliquer sur l’image.

Sélection d’Audrey Paquette-Verdon, coordinatrice de l’Observatoire Nord/Sud

(1) Photo de Bailey Ross – Le moment où fut prise cette photo n’aurait pas pu être plus fortuite. La capture est suffisamment proche pour voir les bâtiments de l’Île Georges, tout en démontrant la hauteur de celle-ci – ses courbes, etc. J’adore qu’on puisse voir les gens la visiter au loin, car cela démontre l’intérêt pour l’histoire et le désir d’en savoir plus.

(2) Photo d’Audrey Paquette-Verdon – Cette photo nous permet de se sentir comme «dans le temps». On dirait que nous faisons partie du décor. La focalisation permet également de se sentir d’autant plus ancrée dans l’Île. On ne dirait pas, si l’image était en noir et blanc, qu’elle venait de notre époque. Tout se passe comme si celle ou celui qui regarde la photo était omniprésent.

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VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet», par Éva Guillorel, Patrice Nicolas et Nathan Rabalais

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

L’identité culturelle des gens dans une société donnée n’est pas forcément reflétée dans les discours émanant de l’élite et des institutions officielles. Beaucoup s’en faut. Cette problématique traverse comme un fil rouge les recherches de trois spécialistes des études acadiennes œuvrant au sein du collectif Repenser l’Acadie dans le monde, à savoir Éva Guillorel (Université de Caen Normandie), Patrice Nicolas (Université de Moncton) et Nathan Rabalais (Université de Louisiane à Lafayette). À la suite d’une séance de réflexion, ces chercheur-e-s ont exploré les points de convergence et de divergence entre leurs projets respectifs dans un billet de blogue fort stimulant : «Du patrimoine musical aux mèmes sur Internet» (lire ici).

Force est de souligner, comme le font ici les auteur-e-s, la diversité de leurs perspectives, «en lien avec leurs formations disciplinaires variées et les périodes chronologiques différenciées qu’ils privilégient» :

Éva Guillorel s’intéresse à la mémoire des conflits franco-anglais de la guerre de Sept Ans à travers les chansons de tradition orale acadiennes ; Patrice Nicolas analyse la circulation de motifs narratifs dans une chanson connue en Acadie mais dont les racines littéraires et musicales remontent à la Renaissance européenne ; Nathan Rabalais fait une comparaison entre l’expression culturelle et identitaire acadienne et louisianaise à travers les mèmes humoristiques postés sur les réseaux sociaux.

Or, la transmission culturelle demeure un enjeu commun :

Le principal point commun qui émerge est la question de l’adaptation locale de schémas culturels préexistants à travers des formes narratives qui expriment des marques d’identité. La dimension sonore (pour les chansons) et visuelle (pour les mèmes) est essentielle et, quel que soit le support de diffusion, la langue orale et ses expressions régionales sont au cœur du propos.

Ce sont justement des interconnexions de ce genre, avec les dialogues qu’elles peuvent susciter, qui sont valorisées par le projet Repenser l’Acadie dans le monde, d’autant plus qu’il s’agit de circulations transatlantiques et transnationales. Bonne lecture et bonnes découvertes !

Pour en savoir davantages sur ces chercheur-e-s, consulter la page des profils sur le site de Repenser l’Acadie dans le monde.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Ronnie-Gilles LeBlanc, «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764»

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Image de la couverture : Georges Island viewed from Halifax, with McNabs Island in the background. Crédit photo : Andrew Crawford, 2010; source : WikiCommons, sous la licence CC BY-SA 3.0.

Parcs Canada vient de faire une annonce qui suscite l’enthousiasme des passionnés d’histoire acadienne. Du 8 août a 6 septembre 2020, des visites seront permises au Lieu historique national de l’Île-Georges. En temps normal, ce site est fermé au public. Située dans le havre d’Halifax, où on la voit aisément depuis le marché des fermiers du bord de mer, cette petite île renferme un passé funeste en ce qui concerne le sort des victimes du Grand Dérangement au milieu du 18e siècle. Voici l’explication qui est donnée dans le résumé de l’article que nous mettons en vedette cette semaine : «Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755-1764» par Ronnie-Gilles LeBlanc, paru en 2012 dans Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes [1] :

