Un bond vers la francophonie, à partir d’Haïti : entretien avec Nazaire Joinville, stagiaire à lObservatoire Nord/Sud

Depuis la rentrée de septembre, l’équipe de l’Observatoire Nord/Sud compte un nouveau membre en la personne de Jean Junior Nazaire Joinville, originaire d’Haïti et étudiant du programme de maîtrise en Cultures et espaces francophones à l’Université Sainte-Anne. Journaliste à ses heures, Nazaire signe désormais des articles et des chroniques dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse. Il explique ici son parcours ainsi que son intérêt pour les études francophones.

Vous êtes originaire d’Haïti. Quel a été votre cheminement éducatif et professionnel jusqu’ici ?
En Haïti, après la fin de mes études classiques en 2008, j’ai décroché un diplôme en journalisme et un baccalauréat en communication sociale à l’Université d’État d’Haïti. J’enseignais pendant environ 14 ans au niveau secondaire, professionnel et à l’école normale. Si l’enseignement était ma principale activité professionnelle, j’écrivais aussi des articles pour différents médias dont Ayibopost. Faire une maîtrise et un doctorat au Canada était toujours mon rêve. Me voici ici en train de le concrétiser.  

Qu’est-ce que vous allez étudier dans le cadre de la maîtrise en Cultures et espaces francophones ? et dans quel but ?
Mes projets de recherche portent toujours sur la musique haïtienne. J’ai réalisé mon mémoire de baccalauréat sur le sujet qui suit : «L’alternance codique dans le Compas : étude sur la réception des chansons à succès d’Arly Larivière chez les amateurs de musique en Haïti». Le compas, c’est l’un des genres musicaux les plus populaires dans notre pays. Aujourd’hui, pour la maîtrise, je compte faire une étude sociolinguistique sur la place du français dans la musique haïtienne.   

Il y a un rapport complexe à la langue française en Haïti, où le créole est la véritable langue de la population. Comment expliquer votre intérêt pour les questions liées à la francophonie ?
Autrefois je n’aimais pas le français comme langue, encore moins la francophonie. Toutefois, au début des années 2010, brusquement, mon amour pour cette langue et cette culture commençait à grandir, ce qui m’a poussé à fréquenter l’Institut français en Haïti. Aujourd’hui, outre la francophonie, les rapports que développent les pays francophones avec les autres pays ayant d’autres langues m’interpellent aussi. Je ne sais pas d’où vient cet amour, mais je sais où il peut m’emmener !

Arrivé depuis peu en Nouvelle-Écosse, vous semblez porter un grand intérêt au milieu d’ici. Quels sont vos impressions à ce stade ?
Je pense que le Canada en général et la Nouvelle-Écosse en particulier offrent beaucoup d’avantages à des gens comme moi. Je rencontre des personnes accueillantes en Nouvelle-Écosse qui me permettent de m’adapter promptement. J’ai l’impression que je suis chez moi. Je souhaite rester ici pendant longtemps. 

Dans quelle mesure est-ce que ce poste au sein de l’Observatoire Nord/Sud contribuera à votre développement professionnel ?Ce poste au sein de l’Observatoire Nord/Sud me sera très utile. Outre l’expérience qu’il me donnera sur le plan professionnel, ce poste me permettra aussi de développer mes capacités en qualité de chercheur. Travailler dans un centre de recherche au Canada n’est pas une mince affaire. Je souhaite combiner mon savoir-faire et mon désir de bien faire afin de bien réaliser cette tâche.  

Qu’est-ce que vous aimez faire comme passetemps ? Quels sont vos autres intérêts intellectuels ?
Comme passe-temps je lis beaucoup et j’écoute de la bonne musique à savoir le Compas et les chansonnettes françaises et anglaises. Sur le plan intellectuel, d’une part, je compte décrocher un doctorat en sciences du langage ou en communication et d’autre part, enseigner au niveau post-secondaire et réaliser de grandes recherches.

Merci beaucoup, Nazaire, et bonne continuation !

Scène de rue en Haïti. (Crédit photo : Alex Proimos. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Haiti_(7810874424).jpg / Image disponible sous la licence Creative Commons 2.0)

Appel à communications, colloque étudiant – «Être francophone : langue, identité et transformation sociale»

Un appel à communications est lancé pour le colloque étudiant pluridisciplinaire, « Être francophone : langue, identité et transformation sociale », qui aura lieu à l’Université Sainte-Anne (Pointe-de-l’Église, Nouvelle-Écosse, Canada), le samedi 4 mars 2023.

Être francophone : qu’est-ce que cela signifie dans un monde qui devient de plus en plus complexe ? Qui sont les personnes qui peuvent et qui veulent se rassembler sous cette bannière, et pour quelles raisons ? Quel rôle la francophonie sera-t-elle appelée à jouer pour relever les grands défis mondiaux et locaux auxquels notre planète est confrontée ?

Ce colloque étudiant explorera la relation entre langue, appartenance et transformation sociale. La langue française dans divers contextes peut rassembler, diviser ou construire. Elle servira de facteur d’appartenance ou d’exclusion. Les francophones – au pied de la lettre, des personnes qui parlent français – doivent lutter nécessairement pour des transformations sociales, souvent liées à des questions de diversité. Les apprentissages partagés par les francophones pourront contribuer à la société non francophone ainsi qu’aux processus de transformation sociale.