L’île Georges, sise dans le havre d’Halifax, a servi de lieu de détention pour des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens durant l’époque de la Déportation, de 1755 à 1762. Parmi les premiers prisonniers détenus dans l’île figurent les députés acadiens qui ont refusé de prêter un serment inconditionnel devant le conseil du gouverneur, en juillet 1755. Peu après leur départ, une cinquantaine de personnes de Mirligouèche ou Lunenburg sont déportées en Caroline du Nord à partir de l’île, en novembre 1755. Ce sera la première de deux déportations en provenance de l’île, car des familles de la région de Cap-Sable et de la rivière Saint-Jean y seront gardées prisonnières en attendant leur déplacement forcé en novembre 1759. Une autre déportation, celle de 1762, se fera à partir de la ville d’Halifax même et elle comprendra plus de 900 personnes, pour la plupart des familles qui ont échappé à la déportation et qui ont offert une farouche résistance aux troupes britanniques entre 1755 et 1760. Enfin, à compter de novembre 1764, des centaines d’Acadiennes et d’Acadiens quitteront Halifax pour une vie meilleure en Louisiane, alors que d’autres y demeureront encore quelque temps avant de s’établir un peu partout dans la région atlantique.

En plus d’un examen de l’évolution du site et des conditions de vie des familles acadiennes y ayant été emprisonnées, l’article de LeBlanc comporte également un recensement de ces dernières (p. 73-76), une ressource précieuse pour quiconque s’intéresse à des trajectoires individuelles. Je pense, par exemple, aux ancêtres de Désirée Martin (1830-1877), Louisianaise à qui j’ai consacré une étude dans l’ouvrage Paroles et regards de femmes en Acadie [2]. Alors que son autobiographique évoque une aïeule déportée en Virginie (en réalité, au Maryland), deux autres arrière-grands-parents sont passés par le centre de détention de l’île Georges. Il s’agit de Joseph Martin (1738-v. 1785), originaire de Beaubassin, et Marguerite Pitre (1740-v. 1807). Réfugiés en Acadie française où ils se sont mariés en 1760, ils ont été capturés et emmenés à Halifax, jusqu’à leur départ pour la Louisiane via Saint-Domingue.

The Town and Harbour of Halifax as it appears from George’s Island, 1759, by James Mason after Richard Short & Dominic Serres. Engraving based upon sketches by Richard Short from which Dominic Serres’ The Elder’ painted an original oil painting, which in turn was engraved by James Mason, in 1760. (Image dans le domaine public; source : commons.wikimedia.org)

Grâce au travail minutieux de Ronnie-Gilles LeBlanc, nous pouvons mieux saisir ces aspects troublants de la formation de la diaspora acadienne – et mieux écouter les échos du passé en mettant les pieds sur l’île Georges… pendant qu’il est encore temps.

RÉFÉRENCES

[1] LeBlanc, Ronnie-Gilles. « Les Acadiens à Halifax et dans l’île Georges, 1755–1764. » Port Acadie, numéro 22-23, automne 2012, printemps 2013, p. 43–76. https://doi.org/10.7202/1014976ar

[2] Bruce, Clint (2020b), « De l’acadianité en contexte louisianais : Les Veillées d’une soeur, ou le destin d’un brin de mousse (1877), autobiographie de Désirée Martin », dans Jimmy Thibeault, Michael Poplyansky, Stéphanie St-Pierre et Chantal White (dirs), Paroles et regards de femmes en Acadie, CEFAN/Presses de l’Université Laval (collection : «Culture française d’Amérique»), p. 131-160.

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… «Les traces et les temps du Grand Dérangement» par Adeline Vasquez-Parra, Nicole Gilhuis et Gregory Kennedy

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Comprendre l’expérience acadienne du point de vue historique, c’est nécessairement sortir des généralisations faciles pour rendre compte de la diversité des expériences et des trajectoires vécues. C’est le sens même de plusieurs projets de recherche associés au collectif Repenser l’Acadie dans le monde : études comparées, études transnationales. Relevant d’une collaboration entre l’Observatoire Nord/Sud et l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, cette initiative pluridisciplinaire réunit plus d’une vingtaine de chercheur·e·s issu·e·s d’horizons divers. Son but : renouveler la recherche fondamantale en études acadiennes en tirant profit d’approches et de paradigmes jusqu’ici inexplorés.

En ce qui concerne l’étude de l’Acadie coloniale, la promesse de ces nouvelles perspectives ont récemment fait l’objet d’une discussion entre trois historien·ne·s, en provenance de trois pays différents, à savoir Nicole Gilhuis (Université de California à Los Angeles), Gregory Kennedy (Université de Moncton) et Adeline Vasquez-Parra (Université Libre de Bruxelles). Il en est sorti un texte de réflexion fort éclairant, paru sur le blogue du projet : «Les traces et les temps du Grand Dérangement».