Les communications peuvent explorer les questions suivantes, par exemple :

  • Quels sont les efforts qui ont été réalisés pour créer des milieux inclusifs où les francophones peuvent avoir un sens d’appartenance ?
  • Quel rôle joue la langue française, selon le milieu dans lequel nous vivons et notre identité ?
  • Est-ce qu’il y a une culture commune qui nous réunit, à part la langue française ?
  • Quels critères nous distinguent comme francophones ?
  • Quelle est l’expérience vécue en tant que minorité linguistique au Canada ? (p. ex. : soins de santé, éducation, tribunaux, représentation médiatique)

Les chercheur·e·s étudiant·e·s en fin de baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat, sont invité·e·s à soumettre leur proposition de communication à notre responsable des communications, Ramona E. Blinn (Ramona.Blinn@usainteanne.ca) avant le 19 décembre 2022. Prière de préciser dans l’objet du courriel : Colloque étudiant – communication.

Merci de fournir les informations suivantes:

  • Coordonnées de l’auteur·e (nom, prénom, fonction, établissement/organisation et adresse courriel),
  • Titre de la communication,
  • Résumé (environ 250 mots),
  • Courte biographie de l’auteur·e (environ 50-75 mots).

Nous explorons la possibilité d’une publication à la suite du colloque.

Ce colloque étudiant est organisé par les étudiant-e-s à la Maîtrise en cultures et espaces francophones de l’Université Sainte-Anne, en collaboration avec l’Observatoire Nord/Sud.

La recherche à Sainte-Anne : Ramona E. Blinn, stagiaire à la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT)

C’est avec plaisir et fierté que nous partageons ce portrait de Ramona E. Blinn, stagiaire à la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) et l’Observatoire Nord/Sud, sous la direction du professeur Clint Bruce. Ce texte a été préparé par le Bureau de la recherche de l’Université Sainte-Anne, dont l’une des missions consiste à mettre de l’avant les chercheures et chercheurs de notre institution. 

Originaire de Clare, c’est en 2018 que Ramona a débuté son parcours à Sainte-Anne alors qu’elle a entamé un baccalauréat avec double majeure français et anglais. Durant ses études, elle s’est impliquée comme assistante de recherche auprès du Centre acadien lors de deux stages d’été en 2019 et 2020. Elle a travaillé plus particulièrement sur trois projets, soit 1) mise en valeur du patrimoine culturel et historique des Acadiennes et des Acadiens de la Nouvelle-Écosse par l’organisation et la numérisation de documents et de photos d’archives, 2) un appui à la recherche et la rédaction de contenu historique pour le jeu vidéo Clarevoyance et 3) la création d’outils visant à faciliter l’accès aux ressources en ligne. 

Déjà impliquée pour le journal de l’École secondaire de Clare, son expérience au Centre acadien cristallise un intérêt pour le travail de recherche et de rédaction, notamment afin de faciliter la communication des connaissances auprès de la communauté. En parallèle de ses études, Ramona a travaillé pour Le Courrier de la Nouvelle-Écosse en tant que journaliste et coordinatrice des médias sociaux et du développement communautaire, en plus d’appuyer des projets en édition et traduction. Passionnée d’histoire, de littérature et d’écriture, Ramona apprécie également passer du temps en nature en plus de mettre en valeur l’environnement et les gens qui l’entourent à travers la photographie et la rencontre. 

Engagée dans son milieu et sur le campus, elle a créé plusieurs initiatives pour sensibiliser à la douleur chronique et aux enjeux d’accessibilité et d’inclusion qui lui sont associés. En particulier, son projet des Jours de l’accès cherche à stimuler la discussion et la conversation afin de déstigmatiser et mettre en valeur l’expérience et le vécu des personnes en situation de handicap. Dans le cadre de l’Exposition photo-voix de l’Université Sainte-Anne de 2020, elle a aussi créé une affiche autour des enjeux d’accessibilité que peuvent vivre les étudiantes et étudiants dans les lieux publics, et elle a participé à la Annual Atlantic Undergraduate English Conference à l’Université Memorial (Terre-Neuve) en 2021 où elle a présenté sur les représentations de l’incapacité dans le poème “Disabled” de Wilfred Owen

Plus récemment, c’est auprès de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud que Ramona continue son travail de recherche, où elle a l’opportunité de s’impliquer sur plusieurs projets visant à mieux comprendre et mettre en valeur l’histoire, l’identité et le parcours des Acadiennes et des Acadiens. Entre autres, elle participe à l’organisation et au codage d’entretiens sur le parcours de la diaspora acadienne en Nouvelle-Angleterre et en Louisiane, fouille les fonds et journaux d’archives de la Louisiane afin de suivre le parcours de personnes qui ont fui l’esclavage et soutient la collecte de données auprès des municipalités des provinces maritimes pour une recherche sur leurs jumelages municipaux respectifs. Elle assure également des entretiens oraux et des transcriptions auprès de personnes de la région qui ont des liens aux États-Unis dans le cadre du projet Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940)une initiative pancanadienne visant à mieux comprendre les migrations francophones dans l’histoire

À l’automne 2022, Ramona débutera une maîtrise en cultures et espaces francophones sous la direction de Chantal White, professeure au Département des études françaises. Elle s’intéressera plus particulièrement aux liens entre l’histoire, la langue et la santé dans les communautés acadiennes. À travers les récits des personnes qu’elle rencontrera, elle veut mettre en lumière les différentes expressions par rapport aux enjeux de santé selon la langue et la culture et voir si cela se traduit par des expériences différentes. 

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C’est le 14 juillet : vive la France… et ses jumelages avec les municipalités des provinces Maritimes !

Plusieurs pourraient l’affirmer : les échanges entre la France et la collectivité acadienne et francophone de l’Atlantique semblent plus forts et plus fructueux que jamais. La visite de la délégation acadienne à Paris, au mois de novembre dernier, a bien souligné la volonté de pérenniser ce lien riche d’un très long passé, nourri par le souvenir des origines à l’époque coloniale et porteur de projets pour l’avenir. En ce 14 juillet, plusieurs célébrations ont lieu, ici même dans les provinces Maritimes, pour commémorer la fête nationale de la République française.

Bien que les travaux de la CRÉAcT s’intéressent prioritairement aux contacts avec la diaspora acadienne en Louisiane, il ne serait guère de mise de passer à côté des relations avec la France. C’est pour cette raison que l’Observatoire Nord/Sud tient à recueillir des données sur les échanges au niveau des communautés locales dans le cadre d’un projet lancé en 2017, Les villes ont une famille : enquête sur les jumelages municipaux aux provinces Maritimes. Il s’agit répertorier et d’étudier les relations entre villes-soeurs, dans l’esprit du mouvement internationaliste qui s’est implanté après la Seconde Guerre mondiale.

Cette problématique est d’autant plus pertinente que, depuis quelque temps, la Société nationale de l’Acadie, d’un côté, et le Consulat général de France dans les provinces atlantiques, en vertu de la politique française sur la coopération décentralisée, de l’autre côté, souhaitent stimuler davantage le phénomène des jumelages.

Voici donc un échantillon de nos données, recueillies auprès des municipalités elles-mêmes par les stagiaires de l’Observatoire Nord/Sud. Cette liste présente les jumelages actifs entre municipalités des provinces Maritimes (Canada) et communes françaises. À noter que deux de ces ententes viennent d’être adoptées, preuve de l’intérêt actuel pour ce type d’échange…

Nouvelle-Écosse, 4 jumelages avec autant de municipalités…

  • Municipalité d’Argyle / Belle-Île-en-Mer, Morbihan (2003)
  • Pubnico-Ouest (localité de la Municipalité d’Argyle) / Avoine, Indre-et-Loire (2006)
  • Town of Annapolis Royal / Royan, Charente-Maritime (2009)
    • Royan fut le lieu de naissance de Pierre Dugua de Mons (v.1560-1628), l’un des instigateurs de la colonisation française en Acadie. Depuis 2014, Annapolis Royal reçoit chaque été des stagiaires du Lycée des Métiers du Tourisme Cordouan, initiative qui améliore l’offre francophone à l’approche de la saison touristique tout en resserrant les liens humains entre les deux communes.
  • Cape Breton Regional Municipality / Givenchy-en-Gohelle, Pas-de-Calais (2017)

Nouveau-Brunswick, 10 jumelages avec 11 municipalités…

  • Caraquet / Marennes, Charente-Maritime (1973)
    • Parmi les plus anciens de cette région du Canada, le jumelage a été relancé en 2014, volonté qui s’est traduite par des résidences d’artistes de Marennes à Caraquet, une participation néo-brunswickoise au Forum local de la coopération francophone en 2017 et 2018, et des délégations réciproques du secteur de la pêche en 2018 et 2019.
  • Shédiac / Saint-Pierre-et-Miquelon, COM (1981)
  • Shippagan / Loudun, Vienne (1981)
  • Bathurst / Saint-Aubin-sur-Mer, Calvados (1984)
  • Bouctouche, Cocagne et Saint-Antoine / Châtellerault, Vienne (1984)
  • Saint-Quentin / Saint-Quentin, Aisne (1998)
  • Dieppe / Dieppe, Seine-Maritime (2000)
    • La municipalité néo-brunswickoise a reçu le nom de Dieppe en 1946, en l’honneur des militaires canadiens ayant pris part au raid de Dieppe pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jumelage créé en 2000 donne lieu à des échanges soutenus dans plusieurs secteurs : arts et culture, sports et loisirs et coopération économique, sans oublier les commémorations de la guerre. Parmi ces nombreux projets, signalons le Festival international de Cerf-Volant de Dieppe, tenu en alternance dans les deux villes.
  • Saint-Louis-de-Kent / Archigny, Vienne (2010)
  • Cocagne / Duclair, Seine-Maritime (2022)
  • Miramichi / Carpiquet, Calvados (2022)

Il n’y a pas, à l’heure actuelle, de jumelages entre la France et l’Île-du-Prince-Édouard.

Pour donner une idée de l’esprit qui anime ces ententes, je mets à votre disposition le texte du Protocole d’amitié qui fut entériné en 1981 par la ville de Shippagan et la commune de Loudun, terre d’origine de quelques familles acadiennes parties de France au 17e siècle :

En l’Hôtel de Ville de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
Ce 16e jour d’août mil neuf cent 81
NOUS, Jean C. Chiasson, maire de Shippagan et René Monory, maire de Loudun
PROCLAMONS le jumelage des Villes de Shippagan et Loudun sous l’égide de la FÉDÉRATION MONDIALE DES VILLES JUMELÉES-CITÉS UNIES en vue de promouvoir des échanges d’ordre culturel, touristique, social et économique intéressant l’ensemble des citoyens.