En voici l’entrée en matière :

Nous avons tendance à généraliser la société coloniale acadienne ainsi que l’impact du Grand Dérangement. Rétrospectivement, nous caractérisons cette petite société par sa neutralité supposée, son mode de vie agricole et ses assez bonnes relations avec les Autochtones. Nous supposons une expérience d’exil toujours rassembleur autour du référent identitaire acadien. Grâce aux travaux récents, nous sommes conscients que les parcours des réfugiés étaient différents. Certes, il est bien logique d’imaginer que les Acadiens déportés en Nouvelle-Angleterre ont subi un cauchemar distinct de celui vécu par les gens ayant fui et qui sont arrivés à Québec pendant la Guerre de Sept ans. Nous pouvons identifier différents défis particuliers pour les réfugiés en France, au Saint-Domingue et en Louisiane. Nos travaux démontrent que nous devrions distinguer davantage ces parcours et les mentalités des acteurs historiques concernés. Si nous sommes déjà conscients des différences par endroit, nos recherches signalent également l’importance du cadre temporel et de la disparition de plusieurs personnes dans les archives.

Comment faire revivre ces fantômes de l’ancienne Acadie? C’est justement la tâche ardue mais si passionnante de la recherche historique…

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

Image de couverture : Acte de décès de Jean-Baptiste Orrillon, accadien de nation, au Bébé, quartier de Bombarde (Haïti) (ANOM, registres d’état civil, Saint-Domingue, La Bombarde, 1785)

VITE! VITE! ALLEZ LIRE!… Les lettres fantômes du Grand Dérangement, retrouvées par Jean-François Mouhot

Pour mieux comprendre l’Acadie et sa situation en contexte mondial, il existe beaucoup de textes qu’ il est possible de consulter gratuitement. Pendant la pandémie de COVID-19, les revues savantes et maisons d’édition font des efforts pour rendre encore plus accessibles ces ressources afin de mettre le savoir à la portée de tout le monde. Dans cet esprit-là, la CRÉAcT signalera à tous les deux vendredis un article ou un livre en études acadiennes ou bien dans un domaine connexe. Cette initiative s’intitule : Vite! vite! allez lire…

Pendant longtemps, les voix et les perspectives des Acadiennes et Acadiens dispersés pendant le Grand Dérangement nous ont semblées plus ou moins inaccessibles. Certes, il y avait des documents à caractère officiel, notamment des pétitions réclamant de meilleures conditions. Pour précieux qu’ils soient, ces textes demeurent d’une portée limitée. Les spécialistes savaient pourtant qu’une abondante correspondante entre les exilés avait eu lieu pendant ces années terribles. À la différence des pétitions, ces lettres pouvaient jeter un éclairage sur les rapports entre des membres de familles et de communautés très éloignés les uns des autres, à la faveur des réseaux de communication du monde atlantique. Où étaient-elles?

C’est à l’historien français Jean-François Mouhot que revient l’honneur d’avoir retrouvé et réuni un certain nombre de ces «lettres fantômes» enfouies dans les archives françaises. Auteur de l’ouvrage Les réfugiés acadiens en France, 1758-1785 – L’impossible réintégration? (Septentrion, 2009), Mouhot a eu l’heureux réflexe de mettre ses sources documentaires à la disposition du public. En plus d’une base de données consultable, plus d’une quinzaine de ces lettres ont été reproduites dans deux articles parus dans la revue Acadiensis (cliquez sur le titre pour accéder au texte) :

Cette dernière trouvaille, c’est-à-dire la lettre écrite par un jeune Acadien qui venait d’arriver en Louisiane, en dit long sur les espoirs des réfugiés de refaire leur vie dans cette terre d’accueil sous l’égide de la couronne espagnole. En voici un extrait :

La terre rapporte ici tout ce que l’on y veut semer. Blés de France, mahy et riz, patates, giraumont, pistaches, toutes sortes de légumes, lin, coton. Il n’y manque que du monde pour le cultiver. On y fait de l’indigo, du sucre, des oranges, et des pêches y viennent comme les pommes en France. On nous concède 6 arpents aux gens mariés et 4 et 5 aux jeunes gens, ainsi on a l’avantage, mon cher père, d’être sur sa terre, et de dire j’ai un chez moi. Le bois y est très commun, on en fait un grand commerce, pour les constructions et pour les bâtiments des maisons au cap et autres îles. Une personne qui veut s’adonner au bien et mettre sa peine sera à son aise en peu d’années. C’est un pays immense, vous pouvez y venir hardiment avec ma chère mère et toutes les autres familles acadiennes. Ils seront toujours mieux qu’en France. 

Bonne lecture et bonnes découvertes !

M. Clint Bruce

Image de la couverture : Dessin tiré du livre Lonely Ships and Lonely Seas par Ralph Paine. Dessins de George Avison. The Century Co., New York, 1921. P. 384.