DÉCLARONS solennellement, au nom des populations de nos villes, notre volonté de respecter les principes de la Charte des Cités Unies, afin de développer la compréhension, le respect mutuel et l’amitié entre les gens de Shippagan et Loudun ouvrant ainsi la voie à l’entente complète, sans discrimination aucune entre les cités et les peuples de toutes les nations.

En foi de quoi,
NOUS, Jean C. Chiasson, René Monory, avons apporté sur ce parchemin notre signature et le sceau de notre Ville.

[SIGNATURE – Jean C. Chiasson]
[SIGNATURE – R. Monory]
[SIGNATURE – Horace Boivin]

A signé avec nous,
le Représentant de la Fédération Mondiale des Villes Jumelées-Cités Unies.

L’équipe de l’Observatoire Nord/Sud s’efforce de garder à jour nos renseignements sur les jumelages afin de mieux servir les organismes acadiens, ou autres, et les agences gouvernementales s’intéressant à ce phénomène. Je m’attends, par exemple, à ce que la réforme imminente de la gouvernance locale au Nouveau-Brunswick ait un impact sur le statut et la gestion de plusieurs ententes. Il se peut de nouveaux jumelages soient créés. Ceux déjà en existence pourraient soit connaître un nouvel essor, soit subir une certaine négligence.

Quoi qu’il advienne, la date du 14 juillet ne manquera pas de rappeler ces échanges et leur importance pour l’Acadie contemporaine.

M. Clint Bruce

Du côté de l’Observatoire Nord/Sud : notre équipe est à l’œuvre ! («Au rythme de notre monde» dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 1er juillet 2022)

Note : Cette chronique a été publiée simultanément dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, édition du 1er juillet 2022, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Malgré une perception très répandue, le début de l’été ne signifie pas le début des vacances pour les universitaires. Celles-ci viendront plus tard… et seront très appréciées, assurément ! À l’heure actuelle, ce sont plutôt nos projets et partenariats de recherche qui ont la priorité à l’Observatoire Nord/Sud.

À titre de rappel pour le lectorat du Courrier, les initiatives de l’Observatoire Nord/Sud, centre qui se situe dans l’édifice de la Bibliothèque Louis-R.-Comeau de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église, visent à jeter des éclairages nouveaux sur l’évolution de la diaspora acadienne et sur l’Acadie dans sa dimension internationale. Nos projets s’inscrivent dans les travaux de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), établie en novembre 2015.

L’implication de nos étudiantes et étudiants étant l’un des moteurs de nos travaux, nous disposons en ce moment d’une équipe composée de trois jeunes personnes, et ce, grâce à une subvention d’Emplois d’été Canada. En plus de Karmen d’Entremont, étudiant à la maîtrise en Cultures et espaces francophones à Sainte-Anne et coordinateur de l’Observatoire Nord/Sud, et de Ramona Blinn, qui vient de décrocher son baccalauréat et qui s’apprête à intégrer le même programme de maîtrise, nous avons la chance de travailler avec Réanne Cooper, ancienne assistante de recherche de 2016 à 2019. Très impliquée dans la vie de notre institution, notamment en tant que présidente de l’Association des alumni de l’Université Sainte-Anne (AAUSA), et dans le milieu communautaire, Réanne est sur le point de terminer une maîtrise en administration à l’Université de Moncton. Sa présence constitue un atout.

Je profite de l’occasion pour saluer les contributions précieuses au cours des deux dernières années d’Audrey Paquette-Verdon, dont le stage s’est achevé à la fin avril. D’ici l’automne, ses efforts seront surtout consacrés à la rédaction de son mémoire en Cultures et espaces francophones. Bravo et bonne continuation, Audrey !

Même si la pandémie de COVID-19 demeure une réalité, le relâchement des restrictions sanitaires nous permet déjà de mieux renouer avec nos partenaires de l’extérieur. Il est plus que temps ! 

Le mois dernier, je me suis rendu au Nouveau-Brunswick pour une réunion avec la direction du Musée acadien de l’Université de Moncton, à laquelle participaient également Murielle Comeau-Péloquin, de la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, et Glenda Doucet-Boudreau, présidente de l’Association Madeleine-LeBlanc. Il s’agissait d’une séance de planification en vue d’une exposition pour mettre en valeur le vécu d’Acadiennes ayant émigré aux États-Unis au début du 20e siècle – histoire fascinante s’il en est. Prévue pour le Congrès mondial acadien 2024, cette initiative s’inscrit dans un projet plus vaste : Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord, 1640-1940.

Plusieurs étudiants mettent la main à la roue pour faire avancer notre recherche. Pour Karmen d’Entremont, c’est à travers ce projet qu’il s’est initié aux travaux de la CRÉAcT. « C’était un très bon point de départ, explique-t-il, car je peux maintenant étudier le phénomène de l’émigration vers la Nouvelle-Angleterre, quelque chose qui touche fortement ma famille. » Originaire de Par-en-Bas, Karmen est en train de numériser des photos prêtées par des membres de la communauté et par le Musée des Acadiens des Pubnicos et Centre de recherche.

Tout récemment, notre équipe est retournée à Moncton pour assister à un colloque sur le thème de « l’Acadie et les guerres mondiales (1914-18, 1939-45) », organisé par l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, l’un de nos partenaires, en collaboration avec le Musée acadien et le Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson. En suivant l’approche d’une « université populaire » aux activités variées, cet événement aura offert une formation précieuse sur les sources documentaires et les méthodes d’enquête pour mieux saisir l’expérience d’Acadiens et d’Acadiennes en temps de guerre.

Nos stagiaires explorent les expositions qui ont été préparées à l’occasion de l’université populaire sur « l’Acadie et les guerres mondiales », à l’Université de Moncton. (PHOTO – CLINT BRUCE)

Plusieurs de nos projets en cours s’appuient justement sur des corpus documentaires que les membres de l’équipe sont en train de dépouiller et d’organiser. Ramona Blinn apprécie tout particulièrement « la transcription d’entretiens oraux et de documents d’archives en écriture cursive », ce qui lui fait découvrir leurs contextes respectifs. « J’aime observer et partager les vécus divers puis les manières de s’exprimer à différentes époques », affirme-t-il.

Avec Réanne Cooper, Ramona s’occupe également de mettre à jour nos données sur les jumelages de ville aux provinces maritimes, ce qui n’est pas une mince affaire : ces deux stagiaires sont en train de contacter toutes les municipalités des trois provinces maritimes, par courriel ou par téléphone, afin de déterminer s’il y a de nouveaux jumelages et, dans le cas de ceux déjà répertoriés, de demander quels échanges ont été menés dans la dernière année.

Réanne m’explique que, parmi les divers dossiers auxquels elle contribue, notre balado Acadiversité lui tient à cœur tout spécialement. En ce moment, elle collabore avec Karmen pour réaliser un épisode qui explorera l’expérience des prêtres venus d’Afrique pour exercer leur ministère en Acadie.

« En participant à ce projet, souligne Réanne, j’ai la chance de discuter avec des gens de la communauté de Clare, y compris les curés comme le père Hospice [Jurice Akoffodji], et du milieu universitaire tout en bonifiant mes compétences à mener des entretiens. »

En plus de nos projets de recherche, nous espérons relancer bientôt notre programmation pour accueillir plus d’activités et de réunions dans les locaux de l’Observatoire Nord. Nous avons reçu, il y a quelques jours, une délégation de la Société nationale de l’Acadie (SNA) qui, au cours de sa récente tournée de la Nouvelle-Écosse, est venue discuter avec des profs et étudiants de notre université.

Par ailleurs, à la veille de l’arrivée de ce groupe à la Baie Sainte-Marie, nos trois stagiaires avaient aidé au nettoyage de la Vieille Maison à Meteghan, cet ancien musée patrimonial qui fait actuellement l’objet d’une campagne en vue de sa réhabilitation.

Le lien avec la mission de l’Observatoire Nord/Sud ? Le fondateur de la Vieille Maison, c’est-à-dire le chorégraphe et instructeur de danse Adolphe Robicheau (1906-78), avait émigré à Boston dans sa jeunesse. En même temps qu’il développait sa carrière aux États-Unis, monsieur Robicheau tenait à contribuer au rayonnement de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse. Il y a là un fascinant parcours que l’intrépide Daniel Robichaud, l’un de nos partenaires communautaires, est en train de mettre au jour.

Et tout cela n’est que le début !

L’immigration au Québec et « le sort de la Louisiane » : jusqu’où pousser la comparaison?

Il y a toutes sortes de façons de mettre les pieds dans le plat. Il y a quelques jours, le premier ministre du Québec, François Legault, revendiquait pour sa province une plus grande autonomie en matière d’immigration, et ce, dans le but de mieux déterminer le profil linguistique des nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants. Cette revendication suit de près l’adoption de deux lois destinées à renforcer l’autonomie et le caractère distinct de la nation québécoise, soit la Loi sur la laïcité de l’État (ou Loi 21), en vigueur depuis juin 2019, et la toute récente Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (projet de loi n° 96), qui vient moderniser la Charte de la langue française (ou Loi 101) de 1977.

Dans une allocution prononcée à l’occasion d’un congrès de la Coalition avenir Québec, à Drummondville, il affirmait : «Il est important que les Québécois comprennent bien l’urgence de rapatrier les pouvoirs d’immigration.» Il s’agirait, selon lui, d’une question de mort ou de vie pour la langue française et, sans ces moyens, « cela pourrait devenir une question de temps avant que nous devenions une Louisiane ».

En évoquant cet État américain dans ces termes, monsieur Legault faisait allusion au déclin de la langue française depuis l’époque coloniale et à la perte d’influence de la population francophone, jusqu’à la disparition plus ou moins totale de cette dernière (d’après la perception de Legault) au tournant du siècle présent. La perspective d’une éventuelle «louisianisation» servirait donc d’avertissement et de repoussoir vis-à-vis des aspirations du Québec.

Cette comparaison, forcément péjorative, n’a pas tardé à susciter un petit tollé. Plusieurs membres des autres partis ont fait entendre leurs réactions, de même que quelques chercheurs universitaires, dont votre humble serviteur dans un reportage de Radio-Canada. A également été sollicité le point de vue d’un autre Louisianais, l’entrepreneur en tourisme Joseph Dunn, ancien directeur du Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), qui déplore l’instrumentalisation politique d’«une image de la Louisiane qui est fausse».

N’est-ce pas un exercice légitime, pourtant, que d’étudier d’autres sociétés et d’en tirer des leçons? Et a fortiori à l’échelle de la francophonie nord-américaine? Voici trois éléments contextuels à considérer…

1) Les propos de François Legault s’inscrivent dans une longue tradition discursive au Québec. Brandir le contre-exemple de la Louisiane n’a absolument rien d’original; c’est même une vieille rengaine. Au début des années 1830, soit une vingtaine d’années après l’entrée officielle de la Louisiane dans le giron des États-Unis, le journaliste et politicien Étienne Parent (1802-1874) lâchait une phrase choc, devenue célèbre : «Le sort de la Louisiane nous fait trembler.» Pris tout seul, cet énoncé donne l’impression de conforter le souverainisme québécois moderne. Toutefois, l’argument de Parent n’allait pas du tout dans ce sens-là, car il plaidait en fait pour le maintien du Canada français au sein de l’Empire britannique plutôt que de s’en séparer ou d’être annexé par les États-Unis. Dans une certaine optique nationaliste, la mobilisation du trope de la «louisianisation» fait partie d’un répertoire de comparaisons devenues récurrentes avec d’autres groupes francophones minoritaires, dont l’Acadie des Maritimes – pour signaler le danger de «l’acadianisation», dans ce cas-là. Mes collègues Laurence Arrighi (U. de Moncton) et Émilie Urbain (Carleton U.) ont analysé l’obsession québécoise des «mauvais exemples» de la francophonie nord-américaine dans une série de travaux on ne peut plus éclairants, dont un exemple est cité en note de fin[1]. Chez François Legault, ce thème épouse le rejet populiste de la différence et de l’Autre.

2) Le recours à un tel raccourci revient à nier la richesse de l’expérience franco-louisianaise. La Louisiane d’héritage francophone est une société complexe dont l’évolution ne se prête guère à une simplification lapidaire. Multiraciale et multilingue (en tenant compte du créole louisianais, de l’espagnol et de l’anglais, bien sûr, sans oublier les langues autochtones), la réalité franco-louisianaise s’est construite au départ en fonction de l’esclavagisme, qui formait autrefois la base de l’économie et de la structure sociale, tandis que le destin de la langue française a été conditionné par la hiérarchie raciale, d’une part, et par l’idéologie monolinguiste qui prévaut aux États-Unis, d’autre part. Fait important, le français en Louisiane n’est pas la propriété d’un seul groupe ethnique, étant historiquement pratiqué par les Créoles de diverses origines, par plusieurs peuples autochtones qui l’ont adopté à partir du 18e siècle – et chez qui il demeure vivace de nos jours – et bien sûr par les Cadiens, c’est-à-dire la population blanche s’identifiant à la diaspora acadienne. S’il est vrai que le nombre de locuteurs accuse une chute libre depuis plusieurs décennies, il n’en est pas moins vrai que les efforts de revitalisation linguistique ont donné lieu à tout un réseau francophone et francophile qui assure une variété d’initiatives dans divers secteurs : éducation, médias, tourisme patrimonial, arts et culture et j’en passe. Ce n’est pas pour rien que la Louisiane a intégré l’Organisation internationale de la Francophonie en 2018 et que la secrétaire générale Louise Mushikiwabo vient d’y faire une tournée.

3) La rhétorique du repoussoir vient miner les efforts louables du Québec en matière de francophonie nord-américaine. Le gouvernement du Québec a pris des engagements sérieux vis-à-vis des autres communautés francophones d’Amérique du Nord et investit des ressources non négligeables. Par rapport aux collectivités francophones et acadienne du Canada, son approche est exposée dans la nouvelle Politique du Québec en matière de francophonie canadienne (mars 2022), qui exprime une vision solidaire et collaborative. Pour ce qui est des autres régions, le Centre de la Francophonie des Amériques, fondé en 2008, multiplie les initiatives pour stimuler les échanges et pour réaliser les potentialités continentales et hémisphériques des milieux francophones. La Louisiane n’est guère oubliée : avant la pandémie, la sixième édition de l’Université d’été du CFA devait justement se tenir en Louisiane, sur le campus de l’Université de Louisiane à Lafayette. Pourquoi faire si cette région-là n’a plus rien à offrir?

Boiteuses du point de vue historique, les remarques de François Legault ne font rien pour encourager une meilleure compréhension des réalités et contextes divers qui forment l’ensemble de la francophonie nord-américaine. Les politiques d’immigration constituent un dossier d’une grande importance qui mérite bien plus de réflexion que n’en véhiculent des raccourcis douteux de cet acabit. Espérons qu’il fera mieux à l’avenir… et faisons mieux, nous aussi.

M. Clint Bruce

[1] ARRIGHI, Laurence et URBAIN, Émilie, « Les “mauvais exemples” de la francophonie nord-américaine: intérêt des acteurs, construction des images, instrumentalisation des groupes », Les français d’ici: des discours et des usages, Québec, Presses de l’Université Laval, 2019, p. 11-32.

Nous sommes de retour ! Ou : après la grève, le beau temps…

Inutile de le nier : les sept dernières semaines ont été longues et pénibles. Pendant cette période, allant du jeudi 3 mars au jeudi 21 avril 2022, l’Association des professeurs, professeures et bibliothécaires (APPBUSA) de l’Université Sainte-Anne ont mené une grève – la première du corps professoral de l’Université Sainte-Anne, en 132 ans d’existence, et la deuxième si nous tenons compte de celle du corps étudiant de 1968, laquelle a sauvé notre institution. Ardue et très éprouvante pour nos étudiant-e-s, la nôtre n’était pas voulue – loin de là -, mais elle nous a semblé nécessaire afin de sortir d’une impasse au sujet de notre prochain contrat. (Pour en savoir plus sur les enjeux de ce conflit, voir ce reportage de Radio-Canada.) Après la tempête, le beau temps revient, si nous exceptons le décès inattendu d’un cher collègue, le professeur Jean Wilson, du Département d’études françaises.

Pendant ces sept semaines, longues et pénibles, les activités de la CRÉAcT et de l’Observatoire Nord/Sud ont été suspendues. Nous sommes de retour. Nos réunions d’équipe recommenceront. Nos initiatives médiatiques seront relancées, à commencer par le sixième épisode du balado Acadiversité : Les traumatismes collectifs dans le folklore de la Louisiane francophone, AUX DIRES DE… Nathan Rabalais. Reprendront aussi les rencontres avec nos partenaires, tant universitaires que communautaires. Nos prochaines activités publiques, en ligne et, un peu plus tard, sur place, seront bientôt annoncées.

Sachez, lectrices et lecteurs de ce blogue, que des lendemains merveilleux nous sont promis ici à l’Université Sainte-Anne, seul établissement postsecondaire francophone en Nouvelle-Écosse et, à certains égards, un microcosme de la francophonie. L’excellence et l’équité sont possibles ici, malgré et aussi à cause de notre petite taille. Notre spécificité, qui comporte des contraintes, certes, peut devenir le levier de notre épanouissement. C’est un immense honneur pour moi, en tant que titulaire de la CRÉAcT, directeur de l’Observatoire Nord/Sud et fier membre de l’APPBUSA, de faire partie de cette magnifique aventure.

M. Clint Bruce

Du côté de l’Observatoire Nord/Sud (dans Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 14 janvier 2022)

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 17 septembre du Courrier de la Nouvelle-Écosse, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

Je vous adresse cette chronique depuis l’État du Maryland, l’une des étapes d’un voyage que j’entreprends actuellement à destination de la Louisiane. Le but : poursuivre mes recherches sur la diaspora acadienne. Pourquoi le Maryland, et plus précisément sa rive orientale formant la plus grande partie de la péninsule de Delmarva (Delaware-Maryland-Virginie), entre l’Atlantique et la baie de Chesapeake ?

Cette région pittoresque est intimement liée à l’histoire de la Déportation, ce que j’expliquerai plus loin.

Mais tout d’abord, quelques nouvelles à propos des activités de l’Observatoire Nord/Sud.

L’une des missions de l’Observatoire Nord/Sud consiste à accroître la visibilité des projets et initiatives de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) – et, du coup, de la recherche ici à l’Université Sainte-Anne. Avez-vous Instagram ? Si oui, abonnez-vous à notre compte, lancé l’automne dernier : @observatoire_nord.sud. Nous publions régulièrement des images de nos activités ainsi que des documents liés à nos travaux de recherche sur la diaspora acadienne.

Depuis l’été dernier, nous avons également lancé une initiative majeure pour faire connaître nos thématiques de recherche : le balado Acadiversité, réalisé sous l’étiquette du Studio N/S, notre unité audiovisuelle. Il s’agit d’une série de documentaires sonores mettant en lumière diverses questions liées aux transformations de la société acadienne, historiquement et actuellement. Le format d’Acadiversité se veut dynamique et agréable à écouter. Le balado est disponible sur le site de la CRÉAcT ainsi que sur Spotify, Apple Podcasts, iHeartRadio et plusieurs autres plateformes.

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Après la délégation acadienne en France, vers un renouveau des échanges entre les municipalités?

Cette chronique est parue dans l’édition du vendredi 17 décembre 2021 du Courrier de la Nouvelle-Écosse, sous la rubrique «Au rythme de notre monde».

L’occasion a été qualifiée d’historique, et pour cause. Le 24 novembre dernier, l’écrivaine acadienne Antonine Maillet recevait l’insigne de commandeur de la Légion d’honneur, l’une des plus hautes distinctions accordées par la République française, lors d’une visite avec le président Emmanuel Macron. Connue pour le personnage de la Sagouine et lauréate du prix Goncourt de 1979 pour son roman Pélagie-la-Charrette, Maillet continue, du haut de ses 92 ans, de faire entendre la voix de l’Acadie à travers la francophonie.

Or, la symbolique de cette consécration reflète des aspirations qui dépassent, et de loin, la seule reconnaissance de notre plus grande écrivaine. La cérémonie tenue à l’Élysée aura marqué le point culminant d’une tournée d’une importante délégation acadienne en France, menée par la Société nationale de l’Acadie et composée d’une trentaine de personnes issues de divers secteurs. Ses éventuelles retombées pourraient bénéficier grandement au dynamisme de la société acadienne.

C’est ce que l’histoire nous enseigne, d’ailleurs. Les relations France-Acadie sont entrées dans l’ère moderne lorsque le président Charles de Gaulle a accueilli quatre représentants acadiens, en janvier 1968. Il en est sorti une aide financière considérable pour le journal L’Évangéline, des échanges éducatifs et, un peu plus tard, la création des Amitiés acadiennes, organisme soutenu par la Fondation de France et le ministère des Affaires étrangères. En 1999, le 8e Sommet de la Francophonie a eu lieu à Moncton, rassemblement majeur s’il en est. Depuis 2007, une entente France-Acadie, placée sous l’égide de la SNA, encadre la coopération entre l’Acadie de l’Atlantique et la République française.

Ces acquis n’échappent pas à une certaine fragilité qui caractérise notre petite société sans État. Il n’y a pas très longtemps, le consulat général de France à Moncton risquait de tomber sous la hache des compressions budgétaires. Il a été sauvé par une levée de boucliers de part et d’autre de l’Atlantique – campagne dont le fer de lance n’était nulle autre qu’Antonine Maillet.

Le nouveau président de la SNA, Martin Théberge, appelle de ses vœux un renforcement des relations avec la France et avec la francophonie internationale. Si c’était déjà une priorité sous ses prédécesseurs, notamment Françoise Reux-Enguehard (2006-2012) et Louis Imbeault (2017-2021), la récente délégation aura peut-être insufflé un nouvel élan. D’après une déclaration de M. Théberge, le président Macron aurait l’intention, si réélu l’an prochain, de se rendre au Congrès mondial acadien 2024, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

L’un des domaines que la SNA souhaite privilégier, c’est l’intermunicipalité, c’est-à-dire la coopération internationale au niveau des villes et des collectivités locales. Il existe des réseaux de villes, comme l’Association internationale de maires francophones, ainsi que des échanges bilatéraux entre des « villes sœurs ». L’annonce de cette intention m’interpelle au plus haut point, car, depuis 2017, l’Observatoire Nord/Sud mène une enquête sur les jumelages de villes aux provinces Maritimes, où il existe environ plus d’une soixantaine d’ententes de ce type.

Selon les renseignements dont nous disposons, il y aurait une douzaine de jumelages actifs entre des municipalités des Maritimes et des communes en France, dont quatre avec la Nouvelle-Écosse et huit avec le Nouveau-Brunswick. À noter que c’est à peu près le même nombre qu’avec des municipalités en Louisiane, qui représente l’autre pôle dominant des villes-sœurs de nos communautés francophones. 

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Carmen d’Entremont se penchera sur les migrations acadiennes dans le cadre de son stage postdoctoral

Pointe-de-l’Église (N.-É.), le 21 septembre 2021 – Ethnologue expérimentée dans le domaine des traditions orales des régions acadiennes, Carmen d’Entremont effectue présentement un stage postdoctoral qui vise à retracer les motifs et les impacts des migrations circulaires entre les régions de Par-en-Bas et la Nouvelle-Angleterre.

Chercheuse associée de l’Observatoire Nord/Sud et membre de l’équipe de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT), son stage postdoctoral est financé par le projet Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) (TSMF). Ce dernier est sous la direction de l’historien Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones, située à l’Université de Saint-Boniface.

« Carmen d’Entremont n’est pas une étrangère au sein du projet Trois siècles de migrations francophones, puisqu’elle était impliquée au Centre acadien et à l’Observatoire Nord-Sud, deux institutions partenaires importantes. Dans son nouveau rôle de stagiaire postdoctorale, cette expérience lui sera profitable, mais surtout elle contribuera au chantier de recherche sur les relations entre l’Acadie du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, particulièrement la région de Par-en-Bas, et la Nouvelle-Angleterre. En outre, elle apporte au projet une perspective ethnologique fort bienvenue. »

– Yves Frenette, titulaire de la Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones à l’Université de Saint-Boniface

Le projet de recherche Trois siècles de migrations francophones en Amérique du Nord (1640-1940) explore la genèse et l‘évolution des populations francophones sur le continent nord-américain et nourrit les réflexions sur les enjeux de l’immigration, de la diversité culturelle et du vivre-ensemble.

Carmen se penchera plus particulièrement sur des questions d’identité avec l’aide de récits et de témoignages recueillis, qu’elle utilisera pour reconstituer l’historique des expériences migratoires (l’histoire orale) et saisir les points de vue, traditions, sentiments et valeurs de la culture étudiée (les traditions orales). Elle travaillera de près avec le professeur Clint Bruce, titulaire de la CRÉAcT, ainsi qu’avec des associations locales comme la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie et le Musée des Acadiens des Pubnicos et Centre de recherche Père-Clarence-d’Entremont.

Collection de Carmen d’Entremont

À propos de l’Université Sainte-Anne

L’Université Sainte-Anne, la seule université francophone en Nouvelle-Écosse, offre des programmes d’études universitaires et collégiales ainsi que des programmes d’immersion et de formation sur mesure en français langue seconde. Reconnue pour l’excellence de ses programmes et son milieu de vie unique et exceptionnel, elle offre des occasions d’apprentissage expérientiel favorisant l’engagement et la réussite des étudiants et un contexte favorable à l’établissement d’une culture d’excellence en recherche et en développement. Résolument ancrée dans son milieu, elle est un partenaire de choix pour accroître la vitalité des régions entourant ses campus et de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse dans son ensemble.

Pour plus d’information      

Rachelle LeBlanc, Directrice des communications et du marketing
Université Sainte-Anne
Tél. : 902-769-2114, poste 7222
Courriel : rachelle.leblanc@usainteanne.ca